La prochaine disparition des Alouette III fend le cœur des Chamoniards
jeudi 22 janvier 2026
Article paru dans La tribune de Genève, Numéro nº 215/38, 17 septembre 1998
En coulisse, pilotes et mécanos s’apprêtent à tourner la page. Non sans émotion après trente à quarante ans de bons et loyaux services.
Aucune date n’a encore été officiellement avancée pour l’arrivée des Eurocopter. Mais une chose est certaine, pour les Alouette ITI, le compte à rebours à commencé. Tous ceux qui ont partagé les heures de gloire de ces vaillantes machines, ne peuvent s’empêcher d’avoir le cœur serré à l’idée de les voir quitter le massif du Mont-Blanc. Pour Daniel Poujol, pilote de la gendarmerie, spécialiste des secours en montagne, l’Alouette III c’est avant tout une « belle machine ». Voilà huit ans que notre homme officie sur cette « gamine », comme il l’a affectueusement rebaptisée. Pourtant, avec ses 27 printemps et ses 10000 heures de vol au compteur, Bravo Lima n’a plus rien d’une jeunette. Mais le chef du DAG (Détachement aérien de la gendarmerie) n’en démord pas. « Je la considère comme une fillette, car on a toujours un œil très attentif à ce qu’elle fait. Malgré son âge, elle reste encore très sensuelle. Ou plutôt sensitive. Elle se pilote vraiment. Ce ne sera plus le cas avec les nouveaux appareils, qui intègrent un pilote automatique. Les manœuvres seront nettement moins transparentes. Cela dit, il est important de tourner la page, car notre chère « enfant » s’est alourdie au fil du temps. A l’intérieur de la cellule, nous avons multiplié les systèmes radio. En altitude, nous évoluons souvent sur le fil du rasoir. Mais, croisons les doigts : jusqu’à présent, rien de grave n’est à déplorer, Bravo Lima n’a jamais trahi notre confiance » Ce que confirme, Sylvain Haquin, le collègue de Daniel. Ce « Doc Hélico » vole sur Alouette III depuis 1984. « On ne retrouvera jamais une machine comme ça. C’est normal qu’on s’y attache. J’ai un ami qui a été muté de la base de Megève. La première chose qu’il a faite quand il est revenu à l’altiport, c’est d’aller tourner autour de l’hélico, comme si c’était sa petite fille qu’il avait abandonnée quelque temps. Son attitude m’a quelque peu rassuré. Je me suis dit : il n’y a pas que moi qui verse dans le sentimentalisme. Quand on est dedans, ce sont nos vies qui en dépendent.(...) En dépit de petits couacs, elle nous a toujours ramenés à bon port. » Cette fiabilité et cette fidélité ont un prix : l’entretien. « Deux heures de travail par jour, au minimum », observe Sylvain « Même quand l’hélico est au sol, il fait l’objet de VAV, les visites avant vol. Elles sont obligatoires tout comme une inspection plus importante toutes les 20 ou 30 heures, qui nécessite une bonne journée de boulot. » Même son de cloche du côté de Jean-François Carrier. Pour ce féru de mécanique, « une Alouette III, ça vous use du mécano ! Il faut sans cesse la graisser, faire un tas de contrôles visuels. Tous les réglages sont très pointus. Avec les nouvelles générations d’hélico, c’est complètement différent, on travaille beaucoup sur les déformations des matériaux. Des paramètres électroniques entrent en jeu. Et là, le mécano ne peut plus tout maîtriser. Lorsque surgit une panne, il faut y aller à tâtons, voir si certaines cartes sont à changer. Avec une Alouette III, tout est beaucoup plus limpide. » « Comme l’on connaît toutes les faiblesses des Alouette III, on nous autorise à faire beaucoup de choses par nous-mêmes », précise Sylvain Haquin. « Plus question de cela avec les prochaines hélicos. Ce qui n’implique pas que nous allons avoir les mains plus propres. On va moins se servir des pompes à huile et du chiffon. » Un chiffon qui sera sans doute bien utile lorsque sonnera l’heure des aurevoirs. « Cela va me faire mal au cœur de la voir partir », avoue Sylvain. Les Alouette vont finir leurs jours dans le civil. Elles seront vendues aux plus offrants dans une fourchette comprise entre 500 000 et 1 million de FF (125 000 à 250 000). Source