Les sentinelles du ciel

Jeudi 19 juillet 2012

Surveiller, évaluer, agir, voire contraindre… Chaque jour, l’armée de l’air assure la défense aérienne au-dessus de la France.
Villacoublay, début juillet, 17 h 10…
Le Fennec en intervention au-dessus de Paris - Photo © DR« Alerte… alerte… décollage immédiat… »… Alors qu’une sirène stridente retentit, quatre hommes en combinaison de vol vert kaki sortent en courant d’un bâtiment de la base aérienne devant lequel un vieil hélicoptère Alouette III termine paisiblement ses jours. Les deux premiers tiennent à la main un casque de pilote équipé d’un système de vision nocturne. Les deux autres, des commandos de l’air, sont lourdement armés. Sur leur manche gauche, un écusson rouge sur lequel sont brodés un hélicoptère et quatre lettres blanches : MASA pour “mesure active de sûreté aérienne”.
En quelques secondes, nos quatre hommes atteignent le tarmac où les attend un hélicoptère Fennec de l’armée de l’air ; des mécaniciens terminent les dernières vérifications et s’assurent que tous les panneaux mobiles de l’appareil sont bien fermés. Sitôt sanglés sur leurs sièges, le pilote et le copilote procèdent à une rapide check-list avant de faire démarrer la turbine de l’hélicoptère dans un bruit de tonnerre assourdissant. À l’arrière, les deux commandos sont spartiatement assis, leurs armes à leurs pieds. Moins de dix minutes après le lancement de l’alerte, le Fennec survole déjà Vélizy et file vers Versailles à la rencontre d’un appareil suspect qui fonce en direction de Paris…
Le pilote est guidé par un contrôleur aérien militaire du Centre national des opérations aériennes (CNOA). Situé sur la base de Lyon Mont-Verdun et enterré dans un abri à 100 mètres de profondeur, le CNOA assure chaque jour de l’année la défense aérienne au-dessus de la France et la police du ciel. Ces deux missions s’inscrivent dans un dispositif d’alerte nationale appelé “posture permanente de sécurité”. Son but ? Faire respecter l’interdiction de survol au-dessus de zones sensibles (usines pétrochimiques, centrales nucléaires, centres de recherche, prisons) et de grandes villes. La crainte qu’un attentat comme celui du 11-Septembre ne se reproduise est dans toutes les têtes…
Pour assurer leur mission, les contrôleurs de Lyon Mont-Verdun disposent des données consolidées en temps réel provenant d’une centaine de radars militaires et civils en France, deuxième zone aérienne la plus dense en Europe après l’Allemagne. Quotidiennement, 8 000 à 10 000 aéronefs survolent notre territoire, soit 700 à 800 appareils aux heures de pointe. Chacun, appelé encore “piste” dans le jargon des contrôleurs aériens, est classifié – les avions provenant de pays connus pour abriter des terroristes sont suivis avec la plus grande attention. Les douanes peuvent également demander au CNOA une surveillance particulière d’un avion.

