60 000 heures pour Hélilagon

Mercredi 21 novembre 2012

L'entretien représente une part importante des coûts d'une compagnie d'hélicoptères - Photo clicanoo.reAvec ses 25 ans d’existence, HéliLagon est aujourd’hui la plus ancienne compagnie d’hélicoptères locale. Soixante mille heures de vol, plus de 450 000 passagers transportés, de l’Alouette III des débuts à la flotte de neuf Ecureuils d’aujourd’hui, la compagnie fondée par Jean-Marie Lavaivre a résisté aux turbulences. Mais, l’horizon est loin d’être dégagé avec des réglementations de plus en plus drastiques dont celle qui pourrait interdire à l’horizon 2014 les hélicoptères monomoteurs dans le ciel de la Réunion.

Lorsqu’il s’installe à la Réunion en 1975 (voir encadré), Jean-Marie Lavaivre n’imagine pas qu’un peu plus de dix plus tard il montera une compagnie d’hélicoptères. « Il n’y avait tout simplement pas le potentiel touristique, » explique-t-il. « On ne trouvait que deux hôtels dignes de ce nom, le Méridien et le Novotel. Réunion Air Service faisait déjà voler des hélicoptères mais pour du travail aérien sous le couvert d’Héli Union. » Au milieu des années 80, le contexte a changé. Jean-Marie Lavaivre a d’abord l’idée de monter une compagnie d’hélicoptères dans les Alpes. Le projet est tué dans l’oeuf par la loi montagne et l’interdiction de déposer des skieurs en altitude. Il réalise alors une étude sur le marché touristique local. « C’était jouable, » confie-t-il. « A l’époque bâtir une compagnie d’hélicoptères était beaucoup plus simple. Aujourd’hui ce serait beaucoup plus compliqué. Il faudrait surtout beaucoup plus d’argent. » Jean-Marie Lavaivre réunit un tour de table, 23 actionnaires, presque tous locaux, qui lui sont depuis restés fidèles. « Par la suite, précise-t-il, on a fait une augmentation de capital pour acquérir une troisième machine et deux banques nous ont alors rejoints ». « Au départ c’était un véritable pari. Il aurait mieux valu placer son argent à la Poste. » Sur son ordinateur, Jean-Marie Lavaivre rédige lui-même le manuel d’exploitation et obtient en 1986 l’agrément pour le transport public N°286.

« Il aurait mieux valu placer son argent à la Poste »
Tout reste à faire. HéliLagon prend ses quartiers à Maperine, dans les bâtiments de l’ancienne aérogare, au nord des installations actuelles. « Il fallait monter l’atelier, l’exploitation. La structure était beaucoup plus légère. Au niveau de l’atelier on avait des spécifications d’entretien mais nous n’étions pas tenus d’avoir 36 mécanos ou encore un service qualité ou de sécurité des vols. » Il faut également bâtir des circuits touristiques de survol. « Réunion Air Service faisait essentiellement le Trou de fer. J’ai mis en place le circuit qui est toujours le même aujourd’hui. Nous le faisions en 55 mn avec l’Alouette III, on le fait aujourd’hui en 45 mn avec l’Ecureuil. » Dans le cœur de Jean-Marie Lavaivre, l’Alouette III occupe une place particulière. « J’avais fait mon étude sur la base de deux Alouette II. Je me suis rendu compte que pour tenir il fallait trois machines. L’Alouette II n’emportait pas assez de passagers. J’ai donc attaqué avec une Alouette III. Elle venait de Marignane, de chez Eurocopter. La cellule était neuve mais les composants mécaniques étaient révisés, ce qui diminuait le coût. » Avec l’équivalent de 700 000 euros d’aujourd’hui, la première Alouette III d’HéliLagon représente à l’époque la moitié de la mise de fonds pour constituer la compagnie. HéliLagon débute son activité en juillet 1987. Dès le mois de novembre, la compagnie s’envole pour l’Eperon où se trouve toujours le siège de la compagnie avec une base à Gillot. L’Alouette III est rejointe par un premier Ecureuil, puis un deuxième dès 1988. Très vite la flotte compte six machines, tous des Ecureuils à l’exception de l’Alouette III des débuts, pour atteindre neuf appareils aujourd’hui, trois monomoteurs et six bimoteurs.

