Entretien avec madame la Générale Valérie ANDRÉ

Mercredi 6 novembre 2019

Interview de madame la Générale Valérie ANDRÉ, le lundi 21 février 2017 par Patrick Audouin.


Résumé de l’entretien avec Mme la Générale Valérie ANDRÉ, le lundi 21 février 2017


Vous êtes médecin militaire, connue pour avoir participé…
J’ai soutenu ma thèse à la Faculté de médecine de Paris...

Vous avez participé, aussi et surtout, à deux conflits dans lesquels la France a été engagée, c’est à dire la guerre d’Indochine et les "événements" en Algérie.
Les "événements" c’était la guerre…

Qu’on appelait les "événements". Vous vous êtes aussi beaucoup investie dans une commission créée au début des années 80 pour réfléchir au statut de la femme militaire et vous avez largement contribué à faire beaucoup progresser le statut de ces femmes.
Grâce à monsieur Charles Hernu qui était ministre de la Défense à l’époque.

Pour commencer, pouvez-vous nous dire, ce qui vous a conduit, depuis votre prime jeunesse peut-être, à ces brillants accomplissements ?
Je ne pensais pas être militaire, je voulais être médecin. Je voulais être pilote mais je ne pensais pas que ce serait possible tout de suite. J’avais demandé à l’armée de l’Air, au début de la guerre, de faire une école de pilotage. On me l’a refusé car on ne voulait que des hommes... A l’époque pour les gens de mon âge, il existait l’Aviation Populaire. Comme nous avions besoin de beaucoup de pilotes pour lutter contre les Allemands, on recrutait beaucoup de garçons mais on ne voulait pas de femmes. On m’a refusé cette possibilité parce que j’étais une femme...

Pourquoi cet attrait de l’aviation ?
Valérie André à dater - Photo Getty ImagesJe n’ai pas d’aviateurs dans ma famille mais toute petite, quand je voyais voler les avions, je disais à mes parents que je serai pilote ! Ils ne me contrariaient pas trop pensant que cela me passerait... Mais ça ne m’est pas passé du tout. J’ai appris à piloter sur des petits avions Potez à Strasbourg où j’étais en fin d’études secondaires et là, la veille de mon lâcher, mon père est venu me chercher par la peau du cou car la guerre venait d’être déclarée et il ne voulait pas que je reste seule à Strasbourg dans ces conditions.

Vous avez, tout de même, continué à vous intéresser à l’aviation ?
J’achetais un journal, qui s’appelait "Les Ailes". Je le connaissais presque par cœur car chaque fois que je l’achetais, je le lisais en entier ! Tout m’intéressait ! Je découpais dans les journaux tous les articles qui concernaient l’aviation, les aviateurs et les aviatrices, et je les collais dans un grand cahier.

Malgré ces circonstances, vous avez tout de même réussi à passer votre brevet de pilote ?
Valérie André (23 ans) à Beynes (78) pour un cours de vol à voile en mai 1945 - Photo DR collection Valérie AndréAprès, car on ne pouvait même plus voler à la frontière. C’était vraiment la guerre...

Vous avez recommencé après la guerre ?
Quand j’étais étudiante à Paris, je m’étais inscrite à l’aéro-club des étudiants. Nous allions voler à Beynes, actuellement dans les Yvelines, où je faisais du vol à voile.

Vous faisiez donc vos études à Paris ?
D’abord quand Strasbourg a été évacué, mon père est venu me chercher. J’ai commencé à aller à la faculté de médecine de Strasbourg qui s’était repliée à Clermont-Ferrand. Il y avait sur place une école de médecine avec les quatre premières années et après il fallait aller à l’Université. J’ai donc débuté à Strasbourg repliée à Clermont jusqu’à ce que les Allemands envahissent la zone sud et s’emparent de tous les étudiants alsaciens pour les envoyer dans des camps en Allemagne. Ils n’acceptaient pas qu’ils étudient en France mais plutôt en Allemagne, ce que nous ne voulions pas.
Quand ils ont envahi la Zone Sud, ils ont pris possession de tous les dossiers des étudiants qui se trouvaient à l’université. Les Alsaciens ont été déportés et on ne les a jamais revus. Les Clermontois qui ne les intéressaient pas, ont été relâchés. Ils n’acceptaient pas que les Alsaciens fassent leurs études en France. Ce fut très dur car on ne les a jamais revus ; ils ont été déportés...
Avec des amis, j’ai réussi à leur échapper. Je me suis cachée à Paris où j’ai déménagé six fois. J’étais recherchée puisqu’avec les dossiers, ils avaient toutes les adresses. Il fallait donc bouger pour ne pas risquer de se faire prendre.

Vous avez, malgré tout, réussi à suivre vos études ?
Oui, car quand on s’est rendu compte que nous étions vraiment recherchés, on m’a encore mieux caché et on m’a fait "monter" à Paris où on pouvait se cacher très bien. C’est plus facile que dans une ville de Province. J’ai donc pris le train avec des copains.

