Le Secours Héliporté en Montagne : 2ème conférence de Valfréjus

Mercredi 6 mars 2013, par Patrick // Patrick Gisle

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Conference secours héliporté Valfréjus 2013 - Photo © Eric Thirion - Tous droits réservésAprès le franc succès de sa première édition l’an passé, nous étions plus de 250 à attendre cette deuxième soirée de projections et de débat dans la grande salle du Thabor, à l’entrée de la station savoyarde de Valfréjus, située juste au-dessus de Modane, en Maurienne.

Une nouvelle fois, l’initiative du Détachement Aérien de la Gendarmerie de Modane et de l’office du tourisme de la station a tenu les promesses de la percutante bande annonce pendant plus de deux heures et demi en alternant les projections de cinq vidéos inédites et des échanges avec le plateau des invités.

La conférence de ce 28 février était animée par Yann Chaboissier, directeur de l’office du tourisme et Cédric Bonnefoi, instigateur du projet, pilote au DAG depuis trois ans, passionné d’images et bientôt aussi à l’aise avec un micro qu’avec un cyclique, ce qui n’est pas peut dire…
Le plateau des invités était composé :
• Du PGHM de Modane représenté par Anthony Mercier, guide de haute montagne et Jean-Michel Crasez, secouriste moniteur,
• Des CRS d’Albertville représentés par Pierre Sauget, guide de haute montagne et Marc Lafferière, secouriste expérimenté. Les CRS et le PGHM assurent à tour de rôle une semaine de garde chacun à Modane.
Le public attentif venu nombreux - Photo © Eric Thirion - Tous droits réservés• De David Delorme, pisteur secouriste à Valfréjus,
• Du DAG de Modane avec Pascal Saillant et Stéphane Ferréol, mécaniciens opérationnels de bord, Yannick Herman et Cédric Bonnefoi, pilotes et le Major Olivier Tissot-Dupont, pilote et commandant, récemment décoré de la médaille aéronautique avec vingt-sept ans de carrière dont quinze ans de secours en montagne et 6000 heures de vol.
• Et de Madame Aude Joncquiert Latarjet, médecin urgentiste de Saint-Jean-de-Maurienne, spécialisée en médecine de montagne.

De gauche à droire : Le Dr du SMUR Maurienne Aude Joncquiert Latarjet, le pisteur secouriste de la station de Valfréjus David Delorme, le mécanicien treuilliste du DAG Modane l'adjudant Pascal Saillant, mécanicien treuilliste Adjudant Stéphane Ferreol, Pilote Adjudant Yannick Herman, Major et commandant du DAG de Modane Olivier Tissot-Dupont - Photo © Eric Thirion - Tous droits réservésEn préambule, il fut rappelé quelques dates concernant le secours de montagne à Modane :
• En 1976, présence test du PGHM pendant cinq semaines l’été.
• A partir de 1977, présence saisonnière quatre mois l’hiver et quatre mois l’été.
• A partir de 1989, présence permanente du PGHM.
• Depuis 2003, attribution d’un hélicoptère en permanence à Modane.

La première vidéo de quatorze minutes présentait un entrainement exigeant au treuillage dans des conditions difficiles autant pour le pilote que pour les secouristes. En effet, il se déroulait dans les gorges encaissées et glacées de l’Arc en plein hiver, situées juste à côté, à Aussois et bien connues pour la pratique de la via ferrata aux beaux jours. Plusieurs caméra embarquées, dont nouveauté, une sous l’arrière de la queue du EC 145, donnaient d’excellentes images avec un très bon choix de bande musicale.

Caméra Gopro hero 2 fixée sous l'arrière de la queue du EC 145 - Photo © Eric Thirion - Tous droits réservésS’en suivit, lancée par Yann Chaboissier, une intervention de Yannick Herman sur la spécificité des échanges radio entre le mécanicien et le pilote avec une phraseologie codifiée et standardisée. Puis ce fut Pascal Saillant qui enchaîna sur les phases délicates du treuillage, en particulier lors de l’accrochage du secouriste, moment où l’hélico est alors amarré quelques secondes à la paroi et donc vulnérable. Suite à question du public, il expliqua aussi la procédure en cas de panne du treuil en charge qui consiste à dégager et se poser au plus proche pour essayer de réparer où au moins ré-enrouler le câble de 90m à la main après avoir décrocher le voyageur des airs…Une seconde question concernant le risque d’accrochage du câble libre permis d’expliquer la présence aux commandes du pilote et du MOB (mécanicien opérationnel de bord) d’un bouton déclencheur d’un système pyrotechnique de sectionnement du câble, pour des cas extrêmes.

Enfin fut abordée la position du MOB, debout et à l’extérieur de l’appareil, donc exposée, mais qui lui permet de guider efficacement le pilote et les secouristes, contrairement à la mythique Alouette 3, où il était assis, dos au sens de marche avec une trappe dans le plancher de l’appareil.

