Une vie de résilience

Publication : 17/06/2010 Auteur(s) : Yves Mathelin

Depuis des décennies, la carrière de nos équipages de la Sécurité civile et des Forces aériennes de la L'équipage (pilote et mécanicien d'équipage) aux commandes de l'Alouette III F-MJBL (La fameuse Bravo Lima !) du DAG de Chamonix - Photo © Philippe Merle AFPGendarmerie nationale, aux côtés des secouristes des PGHM, des CRS de montagne et des Groupes montagne des sapeurs-pompiers, nourrit de nombreux récits de secours. Ils racontent des interventions extraordinaires, parfois miraculeuses, où des vies sont arrachées à la mort, mais aussi des drames qui rappellent la rudesse et l’implacable réalité de la montagne.

Gravement blessé en service le 31 janvier 1989, je souhaite aujourd’hui renouveler mes remerciements les plus sincères à tous les pilotes, mécaniciens avec lesquels j’ai eu l’honneur de servir en tant que sauveteur au PGHM de Grenoble pendant trois ans, puis à celui de Chamonix durant dix années. Entre nous s’était tissé un lien indéfectible de confiance, de respect et d’amitié.

Je ne compte plus le nombre de fois où vous nous avez sortis de situations critiques, dans des conditions météorologiques difficiles, au cœur des dangers accrus de la haute montagne. Ensemble, nous n’avions L'Alouette III de la Sécurité civile lors d'une JPO sur la DZ des Bois à Chamonix - Photo © Christophe Gothiéqu’une seule mission : porter secours aux alpinistes, randonneurs, parapentistes et skieurs en détresse.

Aujourd’hui, ce n’est pourtant pas de ce terrible 31 janvier 1989 que je souhaite témoigner. Ce jour-là, René Romet et Noël Rivière, aux commandes de leur Alouette III, accompagnés des secouristes Jean-Luc Yvon et Jean-Louis Oustry, venaient me récupérer en urgence absolue sous la rimaye de la face sud de l’Aiguille du Midi alors que je pensais vivre mes derniers instants.

Non. Ce dont je veux parler, c’est de cette cérémonie solennelle du 30 avril 2026, organisée par l’École militaire de haute montagne, au cours de laquelle m’a été remis la Médaille de l’Aéronautique et dans le cadre de la remise des galons de sergent de la 88ème section des éclaireurs de montagne.
Lorsque je me suis avancé en fauteuil roulant sur la place du Mont-Blanc à Chamonix Cérémonie du 30 avril 2026 sur la place du Mont-Blanc à Chamonix, Yves Mathelin reçoit la médaille de l'aéronautique des mains du général Vincent Pons, président de la Fédération des soldats de montagne - Photo DR collection Yves Mathelinpour recevoir cette haute distinction, le temps sembla suspendu. Dans les regards, dans les applaudissements et dans le silence qui accompagnait cet instant, chacun mesurait le chemin parcouru. Bien au-delà d’une décoration, c’était une vie de combat, de persévérance et d’espérance qui était honorée.

Après que le général Vincent Pons, président de la Fédération des soldats de montagne, eut accroché à ma poitrine l’insigne de la Médaille de l’Aéronautique au nom du Gouvernement de la République Française, coiffée du bonnet phrygien sur fond d’émail rouge, mon regard s’est porté vers le banc des officiels. Là se trouvait René Romet, celui qui, trente-sept ans auparavant, avait contribué à me sauver la vie. Nos regards se sont croisés. J’y ai retrouvé la même étincelle, la même joie de vivre et la même fraternité que le premier jour. Dans ce bref instant silencieux se rejoignaient deux moments d’une même existence : celui où tout avait semblé s’arrêter au pied de l’Aiguille du Midi, et celui où la Nation venait reconnaître qu’il est Yves Mathelin bien entouré sur la place du Mont-Blanc à Chamonix, avec de gauche à droite : René Romet, Stéphane Bozon, ... - Photo DR collection Yves Mathelinpossible de se relever, malgré les blessures les plus profondes, en présence de l’un de ses plus valeureux et brillantissime pilote : René Romet.

Cette distinction constitue pour moi un immense honneur. Mais elle porte aussi un message qui dépasse ma seule personne : la valeur d’un homme ne se mesure ni à sa force physique ni à sa capacité à marcher. Elle se mesure à sa volonté d’agir, d’apprendre, de s’adapter, de servir et d’assumer ses responsabilités.

Revenir ainsi, au pied même de la montagne qui m’avait presque tout pris, représentait une forme de renaissance. Une réconciliation avec le destin et une victoire sur le renoncement.

Yves Mathelin pose devant son ULM G1 SPYL F-JITE - Malonnier, à Gap - Photo DR collection Yves MathelinPilote d’avion, 1er pilote handicapé qualifié montagne et d’ultraléger motorisé, je suis aujourd’hui fier de rejoindre, à ma manière, la lignée des pionniers français du vol adapté au handicap.

Lorsque la montagne m’a été retirée, le ciel m’a offert un nouvel horizon.

Yves Mathelin

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