Votre famille se trouvait toujours à Strasbourg ?
Oui, les anciens avaient leur motivation personnelle et estimaient qu’ils devaient rester sur place pour défendre leurs biens et l’esprit français. C’était plus difficile de les faire déménager. Valérie André équipée parachutiste pour un saut vers 1948 - Photo DR collection Valérie AndréMes parents avaient eu neuf enfants et il n’était pas très évident de gérer toute la famille.
J’ai donc terminé mes études à Paris. J’avais comme président de thèse Léon Binet qui était le Doyen de la Faculté. Le sujet de ma thèse était le parachutisme. Il était donc très intéressé car c’était la première année du département de Médecine Aéronautique que j’avais inauguré avec ma thèse. J’avais eu un prix de Médecine. Mon dossier avait été caché quand on avait su que j’étais nominativement recherchée avant de venir à Paris.

Comment avez-vous vécu durant cette période ?
Valérie André, le 29 août 1950 - Photo Getty ImagesIl fallait se méfier. Les gens se demandaient qui j’étais. Il y avait des dénonciations. On m’a envoyé au Collège de France, rue des écoles, où j’étais dans un logement d’étudiants. J’ai été reçue par un bel homme aux cheveux blancs pour une évaluation, c’est loin, je ne me souviens plus très bien de son nom, je n’avais pas vingt ans.
De gauche à droite : le capitaine Alexis Santini, le médecin-capitaine Valérie André et l'adjudant-chef Henri Bartier devant le hangar de Gia Lâm en 1952 - Photo DR collection Valérie AndréLa guerre se termine et Léon Binet reçoit les jeunes médecins frais émoulus et prononce un petit discours très patriote. Il avait aussi de très bons rapports avec les militaires qui nous avaient libérés peu de temps avant. Il nous apprend ainsi que nous manquions de médecins en Indochine. Ils nous présentent le choix de soigner les gens en posant une plaque de médecin sur notre porte ou celui de contracter un engagement avec l’Armée, pas forcément très long mais intéressant pour découvrir cette réalité en Extrême-Orient. Il était, en effet, urgent de prêter main forte à des médecins qui n’étaient vraiment pas assez nombreux.
Valérie André montrant l'impact de balle sur la carlingue du Hiller 360, le 30 mars 1952 - Photo DR collection Valérie AndréJ’y suis allée et j’ai été emballée. C’étaient des garçons merveilleux qui avaient déjà une auréole au-dessus de la tête. J’ai été très bien accueillie et comme j’étais déjà parachutiste, ils ont tout de suite pensé à utiliser cette capacité. Comme pour les gens qui font l’Ecole Militaire quand ils arrivent dans un poste, ils m’ont fait faire un stage de chirurgie de guerre. Un médecin militaire s’attend, peut, en effet, s’attendre, à un travail dans le secteur de la traumatologie. Ça c’est merveilleusement bien passé et j’ai fait quelques sauts en parachute.
Le 27 octobre 1953, la capitaine Valérie-Aimée André est décorée de l'ordre national du mérite au cours d'une cérémonie au Ministère de l'Air - Photo KEYSTONE-FRANCE/Gamma-Rapho Getty ImagesUn jour, le patron des médecins en Indochine, le médecin-général Robert qui était vraiment quelqu’un d’une qualité exceptionnelle, était sollicité par l’armée de Terre. Il y avait un problème dans un petit poste du Haut-Laos. Il y avait un malade et ils avaient déjà perdu quelqu’un l’année d’avant. Il était horrible de risquer de perdre une nouvelle fois un jeune homme. L’appel au secours a naturellement été pris en compte par le général Robert. On a essayé de voir si on pouvait réaliser la mission en avion ou en hélicoptère mais ce n’était pas possible. Le garçon en question avait une broncho-pneumonie sévère et était mourant. Les moyens aériens n’étant donc pas utilisables, l’envoi d’un médecin à cheval eut été trop long, il fallait donc Valérie André capitaine-médecin, le 15 mai 1954 - Photo Getty Images STFparachuter un médecin. Le médecin-général Robert me convoque donc un dimanche et me fait part de son intention de parachuter d’urgence quelqu’un et me demande si j’étais volontaire...
Comme je suis toujours volontaire pour toutes les missions, j’accepte immédiatement. Je réunis deux ou trois affaires, je demande à une infirmière de me préparer une petite trousse de dépannage permettant de pourvoir à l’essentiel des besoins médicaux et je me rends au terrain.
Mon patron demande qu’on me transporte tout de suite au Laos. Je monte dans un Dakota, on se pose à Vientiane, la capitale du Laos mais, ensuite, on me pouvait plus décoller. Le poste était d’ailleurs dans la "crasse" et on ne pouvait de toute façon pas me parachuter à cet endroit-là. Après deux ou trois navettes nous avons enfin repéré un trou pour réaliser l’opération. J’étais coincée à Vientiane et nous avons fait plusieurs essais. Couverture du livre "Ici Ventilateur !" Extraits d'un carnet de vol. (Calmann-Lévy, 1954),Quand c’était le bon, il y avait un largueur, il y en a toujours un car il faut un professionnel pour tenir compte de tous les paramètres du largage. Quand il a jugé le moment opportun, il a crié "Go" ! On a commencé par larguer le matériel, la nourriture comme on fait toujours sur les postes, ensuite on a largué mon matériel et après c’est moi qu’on a largué. Je me pose comme il faut sans rien me casser, je me lève et commence à plier mon parachute. Un sergent tournait autour Couverture du livre "Madame le Général" (Perrin, 1988)de moi mais ne m’aidait pas beaucoup. Je vois arriver un lieutenant à cheval. J’étais, en effet, tombée à côté du poste. Le lieutenant interpelle le sergent en lui demandant ce qu’il attendait pour aider le docteur... Le pauvre sous-officier, tellement surpris lui dit : "Mais, mon lieutenant, j’attendais un type !"
Ensuite nous avons grimpé la petite côte pour aller au poste. Je raconte cet épisode dans mon livre, là, je vous le raconte approximativement.
Pour plus de détails prenez le bouquin car sinon il faut que je vérifie dans mes carnets de vol. Les deux livres sont "Ici Ventilateur" et "Madame le général" avec toutes les dates.

