Historique de l'hélitreuillage (1ère époque)

Mardi 25 octobre 2011, par Marc // Marc Lafond

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Avant que les hélicoptères ne soient équipés de treuils, les équipages du secours en montagne posaient l’appareil sur les lieux de l’accident, ou restaient en vol stationnaire, avec un point d’appui précaire au sol, pour embarquer le blessé. Le sauvetage n’en était que plus difficile et les risques considérables ; il y eut de terribles accidents...
Hélitreuillage depuis une Alouette 2 de la Protection civile - Photo © XCe n’est qu’en 1965 que les premiers treuils firent leur apparition sur les hélicoptères dans les secours en montagne.
Ainsi, le 29 août 1961 vers 13 heures, lorsqu’un avion de chasse à l’entraînement, volant accidentellement trop bas, sectionne le câble tracteur de la télécabine de la Vallée Blanche, dans le massif du Mont-Blanc, les hélicoptères de la Protection civile ne sont pas équipés de treuil.
Trois cabines ont chuté, déstabilisées par le choc, provoquant la mort des six occupants. Les autres restent attachées de façon précaire au câble porteur, tout le système ayant été secoué, retenant soixante-dix personnes dans une situation critique. Il fallut trente-six heures environ aux sauveteurs pour descendre les uns au bout d’une corde ou pour hisser les cabines restantes jusqu’à la station la plus proche, à la pointe Helbronner. Ils avaient dû auparavant jouer les funambules sur le câble tracteur pour atteindre les cabines. Les conditions d’interventions étaient telles que le secours aurait pu lui-même tourner à la catastrophe.
Un sauvetage par hélitreuillage aurait été beaucoup plus rapide et moins dangereux pour les sauveteurs, qui ont réalisé là un bel exploit mais ont pris de gros risques. Pourtant ce 29 août en fin d’après-midi, Jean BOULET, Pilote d’essai attitré de Sud Aviation, était arrivé sur place avec la dernière née des ateliers l’Alouette III munie d’un treuil pneumatique à air comprimé d’une longueur de câble de 25 m. Hélitreuillage d'un plongeur depuis une Alouette 2 de la Marine nationale - Photo © X La confiance n’était donc pas au rendez-vous !
Lorsque les treuils font leur apparition sur les hélicoptères de montagne en 1965, à la suite d’essais concluants un an plus tôt par les Bases marines, on s’aperçoit vite que les conditions de la haute-montagne changent la donne. Les treuils pneumatiques (25 m de câble, dont 20 m d’utilisables, ce qui est un peu court) sont mis à rude épreuve. Les équipages restaient méfiants vis-à-vis de cette nouvelle technique qui remettait en cause leur mode opératoire et leurs connaissances récentes du milieu dans lequel ils évoluaient. Et puis ce « TRUC », comme ils l’avaient surnommé, n’était pas fiable à 100%. A l’usage, on constate qu’il givre, ce qui, le cas échéant, bloque la manœuvre, et qu’il perd de la puissance en altitude. Les conditions d’utilisation font qu’il s’use vite, s’ébouriffe par frottement, se déroule mal et finit par bloquer tout le tambour.
Le « système D » constamment en œuvre dans le secours en montagne atteignait, pour lutter contre le givrage, des proportions délirantes. On avait imaginé de le protéger par une bâche en cuir zippée et renforcée par une sangle à boucle. Par mesure supplémentaire de sécurité, il y avait un orifice toujours ouvert de purge d’eau de condensation sur la tuyauterie d’air compresseur alimentant le treuil en fonctionnement. Treuil de 40 m sur l'Alouette III de la Sécurité civile - Photo © Christophe Gothié Je me rappelle que nombre de fois il a fallu jouer les équilibristes, façon « Peur sur la ville », en quittant la cabine en vol, non assuré, pour se nicher dans le panier porte-charge afin de fermer ladite purge et rendre ainsi le « truc » opérationnel ; le tout à 3000 ou 4000 mètres d’altitude.
Il fallut également s’entraîner à communiquer par code avec une gestuelle précise, car l’hélitreuillage nécessite une bonne concentration et une osmose sans faille des opérateurs : le mécanicien, dans cet exercice, est l’œil du pilote. Devant tous ces problèmes, on comprendra aisément les réticences de l’équipage.
Après deux ans de tâtonnements, le 7 août 1967, l’équipage Christian GRAVIOU (Pilote), et Paul ROUET (Mécanicien), effectue un treuillage sans bavure à près de 3500 mètres, à l’aiguille du Grépon, dans le massif du Mont-Blanc. Cette première n’eut pas les honneurs de la presse car « Caroline Chérie », la superbe Martine Carol, décédait en Polynésie, laissant la porte ouverte à « Dieu créa la femme », pour la non moins superbe Brigitte Bardot !
Mais petit à petit, le treuil prend sa place, malgré les défauts énoncés, qui mettaient à rude épreuve les nerfs des sauveteurs et de l’équipage. Lors de givrage du câble, bloquant tout le système, il fallait chercher un endroit où se poser afin d’embarquer sauveteur et blessé qui pour l’heure pendaient au bout du câble inerte. Treuillage d'un sauveteur et son chien d'avalanche sur Alouette III de la Sécurité civile - Photo © Christophe Gothié Petit détail cauchemardesque, un système de sectionnement du câble, en cas d’incident, était déclenché par une commande – certes protégée – sur le manche collectif du Pilote. Dans ces moments d’extrême tension, le mécanicien, au fait de la chose, retenait sa respiration pendant que le pilote bataillait avec les commandes dans ses manœuvres pour poser l’appareil. Un geste un peu brutal ! La protection est-elle bien en place ? De nombreux sauveteurs ignoraient l’existence du mécanisme, mais d’autres la connaissaient et devaient sans doute, lorsque l’épreuve se prolongeait, s’efforcer de penser à autre chose…
Il faudra attendre les années 1975 pour disposer enfin d’un système parfaitement fiable. Entre temps, les sauvetages par hélitreuillage se succèdent, et la barre des 4 000 mètres est franchie lors d’une opération effectuée par mon ami Paul ROUET, cette fois, en compagnie de Francis RIERA, Pilote. A force de persévérance et de maîtrise de l’outil, les avantages l’emportent à l’évidence sur les inconvénients, suscitant l’adhésion de tous.

Le Mécanicien Opérateur de Bord en train de treuiller depuis une Alouette III de la Sécurité civile - Photo © Christophe GothiéA travers une coopération obligatoirement accrue entre les hommes opérant le secours – pilote de l’appareil, mécano de bord, sauveteurs de terrain –, l’usage du treuil avait finalement accentué la cohésion et la confiance régnant naturellement entre eux et poussé à un très haut degré l’entente dans les équipes en intervention.

On finit même par regretter de ne pas avoir eu le treuil plus tôt, ce qui aurait évité beaucoup d’incidents ou accidents. Dans le même temps, l’industrie peaufinait un nouveau treuil et DBA, l’équipementier aéronautique, livrait enfin son nouveau « Bébé » le treuil électrique de 40 m, merveille des merveilles : fini les pannes intempestives ; nous pourrons enfin treuiller sur une plus grande hauteur sans relais technique acrobatique (rallongement du câble par une corde statique), en forêt comme en paroi, en attendant toutefois de découvrir d’autres problèmes qui feront l’objet d’un prochain chapitre.

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