« Comment j'ai sauvé DESMAISON... »

Par Alain Frébault

Jeudi 21 février 2008, par Alain Frébault // Autres auteurs

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25 février 1971 - Ce jour-là, je rentrais de quelques jours de repos. J’avais entendu parler de ce secours par les médias ; comme il ne concernait pas notre secteur d’intervention, je ne me suis pas formalisé.
Alain Frébault (pilote) à gauche et Gilbert Mezureux à droite posent devant l'Alouette III F-ZBAL de la Protection civile en février 1971 lors du secours de René Desmaison - Photo DR collection Francis DelafosseÀ mon arrivée à la Base hélicoptère de la Protection civile de Grenoble, en parlant avec mon commandant Michel Aubert, celui-ci m’indique que la veille, il avait été appelé à Chamonix par la préfecture de Haute-Savoie, pour venir en renfort. Mais me dit-il : « Je suis resté au sol à la base de Chamonix. Mon intervention ne paraissait pas nécessaire vu qu’il y avait déjà deux hélicoptères, un de la gendarmerie (Alouette III F-MJBF voir photo n°5) et un de la Protection civile de Haute-Savoie » (Alouette III F-ZBAS voir photo n°3).
Sur ces entrefaites, le téléphone sonne, et la préfecture de Haute-Savoie demande que l’on revienne en renfort à Chamonix. Le commandant me dit : « Vous allez là-bas, en passant vous essayez de voir ou se trouve cette cordée en difficulté ».
Durant le trajet(*), je croise un Puma de l’Aérospatiale de Marignane (voir Photo n°2) piloté par Roland Coffignot, le pilote d’essai de cet hélico. Il me signale par radio qu’il rentre de Chamonix, qu’il vient d’essayer de se poser au sommet des Grandes Jorasses mais n’a pas pu le faire et qu’il avait été "secoué" par le vent.
En vue du Mont Blanc, ne connaissant pas exactement le secteur, j’ai demandé par radio aux CRS en surveillance au poste-frontière du col du Géant de me guider vers les Grandes Jorasses. Arrivé au-dessus, je tente une première fois de me poser, mais le vent remontant la paroi verticale me renvoie en l’air. Atterrissage de l'Alouette III de la Protection civile à Chamonix - Photo extraite de la vidéoJe fais une deuxième tentative tout en repérant la cordée en difficulté, et, même chose, des que le rotor passe au-dessus de l’arête, l’appareil est propulsé vers le haut comme une balle sur un jet d’eau. Au cours des différentes approches, j’avais remarqué un petit col enneigé à une centaine de mètres plus bas que le sommet, côté Courmayeur. J’ai alors fait une approche le long de la paroi côté italien en me préparant à dégager en cas de vent rabattant. L’approche s’est faite sans difficulté et je me suis posé au col.
J’ai alors dit à mon mécanicien Roland Pin, détaché des Pompiers de Paris à la Sécurité civile : « Qu’est-ce qu’ils cherchent de plus ? ».
Par radio, j’ai averti la base de Chamonix que j’étais posé sur un col à proximité de la cordée. Chamonix me demande de descendre à la base. Nous prenons trois sauveteurs et partons du PC de secours de Chamonix, avec recommandation de vérifier s’il est toujours possible de se poser, L'Alouette III F-ZBAS Dragon 74 aux mains de Marcel Noguès se pose sur la DZ des Bois - Photo extraite de la vidéo France 3 car en montagne les conditions météo peuvent changer très vite, surtout en hiver.
Bien que l’on m’ait demandé de ne pas déposer les sauveteurs immédiatement, j’ai préféré les laisser au col dès la première rotation. Puis je suis redescendu chercher une deuxième équipe de sauveteurs. Le temps que je fasse l’aller-retour, la première équipe était déjà au sommet des Jorasses, et commençait à installer le matériel de secours afin de rejoindre les alpinistes bloqués. L'Alouette III Dragon 74 de la Protection civile d'Annecy pilotée par Marcel Noguès et le Mécanicien d'équipage Louis Maret, dépose enfin le survivant, René Desmaison, sur la DZ de Chamonix - Photo extraite de la vidéo Ce sont ensuite les équipages du P.G.H.M. et de la Sécurité civile de Chamonix qui ont continué les rotations pour récupérer les alpinistes et les sauveteurs.
Le choix du col apparaissait à priori le plus facile pour les sauveteurs qui, en suivant l’arête, pouvaient monter sans problème au sommet. Le col, beaucoup moins venté que le sommet, permettait à l’hélico de se poser sans difficulté. Louis Maret (mécanicien équipage) à gauche, Jean Franco de dos à droite et René Desmaison, en arrière-plan, secouru aux Grandes Jorasses sortant de l'Alouette 3 F-ZBAS - Photo DR tirée du livre La montagne en direct – Antoine Chandellier – Editions Guérin A partir de ce moment-là, les secours ont pu intervenir très rapidement, ce qui a permis de sauver René Desmaison, déjà très mal en point à ce moment-là.

