Un Ours blanc sauvé

Mardi 2 novembre 2010

Drossé dans le Trou du Diable par les vagues, un nageur du club a été sauvé in extremis hier midi
Se faire coincer dans le Trou du Diable un jour de Toussaint, voilà un comble pour un membre du célèbre club des Ours blancs, ces nageurs émérites qui se baignent tous les jours de l’année, que le soleil brille ou que le thermomètre tutoie zéro degré celsius.

L'hélicoptère ECU 64 a réalisé une manœuvre délicate dans ce Trou du Diable, véritable piège pour les nageurs - Photo Claude Thetaz Hier midi, Hervé Loutre, 49 ans, hôtelier restaurateur béarnais résidant à Biarritz, a pourtant frôlé le pire quand il s’est retrouvé pris au piège, au pied de la célèbre villa Belza, seul face à des déferlantes de quatre mètres qui le pilonnaient.

« Au départ, on a pensé qu’Hervé avait commis une imprudence en s’aventurant au-delà du plongeoir et avait été emporté par les courants. Mais plusieurs témoins ont vu une vague énorme rentrer en travers, sous la passerelle du Rocher de la Vierge. Ce mouvement d’eau a pu le surprendre », confiait hier midi Paul Daraignez, président des Ours blancs encore secoué mais soulagé.

Ce dernier s’est mis à l’eau un peu avant 11 heures avec un petit groupe de passionnés, dont Hervé Loutre, nageur plutôt expérimenté qui n’hésite pas en été à faire un aller et retour jusqu’à la pointe du Phare. Quarante minutes plus tard, le président décide de sortir. « Hervé m’a dit, j’en profite encore cinq minutes. Il n’avait pas de palmes, ayant été opéré des ligaments il y a une semaine. Mais il portait des gants de nage et était entouré de deux copains. »

Quand Paul Daraignez arrive à la porte du vestiaire des Ours blancs, il se retourne et ne voit plus que deux têtes sortir de l’eau. Un membre du trio a disparu. C’est Hervé Loutre. Sans palmes, avec déjà 45 minutes de bain dans les bras, le presque quinquagénaire n’a pu nager assez vigoureusement pour se replacer, bien que la marée soit montante.

Des zones piégeuses
« Les mouvements d’eau peuvent être extrêmement traîtres au Port Vieux. Et comme le site est entouré de zones rocheuses et piégeuses, c’est loin d’être une plage pépère », témoignera plus tard David Dubès, brigadier au commissariat de la police nationale de la ville et membre du Biarritz sauvetage côtier (BSC).

Quand l’alerte est donnée, c’est une voiture de la police nationale qui arrive la première sur les lieux. Depuis 4 heures du matin, David Dubès et ses deux collègues, Olivier Lassale et Marie-Claire Casteres, patrouillent. Ils sont à une heure de la fin de leur service.

« Dès que je suis descendu de la voiture, j’ai vu la terreur sur les visages de la foule impuissante massée le long des rambardes. Les gens vivaient la mort en direct », confie David Dubès.

« Le nageur des Ours blancs commençait à faire le bouchon. J’observe un homme blessé au front, livide, qui n’arrive pas à lever les bras pour s’accrocher à la bouée et au filin. Il est épuisé par ses 45 minutes de bain. Je sens qu’il ne tiendra pas dix minutes de plus. Je connais les lieux. J’ai senti que je devais y aller. »

David Dubès enlève sa tenue est plonge. Avec la bouée couronne, il retrouve ses réflexes de champion de France de sauvetage côtier et de vice-champion d’Europe de bodysurf. Sa tâche prioritaire : écarter Hervé Loutre des rochers. Deux plongeurs des sapeurs-pompiers d’Anglet dont un autre membre du BSC, le sergent Benoît Merce et le caporal Benoît Perrussel viennent prêter main-forte au duo.

Aucune intervention n’étant possible de la mer ou de la terre, c’est du ciel que viendra la délivrance. Vers 11 h 45, l’Écureuil 64 de Parme piloté par le capitaine Saintespes, assisté par le chef Rogier et l’adjudant Bardyn, va effectuer une manœuvre délicate au milieu de la foule, à deux pas de la falaise, avec les paquets de mer (vagues de quatre mètres).

Épuisé, en état d’hypothermie (sa température corporelle est tombé à 33°), Hervé Loutre est sauvé et conduit à la polyclinique d’Aguiléra. Olivier Bonnefon source

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