La seconde vidéo mis l’accent sur l’aspect médical avec les possibilités d’aujourd’hui offertes par l’évolution des techniques et par la place disponible dans les hélicoptères de secours permettant des interventions lourdes sur place et en vol vers les hôpitaux.
Choucas 73 en approche - Photo © Eric Thirion - Tous droits réservésLe reportage commençait par un départ de Chambéry vers une station de ski, suite à un appel pour un traumatisme de ski très sévère. On eu en détail l’intervention très pointu du médecin qui dut mettre en place une anesthésie générale pour intuber et mettre sous respirateur le blessé, procédure de plus de 35-40 minutes destinée à protéger le cerveau et les voie aériennes et qui put cette fois se faire dehors, l’hélico juste à côté. S’en suivit une évacuation en service de déchocage toujours à Chambéry, le tout commenté en détail par le médecin Aude Joncquiert Latarjet.
On eu ensuite l’intervention de David Delorme, pisteur secouriste qui nous expliqua la chaine décisionnelle pouvant amener à demander l’intervention d’un secours héliporté : En cas d’inconscience, de suspicion d’un traumatisme crânien ou dorsal, d’une fracture complexe avec risque circulatoire, le pisteur prévient un central secours de la station qui contacte le PGHM pour bilan à un médecin urgentiste de garde. C’est ce dernier qui décide de l’intervention de l’hélicoptère, s’il est disponible, en liaison avec le centre départemental de gestion des secours (SAMU).

La question « comment devient-on secouriste ? » fit intervenir Anthony Mercier du PGHM. A la Gendarmerie, le chemin raccourci est bien évidement d’être déjà guide de haute montagne, sinon il faut être sous officier et passer test et stage à Chamonix au CNISAG (Centre National d’Instruction au Ski & à l’Alpinisme de la Gendarmerie depuis 1988). En approche pour dépose des secouristes - Photo © Eric Thirion - Tous droits réservés La formation dure deux ans suivie de plusieurs semaines de stages en plus. La profession porte sur les aspects secours, mais aussi sur les aspects « enquête et surveillance ». Puis ce fut aux CRS d’expliquer que le cursus dans la Police était assez proche avec, après des tests, une formation d’un an, plus un an de stage et ensuite deux fois quatre semaines de stage en unités spécialisées.

Le docteur Aude Joncquiert Latarjet intervint également pour expliquer sa formation de médecine de montagne, spécialité de deux ans au-delà de la formation d’urgentiste, déjà aussi une spécialisation. Elle relata les spécificités de la médecine d’intervention avec la nécessité d’être autonome dans tous les actes, de savoir s’adapter, de prendre vite des décisions cruciales et de connaître parfaitement sa région et ses hôpitaux. Tout cela nécessite une certaine aisance en milieu difficile qui, avant l’intégration à une équipe de secours héliporté ou pas, passe au préalable par une formation de base à la spéléo, l’escalade et l’alpinisme, ce qui paraît pour le moins indispensable. On obtient alors un « super » médecin !

La troisième vidéo de treize minutes permit d’aborder trois points problématiques pour les interventions héliportées :
Choucas 73 et l'aérosol de neige poudreuse - Photo © Eric Thirion - Tous droits réservés• La neige poudreuse qui à l’approche du sol et par le souffle du rotor englobe l’appareil avant qu’il ne soit posé et empêche le pilote de voir quoique ce soit : Elle nécessite des approches avec le maintien d’une vitesse horizontale suffisante en ayant un point d’aboutissement, en général une personne au sol. Le pilote arrive alors en faisant glisser sa machine, avec l’aide du MOB, qui sort alors sur le patin, pour le guidage de la hauteur.
• Le jour blanc, lumière blanche particulière en montagne, hantise des skieurs, mais aussi des pilotes qui perdent leurs repères et qui les empêchent d’approcher, malgré les différents instruments de bord. Il amène souvent à rester en hauteur avec si possible 2 repères fixes et à procéder à des treuillages. On eu alors une intervention complète dans un couloir avec la bande son des échanges pilotes – MOB très instructive.
Atterrissage au retour d'une mission de nuit - Photo © Eric Thirion - Tous droits réservés• La couche nuageuse ou le plafond qui empêche de descendre dans les vallées et qui nécessite l’utilisation de la technique de vol en IFR (Instrumental Flying Rules pour règles de vol aux instruments). Le reportage nous montre toute l’approche du point de percée de l’aéroport de Chambéry pour permettre à l’EC 145 « Choucas 73 » de gagner en vol à vue l’hôpital situé à 5km avec toutes les communications radio, y compris celle avec le contrôle qui assure le guidage. Cette séquence fut impressionnante, d’autant plus en voyant les manches libres dans l’appareil, ce dernier étant sous pilote automatique.