Ce jour-là, il faisait beau.
Les deux pilotes de la Gendarmerie et de la Sécurité civile étaient nouveaux dans les Alpes, ils n’avaient pas conscience de ce que les sauveteurs à pied peuvent être capables d’effectuer. Ils se focalisaient sur une dépose au sommet plus proche des alpinistes en difficulté mais tout à fait impossible du fait du fort vent vertical ascendant, puissant et dangereux. Source : Secours en montagne et milieu vertical de Marcel Pérès et Philippe Poulet.

(*) Départ de l’équipage Frébault/Pin le 25-02-1971 à 9h10 de la Base de Grenoble pour Chamonix sur Alouette III F-ZBAL.
Retour de Chamonix le même jour à 16 h - Sauveteurs embarqués à la DZ des Bois : Claude Ancey et Alessandro Ollier.
Temps de vol total effectué au retour de la Mission : 4h10.


Les moyens aériens mis en œuvre : 4 hélicoptères

Protection civile
Base d’Annecy - Alouette 3 F-ZBAS
• Pilotes : Pierre Violeau, Marcel Noguès et Jean-François Belleguic
• Mécaniciens d’équipage : Paul Rouet, Louis Maret et Gilbert Mezureux

Base de Grenoble - Alouette 3 F-ZBAL
• Pilote : Alain Frébault
• Mécanicien d’équipage : Roland Pin.

Gendarmerie
SAG de Lyon - Alouette 3 F-MJBF
• Pilote : Adjudant André Cuenot
• Mécaniciens d’équipage : Maréchal des logis-chef Jean-Marie Bossuet

Sud Aviation
Base de Marignane - SA-330 Puma
• Pilotes : Jean Boulet, Roland Coffignot
• Mécanicien naviguant : ?


De gauche à droite : Roland Pin, Mécanicien et Alain Frébault, Pilote interviewé avant le sauvetage de René Desmaison bloqué dans les Grandes Jorasses - Photo extraite de la vidéo INA

• Cliquez ici pour lire Marc LAFOND raconte Alain FRÉBAULT.
• Cliquez ici pour voir le reportage du JT 13h du 25 février 1971.
Notamment interviewés (A partir de 9mn 50sec) :
• Jean Boulet, Pilote du SA 330 Puma venu de Marignane,
• Alain Frébault, Pilote de l’Alouette III venue de la Base Protection civile de Grenoble.


Alain Frébault a pris sa retraite à Mérindol dans le Vaucluse (84).
Alain Frébault interviewé - Photo © France 3 En 1971, il fait partie des équipages de la Protection civile, c’est un pilote chevronné, audacieux. Le 25 février, son Alouette III s’envole de la Base de Grenoble en direction des Grandes Jorasses... - Reportage "Le Mag" © France 3.

Une bien triste nouvelle...
Alain Frébault nous a quittés le 21 octobre 2011. Le Chef de Base Vincent Saffiotti et Marc Lafond se remémorent ce fameux secours du 25 février 1971 qui fera entrer Alain Frébault dans la légende en devenant le Pilote des Grandes Jorasses.

