En mission avec l’hélicoptère du Samu 68

Dimanche 19 octobre 2014

Jean-Yves Manzoni, l'un des cinq pilotes de l'Agusta A109 du Samu 68 - Photo François Torelli« Vous êtes prêts ? », lance Jean-Yves Manzoni, pilote de l’hélicoptère du Samu 68, dans le micro de son casque. « Ok », répond Stéphanie, l’infirmière. « Ok » , embraie Dietmar, le médecin. Il est 8 h 37 et l’équipe est sur le point de décoller de la base du Moenchsberg pour aller chercher un patient se trouvant à l’hôpital Pasteur à Colmar. « C’est parti ! »

Dans un rugissement de turbines atténué par les casques antibruit, les pales accélèrent, l’appareil jaune et bleu s’ébroue, se stabilise et quitte imperceptiblement la piste. Il glisse au ras du sol dans une puissante bourrasque faisant ondoyer l’herbe, puis s’élève en douceur en marche arrière ou « back-up ». Et le pilote pousse le manche à balais.

Aussitôt, l’appareil s’incline en avant, prend de la vitesse, de la hauteur et l’horizon s’éloigne, laissant apercevoir les toits de l’hôpital, le chantier du pôle femme-mère-enfant, les étendues boisées du Rebberg et enfin tout Mulhouse. « On vole à 600 mètres au-dessus du niveau de la mer, ici, ça donne environ 300 mètres au-dessus du sol » , indique au micro le pilote. À la fenêtre, les routes, quartiers et champs défilent comme autant de maquettes à la vitesse de croisière de 142 nœuds, soit environ 250 km/h. « Là, à deux heures, vous avez Ensisheim, et là, le parc du Petit Prince » , indique Jean-Yves en montrant du doigt deux ballons captifs flottant au loin.

« Quand on se pose, c’est l’attraction »
Assise à l’arrière, entre le brancard, le scope, le pousse seringues et une bouteille d’oxygène – soit un équipement équivalent à celui des véhicules d’intervention terrestre – Stéphanie en profite pour remplir quelques formulaires. Contre toute attente, elle peut écrire à bord sans difficulté : en vol de croisière, la stabilité est comparable à celle d’un TGV.

Il est 8 h 49, l’appareil n’a décollé que depuis 12 minutes, mais Jean-Yves amorce déjà la descente vers l’hôpital Pasteur à Colmar. Lorsqu’il approche du grand « H » matérialisant la « DZ » (pour « drop zone » ou piste d’atterrissage), toutes les têtes se lèvent. « C’est partout pareil : quand on se pose, c’est l’attraction, observe-t-il. L’hélicoptère a encore quelque chose de magique.  »

Une fois les pales arrêtées, des ambulanciers viennent chercher le brancard et partent récupérer le patient. Pendant ce temps, le pilote se plonge dans des feuilles de calcul, histoire de vérifier la quantité de carburant, le poids des passagers et la répartition des masses embarquées. Un équilibre subtil : l’appareil à vide pèse deux tonnes, les passagers et le matériel plus de 400 kg et il ne faut pas dépasser un total de 2 850 kg au décollage.

Une fois le patient installé et harnaché sur le brancard, médecin et infirmière prennent place à ses côtés, face à face, dans la cabine arrière. Avant le départ, Stéphanie entretient la conversation avec le passager, histoire de le mettre à l’aise – même si celui-là ne semble pas impressionné. Puis, le pilote remet les gaz sous l’œil de deux agents de sécurité incendie équipés d’un extincteur à poudre de 50 kg, il décolle… et lâche les commandes. « Une fois en altitude de transit, on peut enclencher le pilote automatique  » , explique-t-il.

Le voir vaquer à ses occupations sans tenir le manche est un peu déroutant, mais lors d’interventions urgentes, avec un délai de préparation restreint, ou sur des sites inhabituels, cette fonctionnalité peut être une aide précieuse. Elle permet notamment d’avoir les mains libres pour consulter des cartes et trouver les repères visuels dont le pilote a besoin pour se diriger, de jour comme de nuit. « Même quand il n’y a pas de lune, on peut prendre les reliefs comme références », précise Jean-Yves.

« On se dit qu’on ne fait pas ça pour rien  »
De retour à Mulhouse, le personnel de l’hôpital accourt pour prendre le relais auprès du patient. De son côté, Jean-Yves inspecte l’appareil de A à Z et y rajoute du kérosène. Il doit être prêt à repartir aussitôt en cas d’urgence. « On a toujours un plein d’attente de 360 kg, avec ça, on a une heure d’autonomie » , précise-t-il. Il peut alors rejoindre la salle commune des urgences, où il retrouve Philippe Humann, chef de la base, assurant la permanence de nuit cette semaine-là.

En tout, ils sont cinq, tous des pilotes expérimentés issus de l’armée de terre, à avoir fait le choix de poursuivre leur carrière dans le sanitaire et à assurer les permanences à Mulhouse. Une mission parfois éprouvante, mais souvent gratifiante, confie Philippe. « Quand on dépose un enfant très gravement blessé à l’hôpital et qu’on entend un peu plus tard qu’il va bien… Là, on se dit qu’on ne fait pas ça pour rien, on se sent heureux. On ne lui a pas sauvé la vie, mais on y a peut-être contribué. » Source

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