Quand les Pumas s'envolent

Vendredi 28 juillet 2006, par Chouchi // Natacha Laporte

0 Commenter cet article/rubrique A propos de l'auteur Partager cette page Ajouter les articles de cette rubrique à un flux rss [INACTIF] Imprimer la page Envoyez cet article à vos amis [INACTIF]

28 juillet 2006 - Il est 6h20, l’orage gronde dehors, j’émerge de la couette avec le sourire et une grande motivation pour me lever ce matin-là. Un réveil plus que facile, il est temps d’attaquer la journée. Je m’habille, déjeune en vitesse et je prends la voiture, direction le 5eme RHC*. Un sourire émerveillé, quand, une fois arrivée à la Base, je me retrouve face à deux merveilleux mastodontes, l’un couleur sable, l’autre couleur kaki, l’un s’appelant BRL, l’autre BRK. Ils décollent sous mes yeux entre deux éclaircies, le soleil tape sur leur carlingue qui a de l’âge. BRL met en route, BRK quant à lui, met en route à son tour. Non pas sans émotion, tout simplement car BRK est une retrouvaille vieille de seulement cinq ans, le premier Puma qui, sous la pluie, m’avait fait découvrir les entrailles et la vie d’un puma quand j’avais pu m’installer à bord et me balader entre ses pales perchée tout là-haut. En gros, le premier Puma que j’ai approché, c’était il y a cinq ans de ça. BRL, son décollage était bien plus émouvant encore, mais j’en reparlerai plus tard. Peu de temps après, le soleil refait son apparition, les gazelles décollent à tout va, les 725 se réveillent à leur tour et mes deux Puma sont partis s’amuser dans les Pyrénées.
J’ai les yeux qui brillent devant tant de beauté, tant de rêve, tant de mélodies, les tripes nouées de bonheur, le cœur à 300 à l’heure de joie, et j’en passe... Et puis au loin, j’aperçois 2 silhouettes qui se rapprochent, l’une de l’autre, deux gros bébés à la douce mélodie, BRL et BRK reviennent d’un vol pour une seconde rotation, toujours ensemble.
Les deux jumeaux se posent devant moi, BRK en premier, suivit de BRL, ils passent tout près, tellement près que je ressens le souffle et la chaleur de leurs turbines. Et ils sont là, postés tous les deux devant moi, ils ont fière allure, ils tournent, de concert, à régime réduit. Je commence à marcher vers eux, je m’avance vers BRL, plus j’avance, plus mon cœur s’emballe, sa douce mélodie m’attire, sa beauté me fait chavirer, je me perds dans les souvenirs d’un monde inconnu, et je suis là , face à lui, face au Puma de Manu**, celui avec qui, il a tant volé, son Puma chouchou comme il disait. Me revoilà seule, face à la bête qui tourne, qui gueule, je suis incapable de bouger, je suis immobile, les larmes au bord des yeux, je ressens une sensation que je n’avais jamais connu en moi.
Il est temps d’embarquer, je grimpe à son bord, je m’installe devant, à coté du mécano navigant. Non, je n’y crois pas, les portes se ferment, le "Pum" entame le roulage pour se positionner sur le H, oui, me voilà, moi à bord du Puma de Manu, son Puma au doux nom de BRL, les images défilent dans ma tête, une sensation de mission accomplie m’envahit, cette sensation d’hommage rendu, je suis fière, heureuse, de pouvoir lui rendre encore un dernier hommage à bord de son bébé. Nous nous alignons, ça y est nous nous arrachons du sol, nous quittons la terre, ça y est ! Nous rejoignons le paradis.
Aucun mot ne peut décrire ce moment, nous nous dirigeons sur les Pyrénées, ma joie n’est pas exprimée par des mots mais par un sourire et des yeux brillants qui m’accompagnent tout au long du voyage. De purs moments de bonheur et d’émotion.
J’admire le paysage, quand tout à coup, BRK nous rattrape et se joint à nous, il décide de nous accompagner pour ce merveilleux voyage qui sera donc effectué à deux Puma en patrouille, BRK veille sur nous, il vole à coté de nous tout prés, le soleil se reflète sur lui, derrière un ciel noir, un spectacle inoubliable, il nous suit dans toutes nos manœuvres, il ne nous lâche plus, le vol en patrouille durera du début jusqu’à la fin du vol.
Mais tous ces moments passent très vite, trop vite, après un merveilleux survol des Pyrénées et de la ville, nous nous dirigeons vers l’aéroport, nous sortons le train, nous arrivons à la fin du voyage et il se termine quand BRL touche le sol et roule pour le H. Arrêt des deux hélicos, il est temps de sortir et de redescendre du nuage mais, impossible... Je débarque en les admirant à nouveau, pensant à Manu... et je souris face à eux, les yeux embués de larmes...
