Il était une fois... la "DZ des Bois" de CHAMONIX

De 1983 à 1995

Vendredi 10 mars 2017, par Francis // Francis Delafosse

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La toute première cabane de la DZ des bois en 1983 - Photo DR collection Francis DelafosseEn ce dernier jour du mois de juin 1983, je prends place à bord de l’hélicoptère Alouette III de la Base Sécurité civile d’Annecy au côté de son Chef, Roger Colin. Nous décollons vers le massif du Mont-Blanc pour effectuer une reconnaissance aérienne, destinée tout d’abord à me faire découvrir ce secteur, suite à mon arrivée en Haute-Savoie. Puis, nous resterons sur Chamonix pour toute la durée de la semaine à la disposition du secours en montagne en relève de l’Alouette III Bravo Lima (F-MJBL) de la Gendarmerie de Megève.
L'équipage Colin/Delafosse à bord de l'Alouette III sur la DZ des Bois à Chamonix, années 80 - Photo DR collection Francis DelafosseTrès vite au loin, j’aperçois ce fameux sommet, ce toit de l’Europe, ce célèbre domaine mythique dont j’avais tant entendu parler. N’était-ce pas un peu présomptueux de ma part d’avoir accepté ma mutation ici ? Moi qui ignore quasiment tout de la montagne.
Mais maintenant, plus question d’hésitation ou de recul possible, cette fois, j’y suis…
Bénéficiant d’une météo qualifiée de "grand beau", le spectacle est sublime, je n’avais jamais rien vu de semblable, bien loin de mes vols effectués dans le passé sur l’horizon rectiligne de l’océan et les vastes étendues de dunes et forêts de l’Aquitaine. Bien loin également des survols de mon plat pays natal, à peine rehaussé par deux ou trois collines et quelques terrils sur le bassin minier.
A notre approche du massif alpin, apparaissant au loin comme un décor de maquette sorti des nuages, tout se précise peu à peu. Je pénètre aussitôt dans une troisième dimension de beauté, face aux reliefs de rocher et de glace, sculptés dans les neiges éternelles.
En approche sur la Vallée Blanche dans le massif du Mont-Blanc - Photo DR collection Francis DelafosseFinis les vols à l’horizontal, ici c’est du vrai travail de vol en montagne dont il s’agit. On monte en pleine puissance et on évolue le long des crêtes d’où s’agrippent çà et là quelques splendides épaisseurs de congères. Nous chutons ensuite brutalement de plusieurs centaines de mètres dans une impressionnante descente en autorotation pour nous laisser à nouveau emporter au gré des vents ascendants. Le tout, sous les yeux des "choucas", ces rares volatiles d’altitude qui sans le vouloir nous guident dans nos évolutions. Puis, cerise sur le gâteau, après plusieurs minutes de vol en montée, voilà notre Alouette rouge posée au sommet de ce majestueux Mont Blanc que tant de cinéastes et de photographes choisissent pour exprimer leurs talents.
Roger, le pilote, me jette un regard de temps à autre, épiant d’un œil amusé mon comportement. Je le devine heureux et fier de me faire découvrir ce massif, un peu comme si tout ce "terrain de jeu" lui appartenait. Il s’applique à me désigner un par un, les divers endroits visités. En direction du sommet du Mont Blanc - Photo DR collection Francis Delafosse Mais comment vais-je me souvenir de tous ces noms bizarres donnés aux sommets, et aux parois vertigineuses qui s’offrent encore à nous, après plus d’une heure de vol ?
Quelque peu saoulé par le côté spectaculaire de cette nature céleste et sauvage, qui n’a pour toute référence humaine que quelques rares constructions de refuges judicieusement implantées çà et là, notre vol se termine. Le moteur s’arrête lentement dans son sifflement en decrescendo caractéristique et tout redevient silencieux sur cet endroit où, pour la toute première fois, je pose le pied : "La DZ des Bois".

Au premier coup d’œil, tout me parait rustique et rudimentaire, un hangar en béton à peine bordé de quelques rochers pour ne pas trop trahir l’environnement, une simple cabane en bois, un revêtement minimum de bitume au sol et, grand luxe, installée depuis peu, une soute à carburant. A l'intérieur de l'Alouette III avec en arrière-plan le Mont Blanc - Photo collection Francis Delafosse Il n’y a pas si longtemps encore, mes collègues effectuaient les pleins de l’hélico avec des fûts. Malgré tout, cela est assez loin de l’idée que je me faisais d’une infrastructure digne du travail effectué ici et reconnu par tous en matière de secours.