C’est votre première expérience opérationnelle ?
Oui, mais j’étais toujours volontaire. Avec le général Robert, quand on installait un détachement quelque part, il fallait monter un petit poste de secours : c’est moi qui y allais !

Vous étiez à Saïgon ?
J’ai passé mon premier séjour à Saigon. Je partais, bien sûr en mission mais j’étais basée à Saigon. J’ai quand même cinq ans d’Indochine et lors du deuxième séjour, j’ai fait presque toutes mes missions au Tonkin, j’étais donc à Hanoï en dehors des missions. Si j’étais en mission loin d’un hôtel, on dégageait quelqu’un d’une chambre pour me faire une place.

Les missions ont commencé à se multiplier en devenant donc de plus en plus fréquentes et violentes ?
Quand il y avait des opérations importantes, on me faisait partir en Hélico à un endroit assez proche des lieux de combat pour que je puisse intervenir quand c’était nécessaire. Il n’y avait pas un rayon d’action énorme. Quand j’étais trop loin on démontait les pâles, on mettait le tout dans un Noratlas et on partait en avion. Deux mécaniciens devaient remonter l’appareil après.

Avez-vous eu d’autres parachutages ?
En opérations, je n’ai eu que celui-là mais il est beau ! Quand je pouvais prendre l’hélicoptère c’était plus facile, sinon c’était l’avion.

Comment c’est passée votre prise de contact avec l’hélicoptère ?
Il n’y en pas eu tout de suite ! J’ai commencé par faire partie d’une antenne chirurgicale parachutiste. Un jour, on me dit qu’on allait recevoir deux hélicoptères et je suis invitée à aller voir comment ils volaient et ce qu’on pouvait en faire. Je vais à Tan Son Nhut en voiture, c’est le terrain d’aviation de Saigon et je tombe forcement amoureuse de ces machines ! Ce fut un vrai coup de foudre ! Voir ces machines qui décollaient verticalement et qui ensuite cheminaient vers leurs objectifs, j’ai craqué ! Nous étions les premiers ! Il y a de quoi s’enthousiasmer, c’est magique !
J’ai voulu apprendre à piloter ces hélicos et je disais à mon patron le général Robert que le parachutage c’était bien mais que dans beaucoup de cas, on ne pouvait pas rapatrier nos blessés. On nous avait parachuté nous et notre matériel, nous avions monté tant bien que mal, les tentes avec nos hommes du rang, nous avions opéré dans des conditions assez rudes et nos opérés choqués étaient hors d’état d’être transportés sur des routes qui n’étaient pas très carrossables !
Je disais donc au général Robert que j’aimerais bien piloter l’hélicoptère. Le poids était l’ennemi, on pouvait prendre un blessé parfois deux, pas toujours ! Moi qui suit légère, je pouvais prendre 50 litres de pétrole en plus, c’était appréciable ! J’escomptais ainsi prendre un blessé en plus ce qui était un gain pour tout le monde ! Je l’ai tellement ennuyé qu’il en a dû en avoir assez de moi et a dû m’empêcher de le rencontrer pour que je ne lui casse plus les pieds !
Je les lui ai tellement bien cassés, qu’il m’a envoyé en France pour apprendre à piloter ! Il m’a envoyé à l’école d’hélicoptère où j’ai passé mon brevet de pilote. Quand je suis parti sur place, il y avait Santini et Fumat. Fumat a eu un accident de Jeep et n’a pas pu servir longtemps. Je ne pouvais quand même pas du jour au lendemain prendre l’hélicoptère et aller faire mes missions ! Il fallait connaître la zone et observer comment ils faisaient. Ainsi pendant quelques missions, pas très longtemps, quand Santini rentrait à vide, il me prenait avec lui pour me montrer comment il fallait faire.
Un beau jour alors qu’il rentrait, il voit l’hélicoptère en évolution : c’était moi. Il ne le savait pas mais je me débrouillais très bien ! Il m’a dit : "Vous ferez la prochaine mission". C’était très bien et ça a démarré comme ça !

C’était courageux de sa part.
Il n’est pas fou, c’est un professionnel, il voyait bien ce que j’étais capable de faire. Il est quand même très intéressant d’avoir un pilote en plus !