Reportage Le Mag - France 3

Extrait du Livre "MBO On the Edge" Par Jon.E Lewis


Traduction

(...)

Le SA 330 Puma piloté par Jean Boulet qui n'a pu se poser se poser au sommet des Grandes Jorasses du fait des vents trop violents - Photo extraite de la vidéoCe n’était rien de moins qu’un miracle que le temps fut encore bon, pensait Simone. Elle avait téléphoné au bureau de la météo. À 4000 mètres, la vitesse du vent était de 30 km/h environ. A sept heures, rapidement, elle était déjà à l’aire d’atterrissage d’hélicoptères.

" Le vent a beaucoup baissé " dit-elle à Gérard Devouassoux.

" Vous avez raison, » répondit-il, " nous devrions être en mesure d’atterrir. "

À 7h25, le SA 330 décollait de Chamonix. Quatre guides étaient à bord.

Ils sont là - deux d’entre eux. Dieu ils sont fous ! S’ils volent rapprochés, ils se heurteront. Non, il n’y en a qu’un seul. Non, il y a l’autre, après tout. Non, je l’ai de nouveau perdu ou est-il arrivé à… ? Ah oui, je comprends maintenant, il n’y a qu’un seul hélicoptère. C’est moi qui voyais double.

8h15

Le guide Gérard Devouassoux parlemente avec les secouristes - Photo DRÉchec total. Le SA 330 est rentré à l’aire d’atterrissage. " Trop de vent. Nous ne pouvions pas atterrir. "

De nouveau le vent, toujours le vent. Alors que ce matin on ne sentait qu’à peine une brise. Simone s’est effondrée, épuisée et désespérée. Ils l’ont emmenée chez un médecin, puis ramenée à la maison. Ils ont essayé les injections, les sédatifs, les comprimés de somnifères, mais en vain.

(...)

Grenoble, 9h10

Le SA 330 Puma de retour avec Jean Boulet aux commandes - Photo DRSur la piste d’hélicoptères au Versoud, une Alouette III est en cours de démarrage. Un long hurlement strident de son moteur : 20 000 tours - 25 000 - 30 000. Le couple passe en automatique, les longues pales flexibles commencent à tourner, d’abord lentement puis plus rapidement. L’appareil vibre et tremble sur ses skis. Le rotor tourne maintenant si vite qu’il est invisible : 365 tours/minute. Le compte-tours atteint le nombre de tours nécessaire pour décoller. L’hélicoptère, libéré, s’élance dans le ciel bleu de l’Isère. A bord, il y a le pilote Alain Frébault de la CRS et son mécanicien Roland Pin, tous les deux sont accrédités auprès du service de Sauvetage en Montagne à Grenoble.

Aussi improbable que cela puisse paraître, ce fut un miracle ; il n’y a pas d’autre mot pour expliquer ce qui semblait impossible.

Alain Frébault avait pris part à un certain nombre de sauvetages dans les Alpes du Dauphiné de la CRS, parfois dans des conditions extrêmes. Il ne savait absolument rien sur les Grandes Jorasses et n’avait même jamais posé les yeux sur elles.