Les deux Puma s’envolent à nouveau, une dernière fois, je les attends et à leur retour, des bisous, des souvenirs, et une séance photos accomplie. Trois heures passées à leur côté, trois précieuses heures de moment intense et indescriptible, simplement, trois heures de rêve devenu réalité. Merci mon BRL, merci mon BRK et un énorme merci aux équipages !
29 juillet 2006 - Ce matin, je me sens seule, je tourne en rond, toutes les images d’hier me trottent sans cesse dans la tête, ces moments que j’ai connus, si inconnus, si rares, si indescriptibles.
Je ne sais même pas moi-même ce que je ressens. Ce moment féerique variant entre sourires et larmes, cet instant qui, jusqu’au bout, m’a pris les tripes, le cœur noué, le sourire jusqu’aux oreilles et les larmes qui tombent au pied de BRL.
J’y ai encrés dans ma mémoire tous ces moments de bonheur, de plaisir, de tristesse mais aussi de fous-rires, vécus auprès de lui. Et quand j’y repense, je me dis qu’il n’avait pas le droit de partir, qu’il aurait dû être là, lui aussi, car sa place est dans un Puma et non là-haut. Oui, il me manque bien trop. Hier pourtant, quand nous avons quitté le sol avec BRL, j’avais cette sensation en moi, cette sensation qui me faisait croire qu’il veillait sur moi, qu’il était toujours là et qu’il était juste à côté de moi, toujours avec le sourire, toujours en train de rire, toujours en train de l’encourager pour me motiver pour aller jusqu’au bout. Mais j’avais beau regarder autour de moi, il n’était pas là... Peut-être, je dirais même certainement, il n’était pas loin, je sais qu’il veillait, mais je ne le voyais pas, pas de traces de lui dans la machine, mais pourtant, l’ambiance me faisait croire qu’il était bel et bien présent à bord de ce vol. Sensation de présence d’un être cher qu’on n’oubliera jamais, qui en a fait des vols sur sa machine, qui était heureux tout là haut avec elle et qui aujourd’hui, depuis les cieux, veille sur moi.
Mais pourquoi es-tu parti ? Pourquoi tu n’as pas pu être là comme c’était prévu ? Pourquoi ? Trop de questions me viennent en tête, je ne sais trop quoi faire ni quoi penser, je suis perdue. Hier, j’étais la plus heureuse, il ne manquait que toi, tu te rappelles de tout ce que tu m’avais dis avant que je vienne ? Trop de promesses oubliées, et pourtant on en avait des tas de promesses à réaliser, des tonnes de rêves.
Pourquoi ai-je eu l’honneur de voler à bord de ton "bébé" ? Pourquoi moi qui n’ai rien de plus que les autres au final ? Moi qui suis juste une simple passionnée qui carbure au doux bruit et à la belle odeur de kérosène d’hélicos, moi qui ne suis seulement heureuse que sous les pales d’un hélico.
J’ai accompli ma mission, cet hommage que je voulais te rendre et auquel je tenais plus que tout, mais il ne manquait que toi pour que tu puisses assister à ça... J’aurais aimé faire ce vol avec toi, par ta présence réelle, et non en pensée.
Mais d’un autre côté, je sais que tu étais là, que tu y as assisté, un ange ne meurt jamais tant qu’on ne l’oublie pas, et moi je t’ai toujours dans mon cœur, dans ma tête et ce, pour toujours, j’y tenais à ce vol, il était pour toi et je te le dédie à 100%.<
Je ne t’oublierai jamais Manu, j’espère que, malgré tout, tu veilles toujours sur moi, ta présence me manque tant, toi qui savais tant me motiver, à coup de pied au derrière s’il le fallait, toi qui a toujours été là pour moi, toi qui m’a tellement fait rire, mais je te le promets, un jour, on se retrouvera...
Maintenant, mon silence est mérité, je pars continuer mon chemin vers mes hélicos en pensant toujours à toi. Je trace ma route toujours dans mon monde, dont tu fais partie, il y aura tant de bons moments à vivre encore, et je sais que tu seras toujours présent dans ces moments féeriques.
Cet après-midi, quand je serai à BTZ Hélicoptères, sous le rotor de mon petit Écureuil, c’est à toi que je penserai tout là-haut, les yeux fixés vers le ciel. Tu me manques Manu...

* RHC : Régiment d’Hélicoptères de Combat
** Manu : Un ami, complice, très proche de Chouchi, trop tôt disparu...

Commenter cet article Répondre à cet article