Le drame du Pilier du Frêney au Mont Blanc

Mercredi 10 août 2016, par Papycoptere // Jean-Marie Potelle

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Les 15 et 16 juillet 1961 s’est déroulée à Courmayeur (versant italien du Mont Blanc) une opération de secours en montagne. Article du journal relatant le drame - Photo DR Une cordée de sept alpinistes composée de quatre Français et de trois Italiens était en difficulté dans le col de Peuterey.
L’hélicoptère de la Gendarmerie de la 8ème région militaire, alerté à la fin de l’après-midi du 15 juillet alors qu’il se trouvait en mission de police de la circulation dans le secteur Grenoble – Chambéry, décollait à 19 h 30 de Bron à destination de Courmayeur. L’équipage était composé du lieutenant Didier Potelle, du maréchal des logis-chef Jean Ladhuie, pilotes et du gendarme Yves Floch, mécanicien. Vers 21 heures, l’Alouette II F-MJAW se posait de nuit et au phare sur le parking de Courmayeur qui servait de DZ.
L'Alouette II de la Gendarmerie F-MJAW en approche - Photo DRL’équipage recevait les renseignements suivants : Les alpinistes en difficulté auraient été entendus dans le glacier du Frêney. Le guide français Gaston Rebuffat devait arriver dans la nuit avec du matériel spécial destiné à faciliter la survie des rescapés éventuels du drame.
L’hélicoptère se rendrait le plus tôt possible le lendemain matin afin de larguer, après reconnaissance, ce matériel spécial aux alpinistes. Arrivée de l'Alouette II F-MJAW pilotée par le lieutenant Didier Potelle - Photo DR La météo étant défavorable, le vent soufflant en altitude en rafales à 100 km/h et le plafond étant à peu près à l’altitude du Refuge Gamba (2600 m), il était décidé que l’opération serait entreprise dès le lever du jour avant que le vent n’ait pas le temps de forcer.

À 5 heures du matin, l’équipage se trouvait sur la DZ ; prêt, le maréchal des logis-chef Jean Ladhuie décollait lorsqu’un guide italien redescendu de la cabane Gamba annonçait que Walter Bonatti, Roberto Gallieni et Pierre Kolhmann (mort) avaient rejoint le refuge. Les autres membres, Andrea Oggioni (mort), Pierre Mazeaud et Robert Guillaume (mort) se trouvaient dans le glacier du Frêney, enfin le français Antoine Vieille (mort) avait été laissé au col de Peuterey.
Les rescapés sont évacués grâce à l'Alouette II de la Gendarmerie F-MJAW - Photo DRLe plan de l’opération était alors modifié et Gaston Rebuffat décidait de monter au refuge afin d’obtenir des renseignements complémentaires.
Le commandant de section aux commandes de l’hélicoptère y déposait Rebuffat après trois tentatives d’approche infructueuses. Le vent avait déjà une forte intensité et la turbulence était impressionnante aux alentours du refuge qui se trouvait dans un espèce de cirque entre deux arêtes. L’hélicoptère passait d’un plan sur l’autre et était très difficile à stabiliser. La DZ du refuge, en pente, ne permettait de poser qu’un patin et il fallait maintenir l’appareil en équilibre.
À la quatrième tentative, l’hélicoptère était stabilisé à quelques centimètres du sol et Rebuffat sautait. Le pilote redécolla et se mit en attente pour attendre le retour du guide.
Après dix minutes, il sortait du refuge et faisait les signaux convenus. L’hélicoptère revenait et les guides chargeaient à son bord le corps de Pierre Kolhmann. Rebuffat redescendait également où des dispositions étaient prises par le commandant Courbe-Michollet, Chef des Opérations pour le personnel français, en vue du déroulement des phases suivantes.

Retrouvailles émouvantes - Photo DRPendant ce temps, les guides de la caravane de secours ramenaient Pierre Mazeaud très fatigué, mais vivant à Gamba ainsi que le corps d’Oggioni. Le lieutenant Potelle reprenait l’air et ramenait Mazeaud et Oggioni en quinze minutes.
Ladhuie prit à son tour les commandes et remontait au refuge avec Rebuffat et Burnet ainsi que du matériel de secours. La météo devenait très mauvaise, le plafond baissait et la brume commençait à envahir la DZ. Chaque approche devenait plus difficile et les pilotes devaient traverser la brume, n’apercevant la DZ qu’à quinze mètres. De plus, la neige tombait, ce qui ne facilitait pas les choses. Les rotations continuaient à raison d’une toutes les 15 à 18 minutes. Bonatti et Gallieni, puis le médecin de la caravane, furent redescendus.

Un sauveteur soutient un des rescapés - Photo DRÀ 9 heures, après huit rotations, tout était terminé. À 11 heures, le corps de Robert Guillaume ayant été redescendu au Refuge, Ladhuie tentait une nouvelle approche et réussissait à le ramener.

Pendant ce temps-là, à la clinique de Courmayeur, des soins efficaces étaient prodigués à Mazeaud pour lui permettre de supporter un voyage en hélicoptère.
Il avait été décidé que l’hélicoptère le transporterait à l’Hôpital Saint-Luc à Lyon si la météo le permettait, sinon à l’hôpital de Turin.

À 14 heures, la JAW reprenait l’air pilotée par le commandant de section avec à bord Jean Ladhuie qui surveillait le blessé. Familles et badauds sur le parking de Courmayeur qui sert de DZ - Photo DRAu Col du Petit Saint-Bernard (2100 m), le plafond était bas et l’appareil ne passait qu’à 15, 20 m du sol.
À 15 h 20, Mazeaud était déposé sur la DZ de l’Hôpital Saint-Luc après un voyage pendant lequel il avait constamment dormi (une piqûre de tranquillisant lui avait été injectée).
Ce qui a marqué cette opération, c’est la rapidité de l’intervention, malgré des conditions météorologiques particulièrement difficiles. En effet, JAW s’est posée le 15 juillet à 21 heures et à 9 heures le lendemain, lorsque les premiers curieux sont venus à la DZ, tout était fini.

Pour cette opération, le lieutenant Didier Potelle et le maréchal des logis-chef Jean Ladhuie reçurent la médaille de la Gendarmerie à Chamonix pendant la Fête des Guides.

Extrait du film "Les conquérants de l’impossible - Bonatti" de Bernard Choquet - 1987

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1 Message

  • Le drame du Pilier du Frêney au Mont Blanc 11 août 2016 17:10, par DELAFOSSE

    C’est avec des secours comme celui-là que l’Alouette II et ses équipages ont commencé à démontrer et à prouver la plein efficacité de l’hélicoptère au sein du secours en montagne, en apportant un moyen nouveau que l’on ne quittera plus...

    repondre message