Comment s’est passée votre première mission ?
J’étais fière comme Artaban. Quand on savait qu’on était en territoire hostile et que ça pouvait tirailler, on envoyait parfois la chasse ou l’artillerie pour nettoyer les abords et qu’on puisse se poser. (Il y a un livre qui parle de l’aviation de chasse en Indochine et de moi mais je ne sais pas ce que j’en ai fait, il faudrait que je le retrouve !).
Au cours de cette première mission, ils ont envoyé la chasse avant moi et ils ont décrété que j’étais introuvable ! Je me suis toujours demandé dans quelle mesure ce n’était pas une réaction hostile aux femmes ! Je me le suis demandé après. J’ai tout fait, voyez-vous, j’ai ramené mes deux blessés, je ne pouvais pas faire mieux que de ramener mes deux blessés à la fois !

C’était au cours de votre première mission !
Ils ont décrété qu’ils ne me trouvaient pas ! C’était au début mais après ça se disait. Les hommes du rang le savaient très bien. Quand ils étaient blessés, quand ils avaient une balle dans le ventre ou quelque chose de ce genre, ils n’étaient pas sûrs de s’en sortir ! L’hélicoptère pour eux c’était le miracle.

Y avait-il d’autres médecins pilotes ?
Non, il n’y en avait pas d’autres.

Vous étiez donc seule à effectuer les missions où il y avait besoin d’un médecin et d’un pilote ?
Ce n’est pas tout à fait comme cela que ça se passait. Quand il y avait besoin d’un hélicoptère, il fallait partir tout de suite. Nous n’avions pas le temps de réfléchir si c’était médecin ou pas médecin, il fallait partir tout de suite. C’est la vitesse qui comptait pour ramener quelqu’un. J’ai fait une mission ou j’étais de permanence et arrive un ordre du G.A.T.A.C. Nord (Groupement Aérien TACtique). Il s’agissait d’un décollage immédiat pour se porter sur le porte-avions "Arromanches". Il y avait eu un accident à bord et, par malheur, il n’avait pas d’hélicoptère sur le bâtiment à ce moment-là. Il fallait donc tout de suite partir et je prends contact avec le commandement qui me demande de me rendre sur le terrain d’Hanoi, à côté de la tour de contrôle où un officier de Marine devait me "briefer". Il m’explique qu’un avion n’a pas réussi à accrocher le brin à l’atterrissage et s’est fracassé à l’endroit où d’autres se débrêlaient. Il y avait évidemment des morts et des blessés et comme il n’y avait pas d’hélicoptère, c’est l’armée de l’Air qui devait intervenir. J’ai commencé par en prendre deux qui étaient très lourds. Pour nous, l’ennemi était, en effet, aussi le poids. Il y en avait aussi un troisième à transporter qui avait presque été amputé de la jambe au cours de l’accident. Le médecin l’avait "paré", il fallait que j’attende un peu car il était vraiment très choqué. J’ai attendu puis je l’ai emmené.

Quel était le rythme des missions ?
C’était irrégulier, parfois c’était coup sur coup et quelquefois nous attendions. C’était très inégal. Avec le sous-officier qui était avec moi (Barthier), il fallait que les deux soient disponibles, ce qui n’était pas toujours le cas et il nous est arrivé de partir chacun avec son hélicoptère. C’était une belle vie car on a un très grand réconfort quand on commet une action comme celle-là. C’est très gratifiant.

C’est très dangereux aussi.
Il faut savoir ce que l’on veut ! Si on a peur, il faut faire un autre métier ! Mais il y a des moments où on se dit cette fois, ça va être la bonne ! On analyse bien que nous étions très vulnérables.
En Algérie nous étions sur des Sikorsky. J’aimais particulièrement cet appareil qui se pilotait du bout des doigts avec ses servo-commandes. En Indochine, nous avions des Hiller et les Sikorsky sont venus après lorsque je partais. J’ai beaucoup volé en Algérie sur les Sikorsky H-34 et Alouette II. En Indochine j’ai fait presque toutes mes missions en Hiller 360.
Pour nous le danger était l’approche car nous étions vraiment la cible idéale. Dans le livre auquel je faisais allusion, ce pilote de chasse raconte comment ils faisaient pour nous protéger. Au sol nous étions aussi vulnérables mais comme n’importe qui. A Saïgon, je me trouvais à une terrasse de restaurant, j’étais avec des copains aviateurs et mon chien que j’avais baptisé "Rotor". Mais il n’obéissait pas et n’en faisait qu’à sa tête. Les "Viets" vous balançaient des grenades pour vous tuer ou vous casser les pattes. A cette terrasse, tout le monde a crié car ils ont vu des viets qui étaient équipés et voulaient sûrement nous tuer. Le chien d’en fichait, il allait partout où il ne fallait pas, il nous courrait après et mes copains en étaient malades !

Vous avez sans doute essuyé de nombreux tirs ?
Sur un de mes livres, je montre une balle qui a percé un panier où j’avais installé un blessé. On entendait très bien les tirs. Dans ces cas-là, je faisais le papillon pour fausser le tir.

