À 101 ans, il fait son baptême de l’air

Dimanche 27 avril 2008

Photo DL Norbert FALCOIl était là quand le "Spirit of Saint-Louis" s’est posé au Bourget, près de Paris. Le 21 mai 1927, sur le coup de 10 heures, Charles Lindbergh entre dans l’Histoire. Édouard Chabrillanges, lui, s’apprête à aller chez le coiffeur, boulevard de la Villette... « J’ai entendu bramer du côté de la place du Colonel Fabien. J’ai cru que c’était une manif du Parti communiste ! » Il a une sacrée mémoire Édouard ! Il n’a rien oublié de ses 20 ans et de l’arrivée de "l’Américain", accueilli par 200 000 Parisiens. Pas mal pour quelqu’un qui va souffler ses 101 bougies le 22 mai prochain.
« Avec mes copains, on prenait le métro, le tram, et on allait au Bourget. C’était pas le bazar comme maintenant. On marchait 1 km à pied, jusqu’à l’aérodrome, on montait sur une plateforme... On aimait bien regarder les pilotes lancer leurs hélices, et on se disait : "Ils seront à Londres pour l’apéritif !" ». Des heures passées à regarder les avions. Sans jamais monter dedans.


Un avis sur tout et un humour décoiffant

Avant sa retraite et son installation à Annecy en 1972, ce Parisien était agent d’assurances. « J’ai commencé à travailler à 13 ans et demi. Jusqu’à 65 ans. On n’en meurt pas, la preuve ! » Edouard dit avoir horreur des vieux "c..." qui trouvent que « c’était mieux avant ». Il a un avis sur tout. Et un humour décoiffant.
Sa devise ? « Il faut un début à tout ! » Voilà comment, à 100 ans passés, il vient d’effectuer son baptême de l’air : plus de 20 minutes à survoler le lac et les montagnes. Même le soleil était de la partie ! Une escapade dans le ciel rendue possible par le hasard d’une rencontre...
« C’était comme ça ! » lance-t-il le pouce en l’air, à peine descendu de l’hélico. « Par contre, c’est pas pratique de monter et de descendre de cet engin ».
« Il est incroyable ! » lance en retour René Romet, le fameux pilote, à l’origine de ce moment...
Comment la route de cet étonnant petit monsieur, aux yeux très bleus et aux cheveux blancs, veste et cravate soignées, a-t-elle croisé celle du "Sauveteur de l’impossible" ? Très simplement, un jour, dans un restaurant d’Annecy-le-Vieux, au "Clocher", où Edouard a ses habitudes.
« Ça fait 17 ans que ma femme est "partie"... Manger toujours tout seul face à mon frigo, non merci ! » raconte-t-il. Entre les deux hommes, le courant passe. René Romet, complètement "bluffé" par ce petit monsieur, particulièrement énergique et drôle, lui propose l’aventure... Edouard sait qu’il est entre de bonnes mains : « Il allait ramasser les gars en montagne ; c’est bon signe, il les ramenait en vie ! Mes voisines connaissent tous ses exploits ! »
Il accepte la balade avec plaisir. Tout juste, avant d’embarquer, plaisante-t-il, mettant la main sur son cœur : « Vous y allez pas trop fort, on sait jamais, si l’autre se met à déconner... »
« On va y aller doucement », le rassure René Romet, patron de Héli Secours Assistance, accompagné de Rudy, son fils, pilote confimé lui aussi. « Je n’ai jamais transporté de passager aussi âgé ! » confie le jeune homme. Lui, quand il travaille sur Saint-Tropez avec son frère, c’est plutôt des "people" qu’il emmène dans les airs. Pas sûr que Bruce Willis soit aussi sympa qu’Edouard... Isabelle Davier source

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