Les Grands Jorasses culminent à 4206m - Photo DRVers 9h50, il survole le sommet du Mont Blanc, passe par le col du Géant où le poste des CRS l’informe de la vitesse du vent (qui, incidemment, n’a pas changé depuis le début de la matinée), et les turbulences aérologiques des Grandes Jorasses. Il ne peut guère les manquer. Ici en face de lui se trouve la face caractéristique et son arête sommitale ; il se rend compte alors que c’est trop étroit pour lui, qu’il ne peut s’y poser avec ces conditions de vent. Mais juste un peu plus loin, entre les deux sommets se trouve une brèche. Il n’hésite pas et fait appel à toute son expérience, avec tout son talent de grand pilote qu’il est, se glisse dans la brèche et touche légèrement la neige. Il est exactement 10h15. "A cette seconde précise, Alain Frébault me sauve la vie." Il y reste pendant quelques instants puis décolle pour rejoindre tranquillement Chamonix.
Simone, la femme de René Desmaison et sa fille attendent des nouvelles en compagnie de Serge Gousset - Photo Belin AFPAlain Frébault atterrit, sort de sa machine et annonce calmement qu’il vient d’atterrir sur les Grandes Jorasses. Consternation suivie de diverses réactions accompagnées d’une joie incrédule.
Alain Freret, un vieux compagnon de cordée, explose : « Qu’est-ce qui se passe ici ? "Dans des conditions épouvantables, avec un vent d’enfer, aucun hélicoptère ne peut atterrir, et ce mec, qui vient tout droit de Grenoble, ne demande rien et atterrit là-haut ! "

À 10h45, Alain Frébault repart avec son mécanicien et le guide Claude Ancey. Quelques minutes plus tard, il franchit tranquillement la brèche, touche le sol, y reste posé une minute environ, puis repart avec son passager à bord. Reste encore à prouver qu’il peut répéter la manœuvre même si les conditions ont empiré. Mais il le fait de nouveau. Un autre hélicoptère, cette fois piloté par Pierre Violeau de la Base de Chamonix, se pose sur la brèche et y laisse un autre guide.

Le guide Gérard Devouassoux à la descente de l'Alouette III pilotée par Pierre Violeau de la Base d'Annecy - Photo © DL A onze heures, cinq guides sont sur la brèche. A 11h30, ils commencent l’escalade de la Pointe Walker qui ne se trouve qu’à 100 mètres au-dessus d’eux. La crête est balayée par le vent sur la glace vive. Des mesures ont été prises pour réduire le matériel de sauvetage à monter au sommet.
" Bonjour ! Bonjour ! "

De loin, l’appel flotte devant moi. Vaguement, je pense que j’entends, mais cela ne semble pas réel.
" Bonjour ! Bonjour ! "
Un appel ? C’est certain mais ce n’est pas possible ? Non, ce n’est qu’une autre hallucination. Mais si c’est vrai ! Tout à coup un sentiment d’espoir sauvage m’envahit. Ils appellent. Ils sont venus pour moi. Quelque part là-haut, quelqu’un m’appelle ; je me mets debout et lève les yeux. Là, au-dessus du surplomb, se trouve un homme. Un homme, qui descend sur un câble.
René Desmaison - Photo DR" Bonjour, je suis ici ! " Et il descend. Il est là, à côté de moi. Je le reconnais : Gérard Devouassoux. " Tu es résistant René ! Dieu, mais que tu es un homme résistant ! "

" Oui, je suis encore en vie. Gérard, je suis heureux que ce soit toi qui arrive le premier jusqu’à moi "

Je me souviens du sauvetage épique sur les Drus, il y a des années, quand Gérard et moi nous étions querellés à cause de Gary Hemming et où je l’avais battu sur la face Ouest. Certainement, cette vieille querelle pourrait guérir maintenant ? Rien n’est impardonnable. Cela avait été dit ou fait. Mais ici, j’étais perdu et proche de la mort, et c’est Gérard Devouassoux qui est là, qui l’a fait, c’est donc que tout va bien. Dans ma naïveté, mon état de faiblesse physique, j’éprouve soulagement sincère et gratitude, et suis sûr que tout sera aussi simple que cela.
Les sauveteurs m’accrochèrent sur le câble avec Gérard Devouassoux et nous ont tirés vers le haut, lentement, pied à pied ; je n’avais rien d’autre à faire que rester calme, les pieds posés sur le câble. Ce mince câble d’acier m’a attiré hors de l’obscurité dans laquelle j’étais tombé et m’a ramené dans la lumière du soleil. J’ai alors eu mon premier regard vers ces derniers 100 mètres de montée à faire, et j’ai réalisé à ma consternation que seuls les 50 premiers mètres au plus présentaient des difficultés. Et cependant, une aussi petite distance à faire avait été fatale ? Cela semble être causé par une cruauté particulière du destin et rend la mort de Serge Gousseault encore plus absurde.

