Dix sauvetages par jour sur le Mont-Blanc !

Dimanche 1er juillet 2001

Juillet 1995, massif du Mont-Blanc, Chamonix.
La montagne est chaude, trop chaude. Cela signifie que le gel de la nuit ne retient plus la glace ni les rochers sur les pentes. Malheur à ceux qui se trouvent sur leur trajectoire. Or, chaque matin, quatre cents personnes se lancent à l’assaut du géant de l’Europe, le Mont Blanc.
Hélitreuillage avec l'Alouette 326 juillet, 17h30. Cinq touristes espagnols, inconscients du danger, pique-niquent sous la langue terminale du glacier des Bossons. En moins d’une seconde, un morceau de glace de cent tonnes se détache du glacier et écrase les cinq vacanciers. Trois morts, deux blessés très grièvement atteints. Le capitaine Jean-Claude Gin, commandant le peloton de gendarmerie de haute montagne qui participa aux secours, nous dira : « C’est l’un des endroits les plus dangereux de la vallée ; bien entendu une pancarte indique les risques qu’on court en plusieurs langues, dont l’espagnol ».
Dix-sept morts depuis le 1er juillet. Vingt-quatre depuis le 1er juin. Cinq cent quarante sauvetages faits depuis le début de l’été. Dix par jour fin juillet. Ceci uniquement pour le massif du Mont-Blanc.
Bernard Prud’homme, guide de haute montagne et ancien président de la célèbre compagnie des guides de Chamonix, nous dit : « Le risque fait partie du jeu, cela rajoute une dimension à ce sport qu’est l’alpinisme. Le scandale, c’est de mourir en montagne par manque de respect pour elle. Sans connaître les 8 règles élémentaires de sécurité et de prudence : consulter la météo, utiliser un guide professionnel, se préparer physiquement après onze mois et demi d’inactivité ».
L’homme qui connaît le mieux les pièges de la montagne se nomme René Romet. Ses cheveux blancs sont connus dans tous les refuges du massif. Il fut pendant 23 ans pilote d’hélicoptère à la Sécurité civile, spécialisé dans les sauvetages en Haute-Savoie. Il a participé à 2 300 missions de sauvetage. Plus de 2 000 personnes lui doivent la vie.
Aux commandes de son Alouette 3 rouge, Romet était devenu le spécialiste des situations désespérées en montagne, « C’est bien ce treuil à câbles de 40 mètres de long, à bord de nos machines, qui a changé la nature des sauvetages en haute montagne », précise Romet. L’année dernière, 96% des victimes de la montagne traitées à l’hôpital de Chamonix avaient été héliportées ; 45% d’entre elles hélitreuillées, c’est à dire transportées au bout du câble.
René Romet a vécu des sauvetages hors du commun, mais le sauvetage qui a marqué sa vie de pilote eut pour décor la face ouest des Drus, Après le premier treuillage latéral dans les Drus, devant l'Alouette III F-ZBAS de la Protection civile, René Romet, Gilbert Mezureux et Nigel Anthony Lyle après son secours le 26 août 1972 - Photo DRle 26 août 1972. Il a réalisé, devant cette face mythique, le premier hélitreuillage parallèle à une paroi verticale de 600 mètres.
A l’époque, deux jeunes Britanniques crient au secours dans le pilier Bonatti. Les deux alpinistes sont obligés de passer leur quatrième nuit dans les Drus. L’un d’eux est grièvement blessé. René Romet et Gilbert Mezureux, son mécanicien, décident d’essayer ce qui n’a jamais été réalisé en sauvetage : « Les pales de l’hélico étaient à un mètre du rocher. La météo était favorable, mais les vents sont dangereux en montagne, car les courants d’air, qui s’abattent du sommet des Drus, pouvaient jeter l’Alouette III contre le rocher. J’ai fait monter la machine à la verticale au plus près de la paroi, la victime fut attachée au bout du treuil, j’ai manœuvré le tout vers la vallée. Dix minutes plus tard, le blessé était à l’hôpital ».

Romet n’a peur de rien en vol, il contrôle tout. Mais lorsque son ami Patrick Bros se tue en vol, Romet comprend qu’il faut abandonner son hélicoptère. Il quitte la Sécurité civile. A présent, il forme ses successeurs.
Le jour de son départ de la Sécurité civile, entouré de ses amis dans le hangar des hélicos, René m’a dit : « Ce qui m’a le plus manqué, c’est parfois une simple poignée de main de celui ou celle que je venais d’arracher à la montagne ». Source : Christian Brincourt dans "Le Figaro Magazine" du 5 août 1995.

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