Le Major Tissot-Dupont intervint ensuite pour expliquer que le vol IFR nécessite une qualification spéciale obtenue après une formation lourde de quatrorze mois désormais et dont seul Cédric Bonnefoi dispose, en attendant que Yannick Herman s’y mette (Lui-même étant trop avancé dans sa carrière pour le faire).

Le Pilote Yannick Herman présente le casque du pilote qui est équipé pour le pilotage de nuit avec les JVN (Jumelles de Vision Nocturne) - Photo © Eric Thirion - Tous droits réservésFut abordé ensuite dans l’échange un autre aspect des missions assurées par le DAG : Les missions judiciaires avec par exemple la surveillance pour la SNCF de secteur de lignes sujettes aux vols de cuivre, fléau des ces dernières années. Présentation du phare de 6500W SX16 qui, équipé d’un filtre infrarouge, peut éclairer sans être détecté les occupants de l’hélicoptère étant équipés de jumelles de vision nocturne (JVN).

La quatrième vidéo d’un peu plus de huit minutes nous proposa un clip de très belles images d’actions-secours tous azimuts et toutes conditions bien mis en musique. Le DAG de Modane nous a gentiment transmis cette vidéo qu’il a été possible de condenser en en gardant l’essence principale et de remettre en musique avec une beau morceau de piano pour vous en faire profiter.

Notre animateur de soirée lança ensuite le débat sur le prix du secours en France.
Le secours en montagne est gratuit dans l’hexagone en dehors des pistes et en dehors des frais médicaux, qui eux seront couvert en parti par votre sécurité sociale, mais aussi nécessairement par votre mutuelle ou votre banquier…Par contre il est payant sur les domaines skiables avec prise en charge possible par votre assurance, à vérifier avant de partir ! Par exemple pour Valfréjus, station de taille moyenne, le prix facturé est de 339€ sur les pistes et 681€ hors piste sur le domaine, pour évacuation par le sol.
S’il y a demande d’intervention d’un hélicoptère de l’état, les frais alors demandés par ce dernier seront répercutés au blessé sur la base de 4200€ de l’heure, sachant que le coût réel tout compris de l’EC 145 avec son personnel à bord et au sol doit dépasser les 7000€ ! Il peut aussi être fait appel à des hélicoptères privés affrétés par l’état, comme celui du SAF à Courchevel. La facturation est à la minute de vol, au environ de 60-70€.

Nous arrivons à la vidéo n°5 : Il s’agissait au deux tiers de longues et magnifiques scènes d’évolution au cœur du massif du Mont Blanc, avec un bel atterrissage sur ce dernier et pour le dernier tiers d’un diaporama de belles photos de paysages au-dessus de mers de nuages.
Nous avons eu aussi accès à cette vidéo pour adapter et remettre en musique sa partie filmée et vous faire profiter du « voyage » sur un rythme rock instrumental. Vous allez apprécier, je pense.

Cédric Bonnefoi à droite (de dos), présente Antony Mercier du PGHM de Modane en second plan au fond Yann Chaboisier de l'office du tourisme de Valfréjus, co présentateur de cette soirée - Photo © Eric Thirion - Tous droits réservésCet article a été fait avec la collaboration d’Eric Thirion, photographe et vidéaste éclairé, passionné du Choucas 73, qui nous fait profiter de ses clichés et que je remercie. Eric a participé aux tournages de plusieurs vidéos ces derniers mois avec l’équipe du DAG de Modane. Il nous avait fait profiter l’été 2012 de trois reportages (JPO de Chamonix et deux manifestations du Choucas 73).
Je vous invite à consulter l’article de l’an dernier qui apporte de nombreux éléments complémentaires à ceux abordés cette année, en particulier sur les caractéristiques de l’appareil et sur les statistiques liées aux secours.

Je remercie Yann Chaboissier de l’office du tourisme de Valfréjus pour son accueil et bien sûr particulièrement Cédric Bonnefoi pour sa gentillesse, sa disponibilité et la fourniture de ses deux vidéos proposées dans cet article en résumé. Je n’oublie pas non plus Yannick Herman et le Major Tissot-Dupont, vraiment tous les deux aussi très sympathiques ainsi que les autres intervenants. On reviendra avec plaisir l’an prochain…

• Cliquez ici pour lire l’article de Patrick Gisle sur la première conférence le 24 février 2012.
• Cliquez ici pour voir un reportage vidéo sur ces équipages en action.

Vidéos © DAG de Modane - Photos Conférence & Choucas 73 © Eric Thirion - Tous droits réservés.

Actions-Secours - Vidéo © DAG de Modane (73)

Voyage - Vidéo © DAG de Modane (73)

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