Le lendemain matin, après une nuit un peu agitée, mes pensées s’évanouissent encore dans les merveilleux vols de la veille. Depuis plusieurs années déjà, tous les équipages hélicoptère du secours sont hébergés ici à l’Ecole Nationale de Ski et d’Alpinisme.
Levé plus tôt que prévu, impatient mais un peu anxieux de vivre ce premier jour d’alerte, je me présente comme convenu dans la salle à manger des professeurs pour prendre le petit déjeuner. Une seule personne se trouvait là présente en bout de table. Mon plateau dans les mains, spontanément je m’installe à ses côtés et après une brève salutation, nous bavardons de choses et d’autres comme de vieux amis.
Le personnage m’est pourtant totalement inconnu et je devais apprendre peu de temps après, qu’il s’agissait en fait du célèbre alpiniste Gaston Rebuffat.
Ignorant tout de la vallée de Chamonix, qu’avais-je bien pu lui raconter ? S’il s’en était rendu compte, à aucun moment, il ne s’était permis de me le faire remarquer… ce doit être ça aussi, la grande classe des "Seigneurs de la montagne".

Equipage Romet/Delafosse en Alouette III au-dessus des séracs - Photo André Fatras - collection Francis DelafosseQuelques jours plus tard, à l’aube de ce samedi 9 juillet, un terrible drame engendré par la chute d’un sérac à l’Aiguille du Chardonnet, va endeuiller la vallée. Réveillés aussitôt, en équipage avec René Romet, nous nous rendons à la DZ où deux sauveteurs du PGHM nous attendent pour être embarqués et déposés sur les lieux.
Arrivés à proximité du lieu du drame, très vite, nous apercevons un groupe de personnes totalement désemparées. Dans sa chute, le sérac a emmené une quinzaine d’entre elles. Certaines, toujours en partie recouvertes par la neige, demeurent immobiles, d’autres sont blessées et n’attendent que les secours. Quatre heures de vol au total nous seront nécessaires pour effectuer cette intervention.
Dans un premier temps, les blessés sont embarqués à bord de notre Alouette pour être descendus en priorité sur la DZ des Bois. Au cours de l’une de nos rotations, quatre rescapés valides montent à bord. Assis en position treuilliste, je leurs fais face, leurs yeux sont hagards et un peu rougis. Soudain, l’un d’eux se met à sangloter les mains tremblantes sur le visage, il semble au bord de la crise de nerfs. Si la situation dégénère, je me retrouve seul et certainement incapable de maîtriser tout ce petit monde. Quelle imprudence de les avoir installés à bord tous ensemble sans être accompagné d’un sauveteur ou deux et je calcule le temps qu’il nous reste pour arriver sur la DZ et les débarquer enfin.
Récupération d'un corps dans un sac - Photo DR collection Francis DelafosseNous poursuivons ensuite nos allers-retours pour la récupération des corps. Un par un, ils sont glissés à l’intérieur d’une toile de jute, fermée par une simple corde de chanvre, qui ne sont pas sans me rappeler les sacs à patates ou de charbon de mon enfance. Embarqués l’un après l’autre à bord de l’hélico, nous les descendons à la DZ. Puis, déchargés au sol, ils sont déposés au fond du hangar sans ménagement particulier, un peu comme si cela était pratiqué d’une manière habituelle. Un gros véhicule tout-terrain des Pompiers viendra plus tard les récupérer pour les emporter à la morgue.
Les protocoles, les rituels, les représentations religieuses, tout cela c’est pour la ville, ici sur cette DZ, apparemment, nous sommes encore comme à l’arrière-plan d’un champ de bataille.

Après leur descente de l’hélicoptère, certains survivants de l’avalanche restent assis immobiles, prostrés, d’autres font les cents pas, dans l’attente du véhicule des Sapeurs-pompiers qui les ramènera en ville. Pour nous aussi, l’ambiance sera plombée pour le reste de la journée. Puis arrivent les autorités toujours plus nombreuses parait-il, en fonction de l’importance des évènements, tout comme les journalistes, avides d’informations pour leur journal du lendemain. C’est cela aussi la DZ des Bois, et je viens de vivre là, mon premier gros drame de la montagne.

