Franck Charlet et HDF : Pour que l'eau nous éclaire

Lundi 31 octobre 2011, par Patrick // Patrick Gisle

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Transport du matin signifie souvent embouteillages, pollution, foule, grisaille ou attente et rime pour beaucoup avec morosité. Le soleil de lève sur les reliefs de notre destination - Photo © Patrick Gisle Ce lundi matin, dès 6h30, c’est plutôt l’enthousiasme qui anime trois techniciens de l’entreprise de Métallerie-Serrurerie ROJON de BARRAUX en Isère (38). Cette équipe part pour un chantier difficile dans une galerie souterraine à 2100m d’altitude mais va utiliser un moyen de transport exceptionnel : L’hélicoptère.
Le chantier a pour cadre les magnifiques Lacs des Sept Laux dans le massif de Belledonne (Isère). L’objet de l’intervention consiste à rénover les protections en sous-sol de la conduite forcée EDF qui alimente la centrale électrique de Fond de France.

Pour Hélicoptère de France (HDF) du Versoud, rien de plus normal que d’être appelé pour monter du personnel et du matériel sur ce site Hydro-électrique. EDF est très certainement le plus gros commanditaire direct ou indirect de transports héliportés dans les Alpes. Le nombre d’installations de barrages et conduites est impressionnant. Nos montagnes sont en vérité un vrai gruyère pour cette électricité 100% écologique.

HDF, bien que plutôt discrète, est une des plus importantes compagnies aériennes d’hélicoptères en France. Son siège social et sa base principale sont à Gap. Des bases sont à Grenoble, Tarbes, Nice et en Guyane ainsi qu’une base+atelier PART-145 à Lyon-Bron. Elle emploie plus de 90 personnes en permanences plus du personnel saisonnier. Elle dispose de plus d’une vingtaine d’appareils, principalement des AS 350 B2 et B3 ainsi que des AS 355 et AS 365 pour ses prestations de circuits panoramiques et baptêmes, transport public, héliportages, surveillance, feux de forêt, photos et vidéo, évènements... HDF dispose aussi d’EC 135 et AS 365 pour 7 SAMU et a couvert à de nombreuses reprises le Tour de France et le Paris-Dakar.

Il y a 15 jours, Frédéric Rojon m’apprend qu’il a obtenu un nouveau chantier aux Sept Laux. Je lui propose de lui couvrir l’événement et de lui faire des photos pour sa documentation. AS 350 B3 F-GSOE dans son hangar - Photo © Patrick Gisle Il est partant, il connait ma passion. Je lui expose également mon souhait de couvrir l’intervention de HDF au plus large, dès le début de la MAD (mise à dispo) si possible. Nous sollicitons Nicolas Nilo, responsable HDF du Versoud qui accepte très gentiment que je parte de la base.

A 7h30, il fait encore très sombre ce 24 octobre. Les locaux de HDF sont déjà éclairés et les grandes portes du hangar contenant 2 AS 350 B3 sont ouvertes sur la piste. Je suis accueilli par les deux « helpers », Fabien et Benoît. Malgré leur tâche de préparation et l’inspection des deux appareils, ils sont sympathiques et disponibles pour répondre à quelques questions. Ils m’expliquent leur rôle, méconnu mais ô combien important, d’assistant pilote. Ils vérifient les niveaux, font le plein, inspectent les appareils et vérifient la propreté et les équipements. Les pilotes se reposent sur eux. Sur site, ils assurent une part importante de la relation client, gèrent la sécurité au sol, vérifient les charges et s’occupent de l’élingage.

A 7h45, arrive le pilote Franck Charlet. Tout le monde prête la main pour sortir son appareil, un beau B3 bleu et blanc immatriculé F-GSOE, bien connu dans la région. La météo est correcte, bien que des nuages au sud diminuent la luminosité. La rapidité de mise en route de la turbine de 860cv me surprend. En trois minutes, nous sommes prêts à partir. Benoît Ringot, « helper » mais aussi pilote, me cède gentiment sa place devant.

En route vers la station de ski de Prapoutel - Photo © Patrick GisleA 8h, ça décolle très vite cap 45° puis 70° vers la station de ski de Prapoutel et la crête au-dessus de celle de Pipay vers 2000m. Les 14 kilomètres sont couverts en moins de cinq minutes. Le franchissement de la crête est magique de sensations avec d’un coup 1000m sous les pieds et le début de la descente très rapide. En une minute, nous descendons de plus de 500m avec un 180° d’approche incliné à plus de 40-45° et 2 ou 3G dans les sièges. Extra… de frissons et surtout virtuosité et précision de Franck qui avec un calme impressionnant nous pose sur la petite DZ de la station du Pleynet à 1450m.