Aviez-vous quand même été bien accueillie par vos camarades masculins ? Car vous étiez tout de même un cas d’espèce !
J’ai été bien accueillie et si j’ai été jalousée, je ne l’ai jamais su ! Ça se passait bien, j’avais des copains. Peut-être que c’est arrivé alors que je ne le savais pas mais je ne veux même pas y penser ! On ne me l’a jamais fait sentir.

Comment était la vie quotidienne et les relations avec la population indochinoise ?
Bonne mais quand je n’étais pas en mission, j’étais à l’hôpital. Les missions en hélicoptère étaient déclenchées par l’armée de l’Air. Il fallait mettre en branle quelque chose de différent de l’hôpital. Le service de santé demandait l’évacuation d’un blessé, l’armée de Terre la prenait à son compte. Ce n’est pas la santé qui déclenchait la mission mais l’armée de l’Air. Il y avait une très bonne entente.

Quelle était la situation générale en Indochine au moment où vous y étiez ?
Vous savez, on l’a dit surtout après mais nous nous sommes très bien entendus avec les Vietnamiens. Les civilisations se ressemblent. Nous avions beaucoup d’atomes crochu et d’ailleurs, il y a aussi une chose qui le prouve c’est qu’il y a eu beaucoup de mariages. Elles étaient jolies, mignonnes et gentilles. Il y a eu beaucoup de mariages et de bons mariages qui duraient.

Y avait-il d’autres femmes militaires en Indochine ?
Il y en avait beaucoup mais surtout des secrétaires, des assistantes médicales, des infirmières dans les hôpitaux, beaucoup. Il y avait des plieuses de parachutes, toutes sortes de spécialités et surtout des secrétaires en pagaille ! Il y en avait peu en opérations mais au total, il y en avait tout de même pas mal !

Il y avait aussi les Convoyeuses de l’Air
Oui mais il n’y en avait pas beaucoup. Je les voyais surtout quand elles prenaient leurs avions sur le Tarmac. Elles n’étaient pas mes collaboratrices. A ce moment-là, je n’ai jamais eu de contact professionnel avec les Convoyeuses. Elles dépendaient de l’armée de l’Air et il fallait, quand elles étaient engagées, qu’elles possèdent un diplôme d’Etat. C’était la condition pour être admise. Elles étaient bien, en général, et courageuses car on en a perdu quelques-unes. Une des seules que je n’ai jamais vu en Indochine, c’est Geneviève de Galard qui est arrivée tard, à la fin, pour Diên Biên Phu. Cette bataille l’a montée en apothéose, si j’ose dire, mais moi, je ne l’ai jamais vue là-bas ! Maintenant je la croise de temps en temps aux cérémonies. On a créé autour d’elle l’image d’un ange.

Vous arrivait-il de partir plusieurs jours en opérations ?
Il m’est arrivé de partir avec Santini car il y avait beaucoup de blessés dont il fallait s’occuper et aussi parce que je devais assurer de petites interventions chirurgicales à effectuer rapidement sur place. Nous partons ensemble et on me dit qu’il fallait que je reste pour soigner des combattants. Santini devait repartir seul pour faciliter l’évacuation mais je devais rester pour opérer tout de suite. J’opérais aussi bien un "Viet" qu’un Français car pour moi un blessé, c’est sacré, je ne voulais pas qu’on y touche ! J’opère un blessé et je vois un adjudant français qui tournait autour. Je me dis qu’il allait lui faire la peau et qu’il ne fallait pas que je le laisse là, il n’allait pas s’en sortir ! Il était très intelligent, il comprenait tout mais faisait semblant de ne pas comprendre. Il ne parlait pas un mot de français mais il avait bien compris qu’il valait mieux qu’il reste près de moi. Il ne me lâchait pas et me collait au plus près !

Quelle était votre spécialité médicale ?
J’étais l’assistante du neuro-chirurgien. Les cancers nous les envoyions en France. Il y avait tellement de blessés par balles, armes à feu et tout le reste que nous faisions uniquement la traumatologie. Nous ne faisions pas les cancers. Nous ne faisions pas que la tête mais aussi les nerfs.

Avez-vous participé à l’évacuation du camp de Na San ?
J’ai fait plusieurs missions autour du champ d’aviation. J’y suis notamment allé pour un journaliste de "Paris-Match" (Jacques de Potier) qui avait une grosse blessure au plexus brachial. Je suis allé le chercher. Il n’est plus de ce monde mais j’étais allé le voir à l’hôpital après aussi. Il était content et quand il était revenu en France, il m’avait envoyé un petit paquet de photos qu’il avait regroupées car il était responsable du service photo.
C’était un petit Diên Biên Phu, une préparation de Diên Biên Phu. C’était un endroit vulnérable car entouré de collines. Quand vous voulez aller chercher un blessé, il faut se poser et pour y aller, il y a tout un cheminement où vous êtes une cible idéale ! C’était la même configuration qu’à Diên Biên Phu en plus petit peut-être.