Malgré tout, cette première semaine de secours effectuée dans cette vallée de Chamonix avait été riche d’enseignement et de réussite par le nombre de personnes secourues et la particularité des hélitreuillages effectués. La "pêche" avait été très fructueuse et je pouvais m’en retourner sur Annecy, satisfait et heureux, en espérant qu’il en soit de même de la part de tous à mon égard… moi la toute dernière recrue Sécurité civile de la DZ des Bois.

Avant mon arrivée dans ce "nouveau monde", j’ai connu par ailleurs les débuts de la médicalisation héliportée et la création des SAMU, expérimentée parfois avec abus et j’imagine qu’ici aussi, je vais certainement connaître bientôt beaucoup d’évolutions.

Les deux Alouette III (Sécurité civile F-ZBDM et Gendarmerie F-MJBN) dévolues au secours en montagne chamoniard stationnées sur la DZ des Bois fin des années 80 (1988 ?) - Photo DR collection Maison de la Montagne de ChamonixCe nom de DZ, (Initiales de Dropping Zone, utilisées à l’origine pour les parachutistes) déjà prononcé et entendu mille fois, fait partie intégrante du vocabulaire chamoniard depuis l’intégration systématique de l’hélicoptère au cœur des missions de secours. En effet, depuis plus de quinze ans déjà, notre hélicoptère est installé ici pour la durée de la semaine en alternance avec celui de la Gendarmerie.
Même si nos "Alouette" furent difficilement acceptées à leur arrivée dans la vallée au début des années soixante, on leur découvrira petit à petit plusieurs avantages. Tout en gagnant un temps précieux pour l’approche des sauveteurs sur zone, l’hélicoptère facilite également les recherches et les reconnaissances, sans oublier un côté irremplaçable pour le transport de matériels.
Par la suite, son plus grand atout, son exclusivité même, fut sans conteste, sa possibilité de pouvoir effectuer des treuillages au plus près des victimes en assurant de surcroît leurs récupérations en civière hélitreuillable si nécessaire.

Après plusieurs séjours effectués alternativement à la Base d’Annecy, ma première saison d’été chamoniarde se termine et j’aurai participé ici, à plus d’une soixantaine de secours et effectué plus de deux cents treuillages y compris de nuit. Je viens de découvrir en grandeur réelle ce qui justifie la réputation de l’activité du secours en haute montagne pendant la période estivale.
Très impressionné dans le passé par le dévouement des sauveteurs-plongeurs en mer, ce que je découvre ici par l’action des sauveteurs du PGHM dépasse encore mon admiration.
Blottis, accrochés à la paroi, le regard sur nos évolutions, certains nous déclaraient, combien ils s’effrayaient de nous savoir dans cet hélico ballotté à tous vents, effleurant les rochers pour tenter de les hélitreuiller. Ils ignoraient que malgré tout, je n’imagine pas un instant échanger ma place avec la leur.
Une grosse injustice à leur égard, me viendra régulièrement à l’esprit, en constatant en effet qu’au fil du temps, ce sera toujours les plus anciens dans l’exercice de cette vocation dangereuse (pour laquelle le contribuable nous paie) qui en fait, demeureront les moins gradés. N’est-il pas préférable de s’assurer une petite carrière personnelle évolutive, que de s’investir continuellement face aux risques pour secourir la population ? La question se posera également pour moi et sans cesse, je ne pourrai m’empêcher d’y réfléchir, même si la passion demeurera plus forte que la raison…

