Evasion de Verbard : le pilote a cru à un attentat suicide

Mercredi 16 décembre 2009

Le 27 avril 2009, il était aux commandes de l’hélicoptère détourné pour l’évasion de Juliano Verbard de la prison de Domenjod. Partie civile, Yann Morvan a été longuement entendu, hier matin, par la juge d’instruction en charge du dossier. Le pilote a d’abord pensé que les trois braqueurs voulaient commettre un attentat suicide sur la préfecture. Si bien qu’il était prêt à jeter son hélicoptère contre des lignes à haute tension pour épargner des vies.
Yann Morvan, le 27 avril à la Bretagne, avec les policiers après la prise d'otages dont il a été victime avec son mécanicien - Photo Stéphan Laï-YuSon histoire est celle d’un héros oublié. Celle d’un homme, père de deux enfants, qui, sachant qu’il allait mourir, était résolu à épargner la vie d’autres victimes innocentes. Son témoignage fait froid dans le dos et montre à quel point cet ancien militaire de l’aéronavale devenu instructeur a su faire preuve d’un courage exceptionnel. Convoqué hier matin par la juge d’instruction Brigitte Lagière, en charge de l’enquête sur l’évasion de Juliano Verbard avec son collègue Jean-Pierre Niel, le pilote de l’hélicoptère Yann Morvan a raconté en détail la prise d’otage dont il a été victime avec le mécanicien Stéphane Libelle, durant 35 minutes. Ses propos mettent en évidence toute la violence et la froide détermination des membres du commando. Devenu partie civile dans ce dossier, Yann Morvan a commencé son récit à la Nouvelle. Il était 9h30, le lundi 27 avril 2009, quand trois “touristes” ont pris place à bord de l’Alouette III de Mafate Hélicoptère. Quelques secondes après le décollage, les trois hommes, Rodolphe Cadet, Jean-René Gens et Guillaume Maillot, ont sorti des pistolets 9 mm en menaçant le pilote et son mécanicien, et leur ont enlevé leur casque radio pour les empêcher de donner l’alerte. Les trois disciples de Juliano Verbard les ont ensuite aspergés d’essence. « L’un d’eux tenait un briquet et était prêt à l’allumer », a raconté Yann Morvan à la magistrate. Ils ont crié qu’ils n’avaient rien à perdre et qu’ils étaient prêts à faire exploser l’appareil ».

« IL A DONC DÉCIDÉ DE SACRIFIER SA VIE ET CELLE DE SON MÉCANICIEN ».
Yann Morvan a pensé dans un premier temps que cette prise d’otages était destinée à faire évader des détenus du Port. Choqué, le pilote avait oublié que la prison de Domenjod venait d’ouvrir ses portes. Hystériques et incontrôlables, les trois membres du commando ont failli provoquer à plusieurs reprises le crash de l’appareil en frappant le pilote et le mécanicien à coups de crosse de pistolet. Avant d’attacher ce dernier qui tentait de se débattre. Yann Morvan a également raconté qu’au dessus la crête d’Aurère, Guillaume Maillot a tenté de l’étrangler. Le pilote a perdu ses esprits quelques secondes avant de reprendre en mains les commandes de l’hélicoptère. A quelques secondes près, l’appareil se serait écrasé. Yann Morvan a indiqué qu’il était convaincu que les trois hommes étaient en fait des kamikazes voulant commettre un attentat suicide sur la préfecture. C’est pourquoi il avait pris la décision de jeter son appareil sur les lignes électriques à haute tension qui se trouvent dans le secteur du Colorado. “Mon client voulait éviter que d’autres vies ne soient perdues à cause de ces fous, observe son avocat, Me Alain Antoine. Il a donc décidé de sacrifier sa vie et celle de son mécanicien. Quinze secondes avant l’impact, le commando lui a donné l’ordre de prendre la direction de la prison de Domenjod. Cela a tout changé ». Au-dessus de la cour de promenade du bâtiment B de la prison, le pilote a mis l’hélicoptère en vol stationnaire. Le commando a envoyé une échelle de corde. Puis Juliano Verbard, Fabrice Michel et son père Alexin sont montés. Le commando a dû tenir en joue d’autres prisonniers afin de les empêcher de rejoindre l’appareil. Puis l’hélicoptère a repris le chemin des airs. Yann Morvan était persuadé que le commando et les évadés allaient, une fois descendus de l’appareil, le tuer avec son mécanicien. Car, avant d’enfiler des cagoules au-dessus de la prison, Rodolphe Cadet, Guillaume Maillot et Jean-René Gens avaient agi à visage découvert. « Mon client était certain que lui et Stéphane Libelle seraient brûlés vif, raconte Me Alain Antoine. Il a alors décidé de simuler un crash là où le commando lui a ordonné de poser l’appareil pour les empêcher de passer à l’acte. A environ 300 mètres du sol, il a coupé le moteur. Il y a eu un choc quand l’hélicoptère s’est posé. Tout le monde était donc un peu sonné. Juliano Verbard et sa bande ont filé aussi vers la camionnette blanche qui les attendait dans la Technopole ». L’enquête des gendarmes a montré depuis que le gourou et sa bande ont trouvé refuge dans l’appartement du Moufia sans jamais le quitter. C’est là qu’ils ont été interpellés neuf jours plus tard, le 6 mai. « Le récit de mon client montre que Juliano Verbard et les siens ne sont pas seulement des illuminés. Ce qu’ils veulent faire croire, s’indigne Me Alain Antoine. Ce sont aussi des fous furieux qui étaient prêts à tuer ». Jérôme Talpin source

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