Annecy : nuit et brouillard n’arrêtent plus les hélicoptères de la Protection civile

samedi 24 janvier 2026

Article paru dans La tribune de Genève, Numéro 12, 15 janvier 1970 par Michel Causse
L’équipage de l’hélicoptère Alouette 3 de la Protection civile, basé à Annecy a effectué en début de semaine deux opérations d’urgence. Dans les deux cas un transport rapide s’imposait.

Les pilotes réalisent de véritables exploits pour le transport de malades et de blessés
Ce qui est remarquable c’est que pour le deuxième transport, le capitaine Jean-Louis Lumpert, qui pilotait l’hélicoptère, a dû affronter la nuit et le brouillard pour terminer sa mission. Les spécialistes en aéronautique savent la somme de difficultés que cela représente. Voler de nuit est une pratique inusitée pour Un L'Alouette 3 F-ZBAS Protection civile DZ des Bois en 1970 - Photo Michel Caussehélicoptère. Le résultat est pourtant probant : trois personnes sont encore en vie aujourd’hui grâce à cette courageuse intervention. Deux nouveau-nés en danger de mort. Il est 13 heures. A la maternité de Chamonix, deux jumeaux viennent de voir le jour. Ce sont les enfants de M. Rozeren, adjoint au maire des Houches. Le médecin accoucheur, le docteur Danion, est prêt à toute éventualité. Il sait qu’il y a incompatibilité de sang entre les parents. Effectivement il s’aperçoit au moment de la naissance que les deux enfants paraissent atteints d’ictère néo-natal, c’est-à-dire d’une forme de jaunisse particulièrement grave. H faut transférer ces jumeaux d’urgence au centre spécialisé d’Annecy, où devront être pratiqués les examens pouvant amener à l’exsanguino-transfusion. En moins d’une heure, ü faut que ces enfants se trouvent à l’hôpital d’Annecy. C’est une véritable course contre la montre qui s’organise. L’hélicoptère est le seul moyen de gagner cette course. La Protection civile d’Annecy est alertée. Le capitaine Lumpert, poussant sa machine au maximum de ses possibilités fonce à 200 km/h vers Chamonix, se pose. A bord de l’hélicoptère se trouve une couveuse portative à deux places. Une infirmière se trouve également dans l’hélicoptère. A Annecy, il a fallu environ dix minutes pour s’organiser. A 13 h 35 l’hélicoptère redécolle avec les deux bébés. On branche les couveuses sur la batterie de l’appareil. A 14 heures, les nouveau-nés pénètrent à l’hôpital d’Annecy. A l’heure actuelle on peut dire qu’ils sont pratiquement sauvés.

Nouvelle course contre la mort 15 h 50, nouvelle alerte à la base d’hélicoptère. Un blessé de la route, dans un état très grave doit être transporté dans un centre de réanimation, il s’agit de M. Gaston Favre, de Rumilly. Le médecin appelé sur place juge que l’état de l’accidenté nécessite son admission dans un centre hospitalier exceptionnellement équipé. Deux possibilités s’offrent : Genève ou Grenoble. Après s’être posé dans la cour d’une usine, le pilote prend à bord le blessé et se dirige sur Genève. Un épais brouillard au-dessus de Saint-Julien oblige le capitaine Lumpert à faire demi-tour. Par radio il alerte sa base d’Annecy : « Je suis obligé de renoncer, je me dirige sur Grenoble ». A 16 h 45, il se pose dans des conditions très difficiles au milieu de la cour de l’hôpital de La Tronche. Le blessé est dans le coma. Quatre ambulances attendent. Dans l’une d’elles, le blessé est transporté jusqu’au bloc opératoire. Il fait nuit lorsqu’à 17 h. 20 l’hélicoptère regagne sa base. Ce n’est qu’à 18 h. 10, après avoir fait une halte au Versoud pour faire le plein, et avoir vaincu la nuit et le brouillard, que le pilote pose son appareil à l’aérodrome d’Annecy.

Une telle opération, qui paraît banale pour ses auteurs serait passée inaperçue si nous ne nous étions inquiétés de voir, à Chamonix, passer si rapidement au-dessus de nos têtes l’hélicoptère. Nous avons le soir même interrogé le capitaine Lumpert sur les péripéties de cette journée. Ce pilote s’est déjà fait remarquer par son courage et sa maîtrise à l’occasion de plusieurs opérations, notamment le sauvetage des prisonniers du refuge Vallot, au mois d’août dernier. Pour ramener ces derniers à Chamonix, alors que depuis plusieurs jours ils étaient à 4300 m d’altitude sans vivres, il avait, là aussi, forcé la nappe de brouillard qui recouvrait la vallée sur une épaisseur d’une cinquantaine de mètres. A l’aller comme au retour il avait dû piloter aux instruments. Interrogé sur cette pratique, il nous a répondu hier soir : « On ne conçoit le pilotage sans visibilité, à bord d’un hélicoptère, que comme une pratique exceptionnelle justifiée par des urgences extrêmes. Dans un avion c’est chose courante. Dans un hélicoptère, les instruments à principe gyroscopique ne peuvent que très difficilement restituer la position de l’appareil, compte tenu de la très grande instabilité de l’hélicoptère par rapport à l’avion bien mieux supporté par ses ailes que l’hélicoptère par ses pales. Ce qui est grave c’est, en pleine nuit, alors que l’on se fie aux lumières qui sont au sol, de se trouver tout à coup dans une nappe de brouillard. C’est ce qui nous est arrivé en revenant de Grenoble. » Source

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.