Quelles étaient les conditions de vol en Indochine ?
Il faisait chaud, ce n’est donc pas idéal pour la compression du moteur à pistons. Dans les conditions de brouillard, on ne vous laisse pas partir. Il y a des choix à faire. Il faut savoir ce qu’on veut. Vaut-il mieux sauver le blessé avec les opérants ou le laisser tomber pour me pas risquer de perdre les sauveteurs ? Il y a des choix à faire. Je n’ai pas eu à souffrir de la mousson, on fait quand même attention à ce qu’on fait.
Il y avait les brancardiers pour nous aider. Tout le monde se déguise un peu en brancardier. Vous les dirigez, vous mettez la main sous la tête du blessé pour qu’elle ne pende pas ! Il faut être là, présent pour les diriger. C’est ce qu’ils attendent de vous d’ailleurs...

Combien avez-vous effectué de missions en Indochine ?
Je ne sais plus par cœur mais je pense que ce devait-être 129 missions pour ramasser 169 blessés. Quand j’en évacuais deux, ça me faisait naturellement plus de blessés que de missions accomplies.

Ce fut une période de cinq ans, exaltante, qui vous a permis aussi de rencontrer votre futur époux.
Oui mais nous nous sommes mariés plus tard. Je ne voulais pas me marier car autrefois le mariage pour une femme ce n’était pas très drôle. Les gens avaient des idées arrêtées : les femmes étaient cantonnées à certaines tâches et on admettait mal qu’elles prennent des risques...

Vous avez changé d’avis ?
Non, car j’ai toujours fait ce que j’ai voulu !

Par rapport au mariage…
Je ne risquais plus rien, le connaissant, sachant qu’il me respectait comme il faut, je ne risquais plus rien. Autrefois, on pensait que les femmes n’étaient pas faites pour les missions dangereuses. Les missions "pépère" oui mais les missions dangereuses, c’était pour les messieurs. Maintenant, ça a changé quand même ! Dans la Commission d’études prospectives pour la femme militaire, nous étions dix-sept car Hernu m’avait collé des gens des départements ministériels et des députés. J’avais accepté les bras ouvert de présider cette commission mais j’avais quand même du mal avec certains car il avait choisi les politiques, les parlementaires. C’était normal au fond. Après, on va chercher les militaires mais il me colle une liste où il n’y avait que des femmes. Je lui ai dit que ça n’allait pas et que je voulais une liste avec des femmes et des hommes pour que nous ne passions pas pour des féministes enragées. Je voulais donc qu’hommes et femmes soient à égalité. Et il l’a fait. Je savais que certains hommes seraient briefés par leurs états-majors. C’était le cas. Après chaque commission certains étaient convoqués pour savoir tout ce qu’on avait raconté ! Certains m’ont avoué après, qu’ils avaient consigne de refuser tout ce que nous demandions. C’était considéré comme de la folie, il ne fallait pas accepter. Je voulais mes pilotes de chasse et tout le reste. Je les ai eus mais ce fut très dur... A la remise du rapport, nous avions mis dans le préambule que les mentalités n’étaient pas encore tout à fait prêtes et, qu’en conséquence, nous allions faire deux catégories de propositions : des propositions d’application immédiates et des propositions applicables à terme. Pourquoi ? Parce que les mentalités n’étaient pas prêtes et c’était vrai. Quand j’ai demandé les pilotes de chasse, j’ai été considérée comme une folle ! Alors qu’il y en a au moins vingt actuellement, et quelles pilotes ! J’ai eu beaucoup de chance au début après l’acceptation, car elles étaient formidables. Si elles avaient été mauvaises, qu’est-ce qu’on m’aurait critiqué...

A votre retour d’Indochine, vous avez, vous-même, piloté des avions militaires ?
J’en ai toujours piloté. Quand j’étais à Brétigny, je voulais bien sûr piloter des avions. Pas des avions d’essais, je n’étais pas formée pour ça,mais je volais sur des avions militaires. J’avais d’abord volé sur avion, j’ai découvert ensuite l’hélicoptère puis je suis retournée vers les avions. Quand on est mordu pour quelque chose il n’y a aucun problème, il n’y a même pas de phase d’adaptation.

Jacqueline Auriol au CEV en 1962 - Photo DRAu Centre d’Essais en Vol (C.E.V.), il y avait aussi un patron exceptionnel, l’ingénieur général Louis Bonte. Pour les unités de ce type, il faut des êtres d’exception. Il y avait aussi Jacqueline Auriol avec lui, une autre exception. Nous avons été amies, surtout d’ailleurs après parce que pendant, nous étions toutes deux très occupées. Elle avait ses vols car elle est, quand même, devenue pilote d’essai. Moi je devais m’occuper de tout le Personnel Navigant. Je faisais mes vols, mes missions de sauvetage et j’assurais la surveillance de tout le personnel navigant. J’avais tous les pilotes et tous les mécaniciens d’essais. J’avais beaucoup de travail, je ne chômais pas. Ma raison d’être c’était d’être médecin mais avec Bonte, il n’y avait aucun problème, je volais comme je voulais sur les hélicoptères et aussi sur les avions.

