En mission avec les gendarmes des sommets

Samedi 21 janvier 2006

A plus de 3 200 m d’altitude, l’air est vif au sommet de l’aiguille du Midi avant-hier. Le soleil brille sur le Mont-Blanc et l’arête des Cosmiques. Sur une portion difficile, un homme ne bouge plus. Blessé, il ne peut plus poursuivre sa descente. Mais ce gendarme-cobaye qui participe à un exercice est entre de bonnes mains. Les sauveteurs hyper spécialisés du peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Chamonix sont à pied d’œuvre pour le tirer de ce mauvais pas entre ciel et neige. Ils connaissent bien ce site, sur lequel ils interviennent une dizaine de fois par saison.
La zone est soumise à des turbulences, l’utilisation de l’hélicoptère n’est pas recommandée : pour sauver le blessé, les six militaires ont tiré un câble. Après avoir soigneusement installé l’alpiniste en difficulté dans une barquette, ces gendarmes qui possèdent tous un brevet de secouriste vont le ramener vers le sommet, d’où il pourra être évacué. Appelés en pleine nuit sur des lieux très difficiles d’accès « Ce type d’intervention dure en moyenne trois heures », précise l’adjudant-chef Ribes. Cette fois, les conditions climatiques et la visibilité ont facilité la tâche. Or, les sauvetages se déroulent souvent de nuit. « Les alpinistes, épuisés, vont au bout de leurs forces avant de déclencher les secours, poursuit l’adjudant-chef. Il nous arrive d’être appelés à 23 heures. » Et il faut parfois plusieurs heures aux sauveteurs pour intervenir sur des lieux très difficiles d’accès.
Pendant que la démonstration s’achève, une autre équipe est engagée dans une course contre la montre, bien réelle celle-là. Dans la station des Contamines-Montjoie, une avalanche s’est déclenchée sur une zone de ski hors piste. Les gendarmes sont inquiets, plusieurs témoins indiquent que des skieurs auraient été emportés. « Dans une avalanche, passé quinze minutes, on perd 50 % de chances de retrouver une victime en vie », prévient le chef d’escadron Nicolas Bonneville, commandant du PGHM. C’est peu dire qu’en cas d’alerte la rapidité est essentielle. C’est la raison pour laquelle dix gendarmes sont en permanence de veille, en compagnie d’un médecin. Cette fois, plus de peur que de mal : personne sous l’avalanche.
A plusieurs kilomètres de là, à La Clusaz, deux skieurs peuvent remercier la providence : emportés dans une avalanche, ils n’ont été que partiellement ensevelis et finalement sauvés.

La vie sauve à quelques secondes près
C’est donc une journée plutôt faste pour les pros du PGHM. Car, d’ordinaire, les coulées de neige ne font pas de cadeaux. Quand ils sont appelés, c’est bien souvent des cadavres que les gendarmes retrouvent. Des corps qu’ils ne retrouvent pas forcément et que la montagne rend parfois des années plus tard.
Le quotidien des militaires n’est évidemment pas tous les jours aussi dramatique et tous ont en mémoire des sauvetages réussis.
« Ça se passait dans la vallée Blanche, raconte le chef d’escadron Agresti, ancien commandant du PGHM et aujourd’hui patron du Centre national d’instruction de ski et d’alpinisme de la gendarmerie. Un groupe de skieurs avait perdu l’un des siens. Il pouvait avoir chuté dans un sérac. Le lendemain, on a effectué une manoeuvre qu’on n’utilise pas d’habitude : un gendarme accroché à un filin en dessous de l’hélico est allé sonder chaque sérac. Il est finalement tombé sur le skieur en vie. Et juste au moment où les deux hommes s’extirpaient, la crevasse s’est effondrée ! » Les deux hommes n’ont eu la vie sauve qu’à quelques secondes près.

Pour les gendarmes, le risque est bien là. Depuis la création de cette compagnie d’élite, en 1958, six de ses membres sont morts en intervention. Opérationnels aussi bien en été qu’en hiver, les militaires du PGHM sont triés sur le volet et soumis à une formation extrêmement rigoureuse. De fait, hier, il ne leur a fallu que quelques minutes pour secourir un nouveau cobaye blessé sur la cascade de glace du Montenvert : l’alpiniste et son sauveteur repartiront ensemble, hélitreuillés au-dessus du vide. Même si leurs interventions sont périlleuses, les gendarmes ne blâment pas ceux qui font appel à eux. « La part des inconscients est très faible », soutient le commandant Bonneville. Les militaires secourent surtout des amateurs de montagne, pas pour autant à l’abri d’un accident ou d’une défaillance. Il n’empêche : jeudi, les trois skieurs à l’origine de l’avalanche des Contamines, coupables d’avoir emprunté un couloir interdit par arrêté municipal, ont eu droit à une belle séance de remontrances. Timothée Boutry source

Commenter cette brève Répondre à cette brève