Moniteur de vol de nuit à l’Ealat au Cannet-des-Maures, le capitaine Marc est surtout recordman mondial du nombre d’heures passées sous jumelles de vision nocturne

samedi 18 juillet 2026

Mi-homme, mi-hibou ! Pilote d’hélicoptère, le capitaine Marc est surtout moniteur de vol de nuit à l’Ealat au Cannet-des-Maures et recordman mondial du nombre d’heures passées sous jumelles de vision nocturne.
Il aurait pu être le héros d’une BD de Charlier, Druillet, Bilal. Une histoire d’anticipation et d’aventures. Il n’est « que » militaire et sa voie, à lui, ne doit rien à la science-fiction.

Marc, trois barrettes de capitaine sur la poitrine, transmet ce qu’il sait : piloter un hélicoptère… la nuit avec une paire de jumelles de vision nocturne (JVN) devant les yeux.

L’image devient alors verte un peu fluo et l’obscurité s’éclaire (« ce système intensifie environ par 108 la luminosité de l’environnement »).

Expert s’il en est, « il est l’un des titulaires du plus grand nombre d’heures de vol sous JVN, confie le colonel Fabien Cartoux, patron de la base école du Cannet-des-Maures, cœur de l’Ealat (1). Et même sans doute le recordman du monde, avec plus de 4 200 heures sur quelque 9.000 heures de vol au total ! » Une vie pas ordinaire…

Assis sur un attaché-case
« Marco », comme on le nomme souvent affectueusement sur la base Général-Lejay, savait « depuis tout petit » qu’il serait pilote.

Grâce à un oncle qui l’embarquait régulièrement, dans son avion de tourisme. Il a 8 ans et, sans un attaché-case sous les fesses, n’aurait pas aperçu avant longtemps l’horizon par-dessus le tableau de bord !

Le virus est inoculé et l’adolescence lui apporte la certitude du choix de l’hélicoptère. « Sans doute du fait des vastes possibilités de pilotage et la complexité de la mécanique […]. J’avais le goût de la rigueur, envie de servir mon pays, apporter de l’aide ; j’acceptais la mobilité géographique, l’idée de missions déclenchées sans préavis, dans des zones potentiellement hostiles. Sans routine… »

Mais avec une incidence notoire sur la vie familiale, quand les vols nocturnes impliquent des retours à la maison vers 3 ou 4 heures du matin. « On voit moins les enfants, la fatigue s’accumule… » Le prix de la passion !

Ancien littéraire engagé à 19 ans
Avant de caler son mètre quatre-vingt-quatorze en place gauche d’un Puma, Fennec, Gazelle et autre Calliopé, sur lesquels il est qualifié, le capitaine Marc suit un cursus « ordinaire ».

Engagé en 1983, à 19 ans, l’ancien littéraire « fait » Saint-Maixent, Dax où il devient pilote en 1985. Affecté à Phalsbourg (1er régiment d’hélicoptères de combat), ses missions le propulsent au Tchad, en Centre Afrique, Nouvelle-Calédonie, dans le Golfe…

Il intègre l’Ealat au Cannet, la première fois en 1992, pour instruire en vol de nuit sous JVN. Vient ensuite Djibouti avec des évacuations sanitaires.

Et le retour en 2001 en centre Var du moniteur spécialisé. Une mutation au 3e RHC d’Etain le pousse « à quitter l’institution ».

Chevalier de l’ordre national du Mérite
Mais son plan de vol, en stand-by pendant 18 mois, reprend en 2017. Ici même. Sous forme de contrat de réserviste.

« J’ai eu la chance de former, recycler, tester pratiquement tous les pilotes en activité à ce jour », confie-t-il sans forfanterie.

Ainsi de l’actuel patron de la base école, « le colonel Fabien ». Qui lui a récemment épinglé la médaille de chevalier de l’ordre national du Mérite.

La boucle n’est pas encore bouclée. « Quand j’ai rallumé la turbine pour mon vol de reprise, que j’ai senti l’odeur du kérosène, j’étais comme un enfant à Noël ! » Le rêve reprend chair.

Dans son monde parallèle, décalé et monochrome, Marc continue d’enseigner avec une indispensable humilité.

« Même avec les JVN, on ne voit pas tous les obstacles alors que l’on vole nécessairement très bas. Il faut être vigilant, prudent et dans l’action… »

Paroles de « hibou ».

1. L’école de l’aviation de l’armée de Terre comprend les sites du Cannet-des-Maures, la base école de Dax et celle de Fassberg.


« La peur avait quitté son regard »
Certains épisodes ont marqué plus particulièrement le sexagénaire. Il se rappelle son départ pour la guerre du Golfe. Mais aussi lors d’une mission sur le continent africain.

Le capitaine Marc reçoit l’ordre d’évacuation de blessés. Devant le nombre important de victimes – un camion militaire s’est retourné sur une piste – et la gravité, il doit intervenir au-delà de ses fonctions.

« Le regard d’un des gars dont je portais la civière a croisé le mien. J’y lisais la douleur et la peur […]. J’ai tenté de le rassurer sans savoir s’il m’entendait. Lui et les cas les plus urgents ont vite été entre de bonnes mains. Une quinzaine de jours plus tard, un soignant de l’hôpital me dit qu’un des convoyés voulait me rencontrer. J’y suis allé. Le militaire était encore très faible. Mais il m’a remercié “pour mon intervention rapide qui lui a sauvé la vie”. Il avait le même regard, la peur en moins. Apaisé, sachant que son pronostic vital n’était plus engagé… » Source

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