Une garde sur les sommets avec les montagnards bleus

Vendredi 20 juillet 2012

Avec le retour d’une partie du peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) sur la base d’Aspretto, les secouristes nous ont ouvert les portes de leur quotidien rythmé par les secours aériens
Les secouristes mènent une opération délicate dans les gorges de Purcharaccia afin de porter secours à une adolescente de 14 ans.Neuf heures quinze, base d’Aspretto. Le soleil de juillet écrase déjà les tôles du hangar où s’est réinstallé en mai dernier le peloton de gendarmerie de Haute montagne (PGHM) de Corse. Près de la plage du Ricanto les militaires s’habituent à l’air marin, loin de Corte. Depuis le 1er mai, l’unité dont une partie a rejoint Ajaccio, est regroupée sur ces deux sites et travaille en alternance hebdomadaire avec les pompiers. « Nous sommes maintenant des montagnards dans la mer », sourit Sébastien, le « planton », celui qui reste collé à la radio où arrivent les alertes.

Sur son ordinateur, une carte de l’île avec le GR 20 en gros plan. C’est sur cette diagonale de 180 km entre Calenzana et Conca que s’effectuent la plupart des 450 secours annuels, toutes couleurs confondues, rouges et bleues. « Nous travaillons en interservice avec la sécurité civile, les pompiers et le Samu », complète-t-il en précisant qu’il veille « à la prononciation corse » des lieux pour être sur la même longueur d’onde. Dans la salle commune, les présentations se font autour du café. On déplie le journal, on dresse le planning. Près du capitaine Lionel André, 33 ans, deux « binômes » restent en alerte. Ces militaires ont effectué trente-cinq semaines de formation au centre national d’instruction de ski et d’alpinisme de la gendarmerie basé à Chamonix, La Mecque du PGHM. Ils cumulent trois spécialités : « Montagnards, secouristes et enquêteurs », martèle le capitaine André, qui vérifie avec les autres la mise en place du matériel.

Cirque de la solitude
À 13 h 15, un appel de détresse émane du GR 20. Un homme de 55 ans vient de faire une chute de six mètres dans le cirque de la solitude, un des sites les plus escarpés du parcours. Les autres hélicoptères Dragon étant mobilisés, les SAM, « seconds à marcher » Patrice et Jérémie, tous deux, guides de haute montagne, embarquent à bord de l’hélicoptère « Choucas », le Bravo Fox de la gendarmerie.

Ils vont gagner le refuge de Tighjettu, à Albertacce. Dans le cockpit, Charly le mécano, « les yeux du Bravo-Fox », prépare l’opération, détaille les procédures d’approche. « Il faut être précis et prendre des repères visuels pour frôler les parois », glisse-t-il.

Sous ses pieds, le spectacle des lacs offre un instant de sérénité aux secouristes. « On ne se lasse pas de leur beauté », contemple Patrice qui sera aujourd’hui le « chef de caravane. » Devant lui, Franck, le pilote, cumule 2 000 heures de vol et « autant de décollages que d’atterrissages ». Il surfe sur les vingt-cinq nœuds de vent et encaisse quelques trous d’air. Il a vu pire. L’approche dans le relief nu de Tighjettu, chalet posé sur pilotis au milieu d’un désert minéral, se fera sur du velours, vingt minutes plus tard. « Sur zone », le PGHM secourt Philippe un instituteur originaire de Dijon qui a fait une chute violente. Sa tête tuméfiée est entourée d’une large bande de gaze. Sa compagne, Catherine explique que des pompiers de Meurthe-et-Moselle en randonnée lui ont prodigué les premiers soins.

Puis ils ont avancé plus lentement pendant trois heures jusqu’au refuge sous un soleil de plomb. Par radio, le Samu confirme l’évacuation vers l’hôpital de Calvi. Le retour de l’hélicoptère vers Ajaccio se fera en longeant les rivages de Scandola, Porto et Lava. Dans la machine, c’est l’heure du « débriefing naturel », à 1000 mètres d’altitude.

« Carapace »
Loin du protocole, Jérémy, 42 ans, passionné de photographie respire : « Là, ça s’est bien passé, mais parfois, c’est plus tendu ». Une évacuation mouvementée sur le Capitellu en plein hiver lui revient en mémoire. Les autres ont du mal à défiler. Les montagnards taiseux, rustiques et peu enclins à la parole libératrice se sont forgés un caractère bien trempé. En cela, ils trouvent bien des affinités avec la mentalité insulaire « Systématiquement, on encaisse, mais cela ressurgit toujours. Parfois, on a de l’empathie parce qu’un lien de confiance s’établit avec la victime et là, on ne supporte plus sa souffrance », confesse Jérémie. « Un chirurgien un jour m’a dit, d’abord mon boulot, après le social ; il faut garder de la distance. Nous, on est formé à l’humour pour décompresser, mais on est souvent confronté à des situations difficiles », témoigne ce roc patiné par l’expérience et fissuré par le souvenir des camarades disparus. « On se construit une carapace pour faire face à tout ce que l’on voit, et on en parle peu. Avec l’expérience, moi, je vais voir mes collègues jeunes et je leur parle », poursuit-il. (...) Lire la suite sur corsematin.com

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