Aux risques multiformes, des réponses multiformes
À tout moment, le trajet d’une “piste” est comparé avec le plan de vol déposé. « Il s’agit de repérer les comportements anormaux », explique le général de division aérienne Thierry Caspar-Fille- Lambie, commandant en second de la défense aérienne et des opérations aériennes. Placé sous l’autorité directe du premier ministre, ce commandement, le CDAOA, est responsable de la veille permanente de l’espace aérien national et extra-atmosphérique ainsi que des opérations aériennes en cours. « Face aux risques multiformes [avion, hélicoptère et ULM, NDLR], nous apportons des réponses multiformes », ajoute le général Caspar-Fille-Lambie. Sur les bases aériennes de Mont-de-Marsan, d’Orange et de Creil, des Rafale et des Mirage 2000 se tiennent prêts à décoller pour intercepter les aéronefs rapides, volant à haute altitude dans le cadre de la “permanence opérationnelle”. Les hélicoptères Masa sont, quant à eux, affectés aux bases de Bordeaux, de Villacoublay et d’Orange, pour s’occuper des “pistes” plus lentes. Ces appareils assurent également la sécurité du centre spatial de Kourou lors des campagnes de tirs des fusées Ariane et Soyouz ; ils sont alors placés sous l’autorité du commandement des forces françaises en Guyane. La France est ainsi parfaitement quadrillée. Depuis les attentats du 11-Septembre, le nombre de patrouilles en alerte a augmenté : « Nous n’hésitons jamais à faire décoller un avion ou un hélicoptère, assure le général Caspar- Fille-Lambie. Rien ne vaut les yeux d’un pilote. » Quel que soit le type d’appareil envoyé, la procédure est toujours la même : il s’agit d’interroger visuellement l’aéronef intercepté ; il existe un langage international à base de signes.
Retour dans le ciel d’Île-de-France… Guidé par le contrôleur, notre hélicoptère se rapproche de l’intrus… « Appareil repéré en visuel à 10 heures », annonce le copilote ; c’est un hélicoptère… La chasse commence : les commandos se harnachent, enfilent des lunettes de protection et ouvrent la porte arrière. Le vent s’engouffre dans la carlingue. L’un des deux commandos s’assied sur le plancher du Fennec, ses jambes dans le vide ; le second enserre son coéquipier entre ses jambes. Le bruit est tel que, pour se parler, ils utilisent des signes.
Le pilote militaire amorce alors une manoeuvre pour se placer sur la gauche de l’appareil à intercepter tandis que le copilote tient informé le contrôleur aérien. Un des deux commandos se saisit d’un panneau lumineux sur lequel s’affiche “Vous survolez une zone interdite”. L’intrus tente de s’échapper sur la droite ; l’hélicoptère Masa plonge à sa poursuite et le rejoint quelques secondes plus tard. Deuxième message sur le panneau : “Veuillez nous contacter sur la fréquence XXX.YY”. Toujours aucune réponse, le Fennec de l’armée de l’air essaie de se placer au-dessus de l’intrus pour le forcer à atterrir, mais celui-ci arrive une fois encore à se dégager.
« Quand un incident prend de l’ampleur, je contacte le chef d’état-major de l’armée de l’air et le chef du cabinet militaire du premier ministre, explique le général Caspar-Fille-Lambie. En fonction de l’importance du danger, le premier ministre peut demander un tir de semonce et, si la menace est avérée, un tir de destruction. » Les autres ministères peuvent également apporter leur aide en interrogeant, par exemple, les compagnies aériennes.
Entre l’ordre de décollage et l’interception, il ne doit pas s’écouler plus de 20 minutes. C’est très peu et très long à la fois : pendant ce temps, un avion de ligne parcourt en effet près de 300 kilomètres, or la frontière la plus proche de Paris n’est qu’à 180 kilomètres… D’où l’impératif d’analyser la situation le plus en amont possible : « Nous avons monté des coopérations avec l’Espagne, la Suisse, la Belgique, l’Italie, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, justifie le général Caspar-Fille-Lambie. Un avion de chasse allemand peut donc pénétrer sur le territoire français à la poursuite d’un aéronef tant qu’un chasseur français n’est pas arrivé pour prendre le relais. »
Au-dessus de Versailles, la situation s’est brusquement tendue. Le Fennec de l’armée de l’air s’est placé de telle manière que l’intrus se trouve maintenant dans la mire du fusil à lunette d’un des deux com mandos ; il ne peut plus s’échapper.
« Mission et exercice terminé ! », annonce le contrôleur aérien de Lyon Mont-Verdun. L’intrus était un autre hélicoptère de l’armée de l’air essayant de contourner le dispositif d’alerte. Les deux appareils reprennent alors de l’altitude et retournent se poser à Villacoublay.

Du matériel photo dans les structures de l’appareil
Chaque année, il y a 120 alertes réelles mais « les appels à Matignon sont assez rares », assure le général Caspar-Fille-Lambie. La plupart du temps, les aéronefs se retrouvent en infraction après des pannes de radio ou des problèmes techniques. « Cela se termine le plus souvent par de l’assistance », reconnaît le général. (...) Lire la suite sur valeursactuelles.com

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