L'Alouette III F-ZBAS de la Base Protection civile d'Annecy pilotée par l'équipage Noguès/Maret vient juste de se poser après la récupération de René Desmaison - Photo © Patrice Habans/Paris MatchNous nous sommes arrêtés pendant un instant pour que les guides fassent quelques ajustements sur le câble d’acier. Puis nous repartons encore un peu vers la corniche, celle qui est la frontière entre ombre et lumière, vie et mort, c’est aussi celle de la glace – c’est parfaitement clair. Je suis assoiffé, j’ai soif d’elle comme si elle était un projet d’eau claire et pure, issue du cristal de la glace. Plus que deux mètres - seulement un - et tout à coup, je suis sur le bord, des lumières étincelantes m’inondent, le soleil frappe mon visage, je tombe à genoux sur la glace, je suis sur la corniche du sommet. Je veux voir, lever les yeux vers le ciel, mais je me tords, secoué par l’émotion. Joseph Cornier met son bras puissant autour de moi et dirige ma tête vers son épaule. Je sens les sanglots monter à ma gorge.

L'ambulance qui attend à côté de l'Alouette III Dragon 74 de Marcel Noguès - Photo extraite de la vidéo" Ne lâche pas maintenant, René, ne lâche pas. Tu dois tenir encore un peu plus. Tu te souviens de moi n’est-ce pas ? Nous étions de la même année sur le parcours des guides. "

" Oui, bien sûr, je me souviens. Je tiendrai. "

Sa bouche essaie de surmonter ce moment d’émotion. Ses yeux sont remplis de larmes. " Ne t’inquiète pas, Joseph, je tiendrai bon, je ne vais pas abandonner maintenant. "

Oller et Zapelli de Courmayeur sont là, au sommet, avec Claude Ancey, chargés de la civière.

Chaque chose se met en place comme dans un rêve, la brèche où je suis assis, l’hélicoptère qui me soulève de la montagne et me descend dans la vallée, l’ouverture de la porte, des mains amies qui me soutiennent, et m’aident à traverser pour rejoindre l’ambulance qui attend. A sa sortie de l'Alouette III, René Desmaison doit être soutenu - Photo extraite de la vidéo Je peux encore tenir debout, je désire marcher par moi-même... Les amis me soutiennent, Jean Franco m’offre son épaule où je m’appuie. Je regarde partout pour trouver Simone, mais elle n’est pas là. Ils n’ont pas osé lui donner des nouvelles parce qu’ils ne savaient pas encore lequel d’entre nous est encore en vie et ne sont même pas sûrs que l’un d’eux l’est.

Extrait traduit du livre "MBO On the Edge" Par Jon.E Lewis.


Extrait de "La montagne en direct" de Antoine Chandellier - Editions Guérin.


25 février 1971 - Sauvetage de René Desmaison - Vidéo tvmountain.com

En rappel sur la cordée DESMAISON-GOUSSEAULT

L'auteur, Francis DELAFOSSE - Photo FDPar Francis DELAFOSSE - Février 2015
En 1990, invité dans son chalet à Chamonix, j’ai pu discuter avec René Desmaison de ce fameux secours dans les Grandes Jorasses, mais je me suis vite trouvé embarrassé en lui faisant revivre cet épisode douloureux. Ne l’ayant jamais rencontré auparavant, c’est son grand ami René Romet qui m’avait présenté à lui au cours de l’une de ses visites sur la DZ des Bois.

Après avoir consulté, textes, films et archives les plus divers sur cet événement et obtenu des entretiens avec des témoins directs, il m’est apparu intéressant de compléter et de rectifier les nombreux écrits et les inévitables raccourcis journalistiques publiés en leur temps.

En ce mois de février 1971, à Chamonix, tous les ingrédients sont réunis pour établir une fois de plus, la recette d’un inévitable secours à polémique.

