IN MEMORIAM – Henri BARTIER
vendredi 27 mai 2022
Eloge funèbre du Commandant Henri Bartier prononcé par le Médecin Général Inspecteur Valérie André, le 20 Mai 1994 en l’Église d’Eguilles (13)
Nous sommes venus nombreux autour de Madame Henri BARTIER, et de sa famille pour rendre un ultime hommage à l’être d’exception que fut le commandant BARTIER tout au long d’une carrière éblouissante de Pilote de l’Armée de l’Air, carrière consacrée pour l’essentiel aux évacuations sanitaires.
Sa vocation aéronautique le pousse très jeune à s’inscrire dans un aéroclub pour obtenir son brevet de pilote et suivre ensuite divers stages de voltige. Il s’engage dans l’Armée de l’Air en 1939 à l’âge de 19 ans mais ne peut, en raison de la 2e guerre mondiale, rejoindre la Base aérienne d’Istres où il est affecté.
Après plusieurs mois passés en Afrique du Nord, il regagne la France et quitte l’Armée de l’Air. Sitôt l’armistice signé, Henri BARTIER se porte volontaire contre le Japon, effectue un stage d’entraînement en Floride, et arrive en Indochine en novembre 1945 où il est affecté au sein d’un Groupement Aérien d’Observation d’Artillerie en qualité de pilote de Piper Cup, puis de Morane 500. A ce titre, il accomplit d’innombrables missions d’observation et de sauvetage particulièrement périlleuses dans les zones de combat du Tonkin. Il obtient sa première citation en 1946 et ne cesse de se dépenser sans compter, forçant l’admiration des

Quelques mois après l’apparition des premiers hélicoptères en Indochine, il est choisi parmi 47 volontaires pour être transformé sur voilures tournantes. Ces nouveaux appareils étant strictement réservés aux évacuations sanitaires, Henri BARTIER pourra donner toute sa mesure et se surpasser dans ce domaine. Transformé sur place il pilote tous les types d’hélicoptères livrés en Indochine : Hiller 360 et H-23, Westland Sikorsky S-51 et Sikorsky S-55, H-19 B et HRS 3.
Héros incontesté et pionnier de l’hélicoptère sanitaire, ses exploits se succèdent à un rythme trépidant. Il ne prend pratiquement pas de vacances et obtient régulièrement des prolongations de séjour.
En 1954, il participe aux évacuations sanitaires du camp retranché de Diên Biên Phu où l’artillerie vietminh, chaque jour plus dense et plus précise, rend l’action des hélicoptères particulièrement difficile.
Basés à Muong Saï, les Sikorsky S-55 procèdent aux évacuations sanitaires des combattants de la cuvette dans des conditions épouvantables. Ils subissent un déluge de fer et de feu durant la descente et les approches et une fois au sol ce sont les obus qui s’abattent sur eux.
C’est ainsi que le 23 mars 1954, il se pose au point d’appui Isabelle aux commandes d’un Sikorsky S-55 pour évacuer un jeune officier grièvement blessé. Un obus éclate à l’arrière de l’appareil et perce le réservoir. L’hélicoptère prend feu immédiatement et devient très vite un brasier. Ejecté, la jambe arrachée, il est dirigé sur l’hôpital du camp retranché pour subir une désarticulation du genou et recevoir des soins pour son autre jambe brûlée au troisième degré.
Le 25 mars, il est embarqué à bord du dernier Dakota pour être rapatrié vers un hôpital éloigné des combats. Il apprend la douloureuse chute de Diên Biên Phu le 7 mai 1954 alors qu’il se trouve en convalescence. Nommé sous-lieutenant il rejoint la France la guerre terminée, entouré de tout l’amour de sa jeune épouse Marie, rencontrée à Hanoï et de la jolie petite Josiane, née de leur union.
À force de courage et de volonté il poursuit sa carrière au sein de l’Armée de l’Air et parvient même à piloter. Il est affecté à la Section Hélicoptère de Rochefort, puis à Chambéry en qualité de Commandant de la Division Instruction en Vol. Il termine sa glorieuse carrière en 1966 à Aix-les-Milles avec le grade de Commandant et choisit de résider avec les siens dans la belle région aixoise où il se fait de nombreux amis dans le voisinage chaleureux d’autres pionniers de l’aviation et des hélicoptères. Et pourtant dans le havre de paix où il méritait enfin de vivre, que de souffrances endurées, de jour et nuit, séquelles de son amputation, que de prothèses modifiées, échangées, n’apportant que des améliorations fugaces et trompeuses. Le lundi 9 mai dernier, il doit se soumettre à une intervention chirurgicale indispensable pour tenter d’enrayer une
maladie envahissante et barbare. Les suites opératoires semblent satisfaisantes mais il est emporté brutalement aux premières heures du mercredi 18 mai. Henri BARTIER n’est plus.
Au cours de sa prestigieuse carrière, il a effectué 893 missions de guerre, évacué à lui seul plus de 2 000 blessés et récupéré 3 pilotes tombés en zone rebelle. Il a été cité 19 fois dont 13 fois à l’ordre de l’Armée. Commandeur de l’Ordre National de la Légion d’Honneur, titulaire de la Médaille Militaire, de la Croix de Guerre 39-45, de la Médaille de l’Aéronautique, il s’est vu décerner de nombreuses autres décorations françaises et étrangères.
Henri BARTIER possédait, outre les plus hautes vertus militaires, d’immenses qualités de cœur. Sa gentillesse, son dévouement et sa modestie le rendaient particulièrement attachant.
Ma chère Marie, je suis sûre d’être l’interprète de tous vos amis pour vous dire notre affection, ainsi qu’à votre fille Josiane, vos 3 petits-enfants qu’il chérissait tendrement, à votre gendre le Colonel Leclerc dont il était fier et à toute votre famille. Nous partageons votre chagrin et vous exprimons nos condoléances bien sincères.
À vous mon cher Henri BARTIER qui nous avez précédés dans le cheminement inexorable vers le repos éternel, nous disons avec ferveur notre admiration, notre estime et toute notre affectation en ce dernier Adieu.