Cinq employés en 1987, 45 en 2012
Les cinq employés du début dont deux mécanos et une secrétaire sont devenus 45, dont neuf pilotes, 14 personnes à l’atelier dont douze mécaniciens et sept à la réservation. « J’ai évolué avec la réglementation. L’entretien représente un très gros morceau. Bien sûr, les machines se sont simplifiées. Il n’y a rien de commun entre une Alouette III et un Ecureuil. Un moyeu rotor qui faisait 1 200 heures de vol avant d’être révisé en fait aujourd’hui 4 000. Mon premier Ecureuil bimoteur me coûtait pas plus cher à l’heure de vol que l’Alouette III monomoteur dont j’ai du me séparer en 1996 car on on commençait à ne plus trouver de pièces détachées. Des ateliers comme le nôtre, il n’y en a pas beaucoup en métropole. Vu l’éloignement, nous devons posséder un outillage important. »

Sept compagnies effacées du ciel
En 25 ans, pas moins de sept compagnies d’hélicoptères ont été effacées du ciel de la Réunion. HéliLagon est parvenue à tirer son épingle du jeu. « Je m’en sors parce que la compagnie est propriétaire de tous ses hélicoptères, » explique Jean-Marie Lavaivre. «  Nous n’avons pas à sortir un million d’euros par an pour financer nos machines. Cependant, aujourd’hui l’offre hélicoptères civils est un peu trop importante. On entre dans une période difficile mais nous avons surmonté d’autres crises, le chik, la guerre du golfe. Je reste cependant confiant. La Réunion ne pourra plus se passer des hélicoptères. Ils se sont rendus indispensables. Il est d’ailleurs primordial que le parc soit suffisamment étoffé. On s’en apercevra lors d’un prochain gros cyclone lorsqu’il faudra ravitailler des endroits isolés comme Cilaos ou Salazie. Le socle de notre activité reste les survols touristiques. Depuis 25 ans, 15% des « vrais » touristes qui arrivent chaque année à la Réunion font un survol en touristique. Nous en avons transporté 28 000 l’an dernier. (...) Lire la suite sur clicanoo.re
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De la fraise à l’hélicoptère
Difficile d’imaginer Jean-Marie Lavaivre en blouse blanche une fraise à la main. Et pourtant, celui qui préside maintenant depuis 25 ans aux destinées d’HéliLagon a été pendant dix-sept ans dentiste. Une erreur d’aiguillage car depuis son enfance à Chamonix dans les Alpes, Jean-Marie Lavaivre a des hélicoptères dans la tête. « Je n’avais que 10 ans en décembre 1956 lorsque j’ai assisté en direct à la tentative de sauvetage depuis Chamonix de deux alpinistes, Jean Vincendon et Patrick Henry, dans le massif du Mont-Blanc, confie-t-il. Un Sikorsky S55 s’était écrasé pendant les opérations de sauvetage. Deux Alouettes II sont parvenues à récupérer les sauveteurs mais les deux alpinistes sont morts. » Cette histoire marque profondément Jean-Marie Lavaivre, mais il faut bien vivre et le voilà dentiste à Marseille. « Je bossais jusqu’à 23h, on me reprochait de faire de la voile, j’ai eu envie de partir loin et de toutes les propositions que j’ai examinées, la Réunion était la seule destination où il fallait franchir l’Equateur, » ironise-t-il. Le voilà installé en 1975 à Saint-Paul d’abord comme remplaçant puis il achète le cabinet. « Très vite, je me suis attaché aux gens d’ici, poursuit-il. Parmi mes patients, j’avais beaucoup de Mafatais. A l’époque l’hélicoptère civil en était à ses balbutiements. Ils partaient à 3h du matin de chez eux à pied pour venir se faire soigner en remontant par le Maïdo et ils rentraient le soir. » Mais, le déclic ne viendra pas de là. (...) Lire la suite sur clicanoo.re

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