Pour quelle raison avez-vous décidé de partir pour l’Algérie ?
J’avais à peu près cinq ans de C.E.V., j’étais la plus choyée, la plus gâtée, tout ce qu’on voudra. Mais quand même, j’ai l’âme militaire, j’ai le sens du devoir.
Un jour je suis allée voir Bonte, je lui ai dit que je le remerciais, que j’avais eu une affectation en or qui m’avait permis de voler sur toutes sortes d’aéronefs mais que maintenant il fallait que j’aille en Algérie. Il ne comprend pas, ou plutôt fait semblant de ne pas comprendre... Mais il a parfaitement compris que mon devoir, c’était d’aller là où les militaires faisaient la guerre. Le C.E.V. c’était parfait mais il fallait que je rejoigne les copains en Algérie. Il me connaissait et il a été tellement gentil qu’il m’a emmené avec lui pour me présenter au général Edmond Jouhaud pour qu’on ne me mette pas n’importe où... Cela prouve qu’il était bien compréhensif et avait vu ce qui n’allait pas.

Votre compagnon était déjà en Algérie ?
Valérie André à la Réghaïa en Algérie - Photo DR collection Valérie AndréOui, car le chef d’état-major de l’armée de l’Air André Martin voulait l’avoir à côté de lui car Santini était le maître des hélicoptères.
Au cours du conflit algérien, j’étais à ma place comme médecin-chef d’une grande base (La Reghaïa). D’abord j’étais médecin-chef de la 22ème escadre de l’armée de l’Air et pilote à part entière. Ce qui veut dire que dans l’escadre, je volais sur Alouette II pour les petites missions seule à bord et pour les plus grosses sur H-34 en équipage à trois (deux pilotes et un mécanicien). Tous les mois ou tous les deux mois, je partais en détachement pour dix jours. Là, je faisais de la médecine. Nous étions ensemble avec mes copains et je pouvais encore mieux les surveiller. J’étais très libre et les commandants de l’escadre étaient contents de m’avoir car je leur rendais beaucoup de services.
Valérie André sur H-34 de la 23e escadre d'hélicoptères à Boufarik puis à la Réghaïa - Photo DR collection Valérie AndréAvant d’être affecté en Algérie, j’avais écrit à Félix Brunet qui était déjà colonel et avait son escadre. Je lui ai demandé de venir voler chez lui pendant le mois de juillet. Il m’a envoyé une très belle lettre qui figure dans un de mes livres, me proposant de venir tout de suite. Je suis donc partie mais ce que je n’avais pas dit c’est qu’il s’agissait d’une permission et tous les pilotes savent que pendant les permissions, on n’a pas le droit de voler. En cas d’accident, vous n’êtes pas couvert... Il a vite réalisé que j’étais en permission et est allé plaider ma cause à la 5ème Région Aérienne à Alger en me couvrant pour que je puisse voler. Normalement je n’aurais pas dû...
C’était très intense, passionnant mais différent de l’Indochine. J’avais un rôle encore plus officiel puisque j’étais pilote à part entière, médecin-chef de l’escadre mais aussi pilote à part entière. On me confiait les missions comme à n’importe quel autre pilote. J’y suis restée cinq ans aussi.

Vous avez connu la fameuse période du Putsch ?
C’était délicat, très délicat ! Je l’ai mal vécu. Je les comprenais car ils avaient tout de même été trompés. Dans ses livres, Hélie de Saint Marc explique qu’à son départ du Tonkin, il avait ordre de ne pas emmener les villageois partisans des Français et avait dû taper sur les mains de ceux qui s’accrochaient aux camions. C’était effroyable. Il a vécu ça aussi en Algérie. Moi aussi ça m’a fait très mal, je n’ai pas supporté. Je n’ai rien dit, je ne pouvais pas ! C’était difficile à vivre...

Quelle était l’opinion des gens vis à vis de ce Putsch alors qu’il semblait que la guerre était gagnée ?
Ce qui dominait, c’était l’avis des pieds-noirs qui n’ont pas aimé ! Les gens étaient solidaires mais on leur faisait vivre des choses pas tolérables.

Avez-vous eu l’occasion de rencontrer le général de Gaulle sur place ?
Pas vraiment sauf quand il faisait ses tournées pour porter la bonne parole. J’avais un hélicoptère sanitaire, pas pour lui spécialement mais on m’avait demandé d’avoir toutes sortes de médicaments dans l’hélico. Il ne savait pas que je l’accompagnais mais j’avais même son valet de chambre dans mon hélicoptère.
J’ai très bien senti à la fin qu’ils ne s’entendaient plus. Le, "Je vous ai compris", est très mal passé ! Ils se sont sentis désavoués alors que militairement on était bon.

Comment, vous-même, avez-vous vécu les deux départs imposés d’Indochine et d’Algérie ?
Je n’ai pas connu Diên Biên Phu. Je n’ai jamais pensé qu’on prendrait une telle raclée ! Je suis partie en avril 1954 et la catastrophe est arrivée en mai ! Je n’ai jamais imaginé qu’on prendrait une telle raclée ! Ce fut la claque !
En Algérie, je suis partie le 10 juillet 1962. Nous avions des amis pieds-noirs. Tout cela est difficile à vivre en écoutant les uns et les autres. Les pieds-noirs ne sont d’ailleurs pas guéris.
A mon retour d’Algérie, j’ai été nommée médecin-chef de la grande base de Villacoublay où je suis restée huit ans. A ce moment, il y avait cinq grands commandements : la Région Aérienne, la DIRCEN, La DIRCAM, le CoTaM…
Après, j’ai d’abord été directeur de la 4ème Région Aérienne de Santé, c’était le quart sud-est avec la Corse. J’ai terminé à la 2ème Région Aérienne.