Conditions météo défavorables, présence de victimes à haute altitude, situation délicate, médiatisation pesante transformant la détresse en spectacle et conflits internes au sein des responsables du secours, tout cela ne pouvait offrir que très peu de chance de réussite. En effet, après le secours dramatique de Vincendon et Henry en 1956, que l’on s’était promis de ne plus revivre, se joue celui de la cordée Desmaison-Gousseault en perdition dans la face Nord des Grandes Jorasses.

Le plus inquiétant, c’est aujourd’hui encore, en 2015, malgré les progrès technologiques adaptés aux hélicoptères, à l’équipement des alpinistes, à la météorologie et à l’organisation des services de secours, il nous est toujours permis de douter, que plus jamais, de tels drames ne se reproduisent un jour. (...) Lire la suite

Légendes des photos ci-dessous : Chamonix - DZ des Bois, le 25 février 1971
Les photos 1, 2, 4 et 5 sont extraites du livre "La montagne en direct" de Antoine Chandellier - Editions Guérin.
Photo 1 : L’Alouette III Dragon 74 au sol : Équipage Pierre Violeau/Gilbert Mezureux ; de dos Paul Rouet sur la DZ des Bois. Derrière, à gauche de l’ambulance, casque à la main, le pilote Marcel Noguès. En arrière-plan, on aperçoit l’Alouette III F-MJBF du DAG de Megève en approche.
Photo 2 : Le SA 330 Puma venu de Marignane, piloté par Jean Boulet/Roland Coffignot, en approche de la DZ des Bois pour y atterrir.
Photo 3 : L’Alouette III F-ZBAS N°1192, Dragon 74, pilotée par Pierre Violeau de la Base Protection civile d’Annecy avec le guide Gérard Devouassoux au premier plan. En arrière-plan, on peut apercevoir Marcel Noguès (Pilote) et Gilbert Mezureux discuter avec Violeau - Photo © DL (en savoir +).
Photo 4 : En ce 25 février 1971, sur la DZ des Bois, la famille et les médias en grand nombre attendant des nouvelles. En arrière-plan, on aperçoit le public maintenu a distance à l’entrée de la DZ.
Photo 5 : Déchargement du matériel par le Maréchal des logis-chef Jean-Marie BOSSUET depuis l’Alouette III F-MJBF N°1098 en provenance de la Section Aérienne de la Gendarmerie (SAG) de Lyon.
Photo 6 : L’Alouette III immatriculée F-ZBAS N°1192, de la Base Protection civile d’Annecy aux mains de l’équipage Marcel Noguès/Louis Maret vient juste de se poser après la récupération de René Desmaison qu’on aperçoit assis à même le plancher à cause du démontage des banquettes arrières pour la place et un allègement maximum.
Sur la gauche, en blouson clair avec son casque, on peut voir Pierre Violeau discuter avec Marcel Noguès tandis que les deux mécaniciens (dont Louis Maret) sont de l’autre côté de la machine. A droite, de dos à côté de Jean-Marie Bossuet (SAG de Lyon), Robert Petit Prestoud de la Société de Secours de Chamonix - Photo © Patrice Habans (en savoir +).

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1 Message

  • « Comment j’ai sauvé Desmaison... » 18 avril 2014 10:05, par Francis Delafosse

    L’intense irrégularité de la force du vent qui se joue des coins et des recoins du relief particulier de la haute montagne, présente ainsi des tas de surprises au vol de l’hélicoptère dans cet environnement accidenté.
    Quelque soit la météo, il est judicieux de tenter de se présenter sur zone à plusieurs reprises et en divers endroits pour déterminer réellement ce qui est possible ou ce qui ne l’est pas... Pour le reste, ce sera plutôt une question d’appréciation, d’expérience, de témérité et de dextérité.
    Bravo encore à Frébault !
    Étonnant de voir qu’à travers ce type de récit à caractère évolutif, il est toujours possible d’apprendre quelque chose suite au rajout d’informations nouvelles.

    Francis Delafosse

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