Le 22 juillet 1983, assis sur un vieux banc accolé à notre cabane, j’assiste en direct à un éboulement provoquant Eboulement dans les Drus le 22 juillet 1983 - Photo DR collection Francis Delafosseun énorme nuage de poussière sur toute la face ouest des "Drus". Les appels au secours ne se font pas attendre et plusieurs sauveteurs du PGHM sont déposés pour intervenir auprès des gens surpris dans les voies.
Très vite, de nombreux responsables du secours arrivent les uns après les autres à la DZ. Ils s’installent comme ils le peuvent à l’intérieur de notre petite cabane pour former une réunion de cellule de crise, afin de se concerter sur la conduite à tenir. En effet, l’un des gendarmes-sauveteurs Jean Pouzet que nous venions juste de déposer s’est blessé et nous demande par radio de ne plus nous approcher de la paroi, car de nouvelles chutes de pierres viennent de se produire. La décision d’intervenir est en suspens, il nous faut attendre encore. Une nouvelle tentative sera effectuée plus tard et tout le monde sera secouru. C’est la première fois que je me trouve face au danger que représentent ces chutes de pierres et ce n’est pas sans atténuer mon enthousiasme. Equipage de l'Alouette Gendarmerie F-MJBL de Megève avec Gilbert Lebon et Didier Espéron sur la DZ des Bois en 1988 - Photo DR collection Didier EspéronEn effet, positionnés en stationnaire près des parois, le temps d’effectuer nos manœuvres d’hélitreuillage, nous sommes à ce moment précis dangereusement exposés. Et comme le disait le pilote de l’Alouette de la gendarmerie Gilbert Lebon : « Je veux bien faire face au danger mais je déteste me faire tirer dans le dos... ».

Un collègue plus ancien me racontait également, qu’il avait déjà ressenti en plein vol, le choc d’une pierre rebondissant à l’horizontale par ricochet pour venir briser le plexiglas de la porte. Nous savons tous qu’un simple caillou percutant nos pales peut causer des dégâts très importants mettant en jeu notre sécurité d’une manière imparable. D’où notre effroi en voyant passer devant nous des blocs de pierre gros comme des camions et de les voir se fracasser au sol comme des obus dans un nuage d’éclats et de poussière.
Au-delà de tout problème mécanique, c’est le danger principal qui guette les équipages hélicoptère du secours en haute montagne, lié aux risques de perte de puissance et aux soucis qu’engendre la mauvaise météo. Comme l’arrivée furtive d’un nuage, qui en quelques secondes peut "couper" le câble et notre liaison visuelle avec la personne hélitreuillée. Ou pire encore, envelopper l’appareil, obligeant le pilote à dégager brutalement pour ne pas perdre ses références au détriment d’une éventuelle personne toujours suspendue en bout de câble.
Nous entraidant mutuellement au besoin sur le plan technique, notre complicité avec les équipages hélicoptère de la Gendarmerie de Megève était parfaite et il n’était pas rare de nous voir évoluer ensemble sur les secours les plus longs, les plus dangereux et les plus difficiles.
Depuis l'Alouette III F-ZBAV desccente d'une blessée aidée du Capitaine Host et Francis Delafosse sur la DZ des Bois en été 1984 - Photo DR collection Francis DelafosseDès lors, je commence à me rendre compte qu’ici tout ne sera pas facile aussi, j’apprécie l’initiative du Capitaine Host, Commandant du PGHM de nous avoir proposé à une décoration pour cette intervention dans les Drus. Voilà déjà une dizaine d’années que je m’investis dans le domaine du secours héliporté ailleurs en France et c’est là, ma première véritable proposition.
Il est vrai qu’après de nombreuses missions effectuées dans le passé au service du secours en mer, on m’avait pressenti pour le Mérite Maritime, mais âgé à ce moment-là d’une vingtaine d’années, cela présentait un obstacle. La jeunesse est-elle préjudiciable à la reconnaissance ? Cependant, comme je le disais en plaisantant à l’un de mes collègues, au sujet de ce refus : « Avec tous les secours que j’effectue maintenant sur la Mer de Glace, j’ai peut-être encore quelques chances ! ».
Cela demeure paraît-il, un type de récompenses qu’il vaut mieux accepter pour atténuer la sévérité des décisions prises par une administration toujours susceptible de sanctionner les erreurs ou les fautes commises, quelques soient les difficultés rencontrées.

En 1984, sous la responsabilité du médecin-chef Anesthésiste de l’hôpital, nous avons composé une petite équipe de sauveteurs pompiers et gendarmes de Chamonix, en vue de nous préparer au diplôme de Moniteur de secouriste. L'intérieur de l'Alouette III avec en arrière-plan la cabane - Photo DR collection Francis Delafosse Sans obligation aucune, je me suis joint à eux par curiosité personnelle. L’occasion m’est donnée de relever quelques contradictions par rapport à la formation officielle avec la réalité du terrain. Et je ne me prive pas de le faire savoir, exemples à l’appui, auprès du jury d’examen habilité par la Préfecture. Je dénonce aussi le fait que le secourisme destiné principalement au grand public se doit d’être davantage considéré comme du bon sens gestuel et comportemental plutôt qu’une science paramédicale stricte et rigoureuse un jour, puis sans cesse revue et corrigée les années suivantes.
Suscitant évidemment, surprise et étonnement, cela ne m’a néanmoins porté aucun préjudice. Sans grosses illusions, j’espérai de surcroît que certaines de ces remarques puissent être retransmises à la Commission Nationale de Secourisme en charge de cette formation.

