L’État envisage de couper les ailes des secours aériens insulaires

Mardi 28 janvier 2014

Les finances en berne, le pays tape dans les dépenses liées aux hélicoptères d’État sur l’ensemble du territoire national. En Corse-du-Sud, ils ont assuré près de 1 000 secours à la personne en 2013
Entre un infarctus à Porto-Vecchio et une noyade à Porto, faudra-t-il bientôt choisir ?

C’est ce qu’espère éviter le syndicat national du personnel navigant de l’aéronautique civile (SNPNAC) d’Ajaccio. Soit, du pilote au mécanicien, tous les corps de métier d’une base hélicoptère de la Sécurité civile.

La base de la Sécurité civile d’Ajaccio est menacée, l’hélicoptère Dragon 20 rouge et jaune aussi, par un possible démantèlement de la flotte des hélicoptères de secours du ministère de l’Intérieur. Annoncée il y a déjà quelques mois, cette réflexion « va conduire à la fermeture de certaines bases et à la réduction du nombre d’hélicoptères de secours réellement dédiée à cette mission », s’inquiète le syndicat national dans un communiqué. Il fait alors référence aux hélicoptères bleus de la gendarmerie qui ont pour mission première la sûreté.

C’est à la suite d’un rapport de l’inspection générale de l’administration que cette solution a été envisagée. Principalement pour des raisons économiques.

La suppression touche aussi bien les hélicoptères de la Sécurité civile que ceux des gendarmes.

« Une des bases qui vole le plus »
La Corse-du-sud en possède, pour l’heure, un de chaque, un jaune et un bleu.

Le représentant du personnel de la base de la Sécurité civile ajaccienne, Michel Romani, tente de rester optimiste, mais la « confusion » règne toujours selon lui. « Initialement on nous a dit qu’on devait disparaître au profit de la base gendarme », assure-t-il. Mais un rebondissement est venu changer la donne la semaine dernière. « Le préfet Christophe Mirmand, nous a informés que les bases corses ne seraient pas touchées », se souvient-il, perplexe.

Autant de changements de discours qui n’arrivent pas à convaincre le syndicat. « On ne comprend pas, Ajaccio est l’une des bases de France qui vole le plus », analyse Michel Romani.

Au niveau national on parle de « désengagement de l’État sur certains secteurs, comme par exemple la haute montagne ».

Étonnement de la préfecture
Du côté des représentants de l’État dans l’île, pas de grand discours. Plutôt un étonnement général. « Les discussions sont en cours depuis un an, pourquoi une réaction maintenant », s’interroge Rémy Bastille, directeur de cabinet du préfet.

Il assure que pour l’heure, « aucun élément ne laisse penser qu’une base en Corse va être supprimée ». Le directeur de cabinet étaye son propos : « On reste optimiste, la Corse est isolée des autres bases du Continent, ce ne sera pas évident de partager un hélicoptère avec un autre département. »

L’optimisme pour seule arme, dans la mesure où si le ministère décidait de fermer la base d’Ajaccio, le préfet de région« n’y pourrait effectivement rien, sauf une importante erreur de calcul ».

Les grands muets
Hormis le représentant du personnel, Michel Romani, les agents de la base de la Sécurité civile n’ont pas souhaité s’exprimer sur le sujet.

Même combat du côté de la gendarmerie, peu au fait des événements, qui « n’est pas associé à ces décisions et qui donc, ne commente pas ».

Du côté du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis), le mutisme procède d’une fidélité sans faille à l’État. « S’il ne fournit plus d’hélicoptère, il n’en fournit plus, point. Nous ne sommes pas maîtres de la situation », lâche tout de même le Colonel Fabien Didier.

« L’efficacité rime avec rapidité »
Il ne semble pas que les hommes de terrains l’entendent de cette oreille. « L’efficacité du secours rime nécessairement avec la rapidité du secours », juge un secouriste. Qui s’appuie alors sur la diversité du territoire insulaire. « Il y a beaucoup d’activité, et la topographie n’est pas celle du Continent, avance-t-il. Il y a très peu de routes accessibles aux véhicules de secours et d’assistance aux victimes. » Avant de préciser que si l’hélicoptère de la gendarmerie effectue au moins un vol par jour pour les secours, ce n’est pas sa fonction première. « Les bleus ont des missions prioritaires qui ne sont pas le secours à la personne. Cela va être très compliqué de s’organiser sur tout un département avec un seul hélicoptère, qui a d’autres priorités », finit par analyser, le secouriste. (...) Lire la suite sur corsematin.com

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