Une carrière bien remplie avec de grands moments très forts puis vous avez été nommée Général...
Ce ne fut pas vraiment une surprise parce cela faisait un moment qu’on murmurait, que j’entendais dire et les copains qui demandaient quand j’allais passer Général… Quand j’étais au CoTAM, je voyageais beaucoup car on m’envoyait contrôler les petites unités isolées à travers le monde. Un jour, je me suis trouvée dans le Pacifique à Mururoa, à Hao avec Jean Larteguy qui était un bon copain. Il me demande quand je passais Général et je lui réponds que je suis prête. Il n’est plus là, le pauvre... Vous savez que je m’en suis beaucoup occupée car il était très malade. Il était aux Invalides. Je vois sa femme Thérèse de temps en temps.
Après cette nomination, j’étais fière comme Artaban. C’est Yves Mourousi qui m’a interviewé à la télévision. Il s’appropriait tout ce qui était militaire.

Comment avez-vous appris cette nomination et qu’avez-vous éprouvé ?
Je le savais déjà comme cela se murmurait mais laissez-moi réfléchir… C’est au moment où Mourousi m’a "aspiré" à la télévision. On est nommé Général en conseil des ministres, c’est donc comme ça que je l’ai appris.

C’est le ministre de la Défense qui vous l’a dit ?
Plusieurs personnes me l’ont dit et je ne peux pas vous préciser celui qui a été le plus persuasif. Ils sont venus me chercher car Mourousi voulait absolument m’avoir à la télé. C’est lui qui l’a annoncé à la télévision. Je savais que les femmes pouvaient accéder à ces responsabilités mais ce n’était pas fait. Maintenant, il y en a plusieurs mais, après moi, il a encore fallu attendre huit ans pour nommer la deuxième qui était aussi un médecin. La Marine, ce fut plus tard avec l’Amirale Chantal Desbordes. Je l’avais eu dans ma commission, elle avait déjà cinq galons. Dans la vie civile la progression est la même à présent avec les Ministres.

On pouvait supposer que dans l’armée les résistances seraient encore plus fortes…
Ça a été long... Yves Mourousi m’a d’ailleurs demandé si je n’avais pas eu de mal avec tous ces "machistes". Je lui ai répondu que l’Armée n’était pas plus "machiste" que les autres milieux et peut-être moins. Je n’ai jamais eu de problèmes avec mes camarades masculins. Peut-être que derrière moi, ils disaient des choses, c’est bien possible mais devant moi, non. D’ailleurs ils auraient été reçus.

Avoir eu une vie de couple avec un autre militaire a quand même été une aide ?
Non, nous avions une vie séparée. Comme il était patron des hélicoptères en Indochine, il a bien été obligé de dire de certains pilotes volontaires qu’ils n’étaient pas bons et qu’il ne les prenaient pas et de dire que moi, il me prenait. C’était uniquement sur la compétence. Pour moi, il n’y a que cela qui compte. Homme ou femme, cela n’est égal. Au contraire, je ne veux pas qu’on insiste sur cet aspect de la question. Il n’y a que la compétence. J’ai raison tout de même ? C’est l’argument et le critère qu’il faut retenir.

Cette commission d’études prospectives pour la femme militaire a aussi été un grand moment pour vous ?
Oui, j’ai une belle lettre de Charles Hernu qui est parue au Journal Officiel, bien entendu. Je l’ai toujours évidemment. La meilleure récompense est le succès dans tout ce qu’on fait. C’est ça la récompense...

Vous auriez aimé faire plus encore, être plus présente dans les média ?
Il faut surtout être très diplomate et très adroit. Il y a des choses qu’il faut faire avec beaucoup de doigté car vous êtes sûr que vous allez contrarier des gens. Il faut l’antidote, il faut s’attendre à tout...

Comment voyez-vous le statut des femmes militaires dans l’avenir ?
Je pense que maintenant, de plus en plus, on tient compte de la compétence. Je dis que c’est gagné mais certains ne le croient pas. On ne pourra pas revenir en arrière. Le bruit serait trop fort. Dans la vie civile c’est la même chose. Les femmes vont partout maintenant. Bientôt, il y aura un chef d’état-major féminin, vous verrez. Bientôt. Les femmes ont déjà été dans les sous-marins. Il n’y a pas de danger. Avec les tours de garde, ils ne sont jamais ensemble. Il n’y a pas de problème de ce côté-là. C’était un argument irrecevable. Il n’y a pas de problème particulier, ils ne sont jamais ensemble. Ils ne sont jamais ensemble de permanence ou de garde.

Je ne vous retiendrai pas plus longtemps car vous êtes très aimable d’avoir accepté de nous accorder quelques instants pour nous raconter tous ces souvenirs et nous faire part de vos passionnantes réflexions. Merci de m’avoir reçu.

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