Franck Charlet, originaire de Chamonix a 40 ans et cumule désormais 4 000 heures de vol. Il a passé son CPLH en 1999 en le finançant en partie avec un Fongecif. Après deux ans à voler pour CMBH dans le très exigeant massif du Mont-Blanc pour des vols panoramiques et de transport, il va exercer trois ans pour un privé sur un hélicoptère biturbines. Aux commandes de l'AS 350 B3 F-GSOE d'HDF, Franck Charlet ; en arrière-plan, la station - Photo © Patrick Gisle Il effectuera différentes vacations dès 2004, déjà pour HDF pour le Tour de France par exemple. En 2005, Franck se spécialise en levage héliporté et va opérer pour MBH pendant cinq ans pour tous types de missions d’héliportage et levage en montagne. Il a rejoint HDF en juillet 2010 et y officie depuis avec Gilles Verdan, autre pilote émérite.

La première rotation va consister à monter les trois techniciens, Frédéric Rojon et Jacques Veltri, d’EDF au chalet du Lac Carré et à l’entrée de la conduite au Lac Noir. Le temps de vol est de deux minutes pour 3 km environ et 650m de dénivelé. Cinq minutes plus tard, Franck est revenu et se présente à deux mètres du sol en stationnaire au-dessus de Benoît pour l’accrochage de l’élingue d’environ 15m. Benoit le "helper", toujours en contact radio avec Franck, accroche l'élingue qui relie la charge à l'AS 350 B3 F-GSOE - Photo © Patrick Gisle Translation au-dessus de la remorque contenant deux big bags de matériels et provisions. En quelques secondes, l’accrochage est fait et l’hélicoptère repart immédiatement. Trois minutes plus tard, j’arrive à accrocher Franck très haut en vidéo et ne le quitte pas pour son second levage jusqu’à perte de vue… Il est impressionnant de rapidité, fluidité et efficacité. La facturation est à la minute et le client n’est pas lésé avec lui… pour sûr !
Enfin, il revient au-dessus de la DZ pour décrochage de l’élingue lestée et se pose. Mission terminée pour Les Sept Laux, départ pour la vallée de la Romanche pour la seconde intervention de la journée. L'AS 350 B3 F-GSOE en route avec sa charge- Photo © Patrick Gisle J’ai la chance de faire partie du voyage pour me faire déposer en route aux lacs et rejoindre l’équipe sur place, déjà à pied d’œuvre avec la neige. Après le magique balai aérien du début de journée, direction le souterrain…

A 16h, je suis l’oreille aux aguets et l’entends arriver de loin. Franck et Benoît reviennent me chercher avec Fred et Jacques. Les trois techniciens restent la semaine. Je mitraille tout ce que je peux. Le soleil a basculé derrière les crêtes et le vent est très fort. En dix secondes, c’est plié et nous basculons dans le vide pas mal ballotés. J’adore, mais pas tout le monde à priori… Nous fonçons vers le Pleynet avec le soleil qui nous rejoint. Un 360° d’enfer en spires nous amène au sol. Fred (soulagé) et son commanditaire en ont fini. Moi, j’ai la chance de rester pour rentrer à la base.
Sauf que Franck et Benoît ne m’ont pas tout dit ; l’appareil part vers le Nord. Je me dis que vu le vent, ça doit souffler trop fort sur la crête et que l’on rentre en contournant les reliefs et suivant les vallées par Allevard… A bord de l'AS 350 B3 F-GSOE - Photo © Patrick Gisle Hé non, au-dessus de Fond de France, 180° d’enfer comme j’adore, et posé dans un mouchoir à la centrale électrique, si petit que j’ai peine à le croire, sans aucune appréhension cependant.
Nous prenons avec nous le responsable du démontage d’un monte-charge à câble d’EDF qui veut vérifier son travail et nous remontons à petite vitesse sur 700m… puis replongeons pour le ramener…

Enfin, le retour a sonné, environ 7-8mn depuis Fond de France jusqu’au Versoud ; ça bouge bien avec le vent. Confiance absolue dans le pilote, qui lui s’est fait brasser toute la journée pour toutes ces missions en Oisans et Chartreuse. La descente vers la vallée et l’aérodrome du Versoud est superbe. Grâce à nos casques, on a papoté à trois avant l’arrivée impressionnante devant le hangar. Comme Franck arrive, je me dis que la porte va s’ouvrir, car j’ai vraiment l’impression qu’on va directement rentrer à l’intérieur du hangar… Hé non, il se pose comme une libellule, les pales à deux mètres du bâtiment ; bravo l’artiste !

Je donne un coup de main pour rentrer cette merveilleuse machine. Quelques petites questions et je laisse cette équipe de pros finir leur journée, en toute humilité et gentillesse.
Retour de missions pour le Pilote du B3 d'HDF : Franck Charlet - Photo © Patrick GisleJe dois rentrer à petite vitesse, car la tête est restée dans le ciel pour quelques jours au moins…
Un grand merci à mon ami Fred Rojon et à Jacques Veltri d’EDF pour son accueil, ses explications passionnantes et son accord pour ma présence.
Et, bien sûr, un autre grand merci à l’équipe d’HDF Grenoble : Nicolas, Benoît et Franck à qui je rends hommage pour son talent… Bravo !

Photo et Vidéos © Patrick Gisle

Décollage depuis la base HDF du Versoud

Arrivée AS 350 B3 F-GSOE - Héliportage

A bord AS 350 B3 avec une aérologie perturbée

Pilotage de précision

Retour au Versoud - atterrissage

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