Intervenant sur un accident multiple dans une voie du massif des Drus, le sauveteur à peine déposé au treuil sur place me demande par radio l’hélitreuillage du corps de l’une des victimes présentes. Sans ménagement particulier, je remonte ce corps inerte et disloqué jusqu’au niveau de notre cabine. Quel ne fut pas mon effroi quand, au moment de le saisir pour le basculer à bord, la tête se tourne vers moi avec un regard bien expressif : « Bon sang, mais il n’est pas mort ! ». Certainement cassé de partout, je n’ose plus en faire davantage. Je maintiens donc le jeune homme tel quel au crochet du treuil et je propose au pilote de le descendre ainsi, jusqu’à la verticale de la DZ. Nous demandons par radio, la présence de plusieurs personnes sur place pour le réceptionner dès notre arrivée sur la DZ. Sous l’hélico maintenu en stationnaire, tout un petit monde se tient prêt à l’accueillir. Guidant le pilote lentement en descente, je parviens à le déposer délicatement entre de bonnes mains.
Je serai un peu déçu par la suite, d’apprendre que cet alpiniste à peine âgé de vingt-huit ans, d’origine suisse, sera effectivement déclaré tétraplégique par le milieu médical pour le restant de ses jours.

Un beau matin, après deux jours de très mauvais temps, nous décollons avec deux sauveteurs équipés chacun d’une pelle à neige. Un homme est porté disparu dans une crevasse de la Vallée Blanche et après toute cette période de tempête, aucun secours n’avait pu être effectué.
Avec un peu de chance, en dégageant la neige, les sauveteurs espèrent retrouver et récupérer son corps. Après quelques pelletées, ils constatent avec stupéfaction que le randonneur, certainement réfugié dans une poche d’air a survécu. Sorti de son trou de glace en relative bonne forme et déposé à la DZ, Moment de convivialité avec de G à D : Dominique Marro, René Romet, Roland Boutard, Jean-Pierre Schuller et Francis Delafosse - Photo DR collection Francis Delafosse le jeune homme n’a qu’une seule envie, courir vers notre cabane, couverture sur le dos, pour se jeter sur le téléphone et prévenir aussitôt ses parents aux Pays-Bas. Pour nous, assister à une telle scène nous console de bien d’autres spectacles moins réjouissants. Malheureusement, nous apprendrons six mois plus tard que ce jeune hollandais décédera dans les Pyrénées, emporté par une avalanche.

Assis sur les marches, à l’entrée de la cabane, il nous arrivait souvent de discuter entre nous, de nos petits problèmes. Commenter les directives prises par nos hiérarchies respectives, échanger des points de vue sur les risques encourus et les limites de nos engagements, tout cela pouvait se présenter très enrichissant.

« Qu’en penses-tu ?  » demandai-je un jour de juillet 1992 au sauveteur du PGHM Luc Karleskind resté un peu en retrait de l’une de ces discussions.

« Oh moi, je fais ce qu’il y a à faire, mais je ne suis pas un héros » répond-t-il humblement.
Quelques heures plus tard, au fond d’une crevasse, il décédait… Après être descendu le premier pour venir en aide à une victime, tous les deux se sont retrouvés engloutis par une inévitable et meurtrière coulée de neige.
Pour sa famille, pour ses enfants et pour nous tous, héros il s’ignorait, héros il était, héros il restera…

Après cette tragédie, nous avons imposé notre souhait d’effectuer des hélitreuillages directs au cœur même des crevasses. Treuillage direct en crevasse depuis l'Alouette III de la Sécurité civile - Photo © Francis DelafosseCela pouvait se dévoiler plus rapide et plus sécurisant pour tout le monde, surtout lorsque les personnes à hélitreuiller demeurent en vue du treuilliste. Ce qui n’est pas toujours le cas, faute de quoi, il est encore possible de se faire guider par un sauveteur d’expérience descendu au câble en contact radio permanent. Nous avons eu des réussites avec cette méthode, mais sans l’ébruiter vraiment, pour ne pas courir le risque de nous voir interdire par une réglementation, ce type de manœuvre.
En effet, plus le temps passe, plus diverses consignes officielles, fleurissent çà et là. Nos activités opérationnelles sont loin d’être épargnées, par conséquent, moins il en sera dit, plus il nous sera facile d’offrir aux secours, un maximum d’efficacité en agissant avec une certaine liberté de manœuvre.
Il peut nous arriver d’intervenir exceptionnellement hors du territoire chamoniard, lorsque les autres hélicos du département sont indisponibles ou déjà en mission. Les acteurs du Secours héliporté posent sur la DZ des Bois devant le hangar durant l'été 1983 - Photo © Jean-Claude Stamm collection Francis DelafosseC’est dans cette circonstance que nous avons un jour scandaleusement survolé par deux fois un blessé grave pour respecter à la lettre un protocole d’intervention récemment établi. Peut-on imaginer qu’il nous sera moins reproché de "rater" un secours, plutôt que d’effectuer une entorse à ce type de règlement ? Si la réponse est oui, les investissements humains et financiers dévolus à notre vocation du secours perdent toute leur raison d’être…

Les années passent ainsi que les saisons d’été et d’hiver, chacune me fait connaître encore d’autres surprises et anecdotes. Aucun secours ne semble être le même, tous sont susceptibles de nous faire découvrir, expériences nouvelles et risques nouveaux.

Il y avait toujours deux ou trois sacs de toile de jute pliés et rangés derrière le siège treuilliste, laissant présager en effet qu’il nous faut à chacune de nos missions et quelques soient les informations reçues, nous tenir prêts à leur utilisation.
Mise en place d'un corps dans le panier extérieur de l'Alouette III - Photo DR collection Francis DelafosseAvec le temps, je peux confirmer que l’atmosphère générale du secours en haute montagne n’a rien de comparable avec tout ce que j’avais déjà connu auparavant.
Certaines scènes peuvent me paraître des plus choquantes, mais toujours dans un contexte qui le justifie et je me garde bien de porter le moindre jugement. La première des lois respectées ici, c’est d’abord celle qu’impose cette nature gigantesque et sauvage. Là où l’être humain, sauveteur ou secouru n’est plus qu’un détail insignifiant à qui tout peut arriver d’un moment à l’autre. Alors on s’adapte, on s’empresse, on improvise malgré les conditions du terrain, malgré la météo, on calcule les risques avant tout engagement, on agit au mieux, on approche au plus près des victimes, on intervient au plus vite. Un secours ne sera terminé que lorsque tout le monde sera rentré à la DZ.
Même face aux pénibles missions de récupération des corps, toute action raisonnable même informelle sera tentée à la demande des familles des défunts.
L’exemple me sera fourni ce jour où, après avoir retrouvé le corps d’un alpiniste au fond d’une crevasse, nous sommes obligés de rallonger notre câble de treuil d’une longueur de cinquante mètres de corde. Hélitreuillage d'un corps avec l'Alouette III F-ZBAV - Photo tirée du film de Philippe de Dieuleveult "En limite de Puissance" - Photo collection Francis Delafosse Parvenant difficilement à s’en approcher, le sauveteur ne peut l’attacher que sur un seul pied, avant que l’hélico parvienne à le retirer lentement des entrailles du glacier. Ayant reçu par radio un autre appel de détresse, nous sommes dans l’obligation de le ramener ainsi en pendulaire au plus vite jusqu’à la DZ, tout en choisissant un itinéraire convenable au cas où il se décrocherait. Au cours de notre descente dans la vallée face au vent, les cinquante mètres de corde sous l’Alouette décrivent un arc de cercle parfait. Toujours maintenu par un seul pied, les quatre membres écartés, le corps se retrouve à l’horizontale et avec ses deux bras en mouvement, il semble voler. Ce spectacle à la fois surprenant et irrespectueux m’indispose au plus haut point, mais il en était ainsi… Dieu sait ce que je serai encore amené à voir et à faire ici !
Pour les familles des victimes, la récupération des corps est souvent essentielle. Cela facilite le traitement des formalités administratives, l’acceptation du drame et le travail du deuil. Nous comprenons tout cela, même si ce type d’intervention peut toujours comporter quelques risques imprévus.
Ce jour-là, