La Base Hélicoptères de Nice

Vendredi 12 mai 2006

Préambule
Pour cette quinzième chronique historique, nous allons retourner dans un passé beaucoup plus proche que celui où vous plonge le résultat de mes habituelles recherches. Nous quitterons aussi, un peu, l’univers des sapeurs-pompiers.

Il y a un an, le 12 mai, nous quittait Michel FOURCOUX, Chef de la base hélicoptères Sécurité Civile de Cannes. Certains perdirent un « patron », d’autres un camarade, d’autres… un ami…

Ces lignes lui sont dédiées.

Alain BERTOLO

La création
Rapportant les dossiers du Général CORNIGLION-MOLINIER, dans la séance du conseil général du 10 avril 1961, Monsieur GARINO, présenta le Plan de protection des forêts et de défense contre les calamités publiques.
Parmi les mesures proposées figurait « la mise en place d’un hélicoptère à l’aéroport de Nice ». Vue d'ensemble de l'aéroport de Nice en 1961 - Photo DRLes dépenses d’investissement étant évaluées à 700 000 francs et celles de fonctionnement à 260 000 francs, le département des Alpes-Maritimes proposera une participation de 100 000 francs à compter de 1962. Pour 1961, c’est un appareil de l’aéronavale qu’il sera prévu de détacher à Nice pour les cinq mois de la saison estivale avec subvention de 60 000 francs par notre département et demande de participation à nos voisins du Var et des Basses-Alpes ainsi qu’à la Corse pour une somme de 25 000 francs.
Finalement, c’est une « ALOUETTE II » du Service National de Protection Civile
qui sera détachée à Nice pendant les trois mois d’été, sous la direction du capitaine VALET et assurera une cinquantaine de missions.

Juin 1962… l’ALOUETTE II s’installe sur l’aéroport de Nice, à proximité des installations du service de sécurité incendie. Les locaux sont loués à la Chambre de Commerce et d’Industrie pour 40 000 francs annuels.
Le mécanicien René Montini avec en arrière-plan l'Alouette 2 F-ZBAE de la base Protection civile de Nice posée en altitude - Photo DRLe capitaine VERDIER est pilote, chef de base, secondé par le gardien Christian GRAVIOU, pilote et par deux mécaniciens : le brigadier Louis MARET et le gardien René MONTINI.
Le tableau d’alerte précise que « la permanence est assurée tous les jours, y compris dimanches et jours fériés. De 8 h 30 à la nuit en période d’été et de 8 h 30 à 18 h en hiver. (…) Pendant le repas de midi, l’équipage peut être touché par téléphone à la C.R.S. n°6 (…) en dehors des heures de service par l’intermédiaire du Cabinet du Préfet, du Commissariat central ou de la C.R.S. n°6 ».

Premières années !
Une « instruction définissant les conditions d’utilisation des bases d’hélicoptères de Protection Civile » datée du 21 février 1963 reprend la diversité des missions : secours en montagne, en mer, en zone inondée, recherches d’avions accidentés, calamités ou catastrophes, lutte contre les incendies de forêts, évacuation de malades ou blessés « intransportables par les moyens habituels », missions de police, exercices et meetings, assistance technique au profit des administrations. Ce document règle aussi les questions techniques, administratives et financières. En cette époque, pas si lointaine que cela, le groupement hélicoptères possède douze appareils (dont trois Bell 47 G2 à moteur à pistons et civière extérieure) répartis sur huit bases.
Notre hélico qui couvre aussi les départements des Basses-Alpes, du Var et des L'Alouette 2 F-ZBAK Protection civile sur l'aéroport de Nice en 1964 - Photo DR Fond du laboratoire photographique de l'Equipement, Archives DépartementalesBouches du Rhône, effectuera cette année là, 354 h 30 de vol pour 88 missions et travail de fond, une prospection géographique de toutes les communes du littoral pour déterminer des aires de poser sera entreprise.

1964 verra l’effectif passer à trois équipages, le départ pour Annecy du tandem GRAVIOU-MARET et son remplacement ainsi qu’une prévision de redécoupage du secteur en raison de l’implantation à compter du mois d’août d’un hélicoptère sur Marseille-Marignane (l’appareil sera malheureusement accidenté le 31 juillet).
Dans son bilan annuel, le capitaine VERDIER fera apparaître le dispositif de transport de prématurés « la couveuse et son obus d’oxygène sont emportés avec la Roger Colin (Mécanicien d'équipage), en combinaison de plongée sur le bord de la machine, finit de treuiller une victime depuis l'Alouette II F-ZBAK de la Protection civile - Photo DRpuéricultrice qui a toutes facilités pour surveiller le bébé et le manipuler pendant le vol ».
Le capitaine VERDIER, appelé à d’autres fonctions à l’Echelon central du groupement Aérien sera remplacé comme chef de base en 1965 par le lieutenant VAN DEN BROECK.
Le premier février 1965, la base vivait son premier déménagement vers un bâtiment situé à l’extrémité Est de l’aéroport.
En 1967, un an après un protocole d’accord entre l’armée de l’air et le Ministère de l’intérieur, le Colonel SICRE de la base aérienne 725 (Chambéry-Bourget-du-Lac) pose dans un mémento les bases du Commando héliporté pour la lutte contre les feux de forêts, il est vrai qu’en quelques années des pas de géant ont été franchi : arrivée des deux premiers avions amphibie CANSO le 25 juin 1963, utilisation de l’hélicoptère pour la surveillance, le commandement et le transport.
« C’est en terrain difficile que les moyens aériens prennent toute leur valeur (…) l’hélicoptère constitue un instrument précieux pour le commandement (…) il permet d’avoir en permanence une vue d’ensemble, des informations et liaisons directes, d’envisager plus aisément l’idée de manœuvre et coordonner les moyens aériens et terrestres (…) par le transport logistique du personnel et du matériel au plus près des foyers, il accroît le rendement et le pouvoir de lutte ».
Le dispositif comporte une Alouette de la Protection civile pour assurer coordination et commandement et trois Sikorsky « H-34 » de l’armée de l’air pour acheminer sapeurs-pompiers, matériels et citernes souples.
En cette année 1967, la base de Nice, aura effectué 143 missions dont un spectaculaire treuillage de personnes sur un bateau qui avait pris feu au large de Nice le 26 novembre.
Le 16 mai 1968, monsieur le Préfet signera l’arrêté d’ouverture d’une hélistation dans la cour de la caserne Magnan à Nice.

« L’affaire » de l’Alouette III !
Le 8 août 1969, monsieur le Préfet THOMAS demande au Ministre de l’intérieur le remplacement de « l’Alouette II » par une « Alouette III » utilisant de solides arguments (puissance, capacité, autonomie). Le capitaine VAN DEN BROECK recevra une note du groupement aérien lui demandant des « explications » et « rappelant » les conditions « de bon emploi :
1) répartition judicieuse de dépôts de kérosène,
2) utilisation rationnelle de la camionnette atelier,
3) allègement de l’appareil. Il est certain que les interventions en montagne présentant rarement le même caractère d’urgence que les sauvetages en mer. L’appareil peut souvent, avant le départ, être allégé de certains dispositifs et notamment l’appareil de treuillage »…
La réponse du Chef de base, le 10 octobre 1969, est… riche : rappel des altitudes du Gélas et du Rabuons, installation de dépôts permanents de carburant à Sain-Martin-Vésubie, Saint-Dalmas de Tende, Auron, La Foux d’Allos, réserve de carburant en jerricans, L'Alouette 2 F-ZBAK Protection civile avec aux commandes le capitaine Jean VAN DEN BROECK (doublure de Roger Moore) décollant depuis l'aéroport de Nice, à l'occasion du tournage d'un épisode de la série "Amicalement votre" en été 1970 - Photo DR disponible à la base, chargée dans la camionnette atelier et transportée « au plus prés » et allègement de la machine « si le temps mis à enlever le treuil paraît d’une faible importance (…) il en est différent de celui nécessaire à le remettre pour un appel urgent en mer (…) de plus le remontage et la dépose effectués trop fréquemment son néfastes à l’accessoire, nous l’avons vu avec la flottabilité ».

Le chef de base n’était pas au bout de ses peines puisqu’en mai 1970, le déplacement de la barrière pare souffle en vue d’accueillir à Nice des Boeing 747 rendait difficile les manœuvres de sortie du hangar et de décollage de l’hélicoptère et provoquait de la part du Ministère des transports un long courrier se concluant par « j’estime que la l'Alouette III Dragon 06 de la Sécurité civile posée dans le parc national du Mercantour - Photo Michel Fourcouxsolution définitive ne saurait être trouvée que dans le déplacement des installations actuelles de la Protection civile (…) soit sur l’aérodrome de Nice soit sur un autre ».
« L’Alouette III » entrera en service à Nice en 1971, année ou le groupement aérien fixera par note d’information les règles d’une autre mission de nos anges du ciel : le transport d’organes en vue de transplantations.

Nouveau déménagement !
Après avoir déposé une demande de permis de construire le 28 août, la direction de l’équipement demande le 23 novembre 1973, le transfert des installations vers la zone ouest de l’aéroport avec mise à disposition d’un hangar de 600 m². Le projet d’implantation recevra l’agrément du ministre de l’intérieur le 17 juin 1974.
Sur le plan de l’organisation opérationnelle, cette année sera celle de l’implantation d’un nouveau dépôt de kérosène à Saint-Etienne-de-Tinée et depuis l’été 1973, l’habitude est prise de prévenir par radio les sapeurs-pompiers de Nice du départ en mission de l’hélicoptère. Dernier détail, relatif à ce troisième déménagement, l’inquiétude du Commandant VAN DEN BROECK le 3 mars 1975, en raison de l’aménagement à proximité de la base d’une « aire à mouettes » destinée à attirer les
oiseaux, avec présence de mats de 12 mètres, projecteurs et… fientes.

Et la suite ?
La suite… l’habitude de voir dans notre ciel cette « Alouette » aux formes rebondies et au cliquetis caractéristique, l’habitude pour « monsieur tout le monde » de découvrir dans la presse nombres d’articles sur des missions spectaculaires, Alouette 3 F-ZBDE Dragon 06, équipée du treuil de 25 m, survolant les calanques à la fin des années 70, début 80 - Photo DR la certitude pour nos pompiers de gagner un temps précieux sur bien des interventions et… pour l’imprudent véliplanchiste ou randonneur, souvent la fin d’un grand moment d’angoisse, là ! Juste au moment où se tend la main du mécanicien sauveteur secouriste pour l’aider à se glisser dans la machine… puis : Le remplacement du Commandant VAN DEN BROECK par le Colonel DURAND en août 1980. Ce chef de base sera confronté en septembre 1985 à une nouvelle demande de transfert des installations…et pourra écrire dans son bilan du 25 janvier 1990 : « le bilan de l’année 1989 est positif, il n’y a qu’un seul problème c’est celui du quatrième déménagement de la base (…) une belle base nous est promise à Sophia-Antipolis mais l’année n’est pas précisée ». Pourtant, après quelques réunions en février et mars 1990, les choses s’accélèrent, la base s’installera de façon provisoire dans une ancienne bergerie sur l’aérodrome de Cannes Mandelieu.
Après réalisation d’un hangar livré en janvier 1991, cette implantation sera déclarée définitive en 1993.
Alouette III Dragon 06 Sécurité civile lors d'un gag sur la Base de Nice - Photo DRSur le plan de l’organisation, l’information du CODIS à chaque mission deviendra systématique, puis sera mis en service à Cannes en février 1992 « l’Ecureuil » immatriculé F-ZBFR…
De plus, notre Département aura le privilège d’expérimenter à partir du 13 août 1986, le prototype « hélicoptère bombardier d’eau ».

La base vivra un grand moment de tristesse, le 27 juillet 1995. Disparaîtront des ondes radio, à 16H37, AS 350 B2 F-ZBFR Sécurité civile au début des années 90 - Photo DR les sympathiques voix de Bernard et d’Alain, crashés là haut en haute Tinée, sous la Cime de Maleterre avec à bord, un CRS et un technicien radio.

FRX…
Recruté par la Sécurité civile le 2 mai 1991, après un parcours professionnel hors du commun, Michel FOURCOUX, deviendra chef de base le 1er janvier 1996, il le restera jusqu’au 12 mai 2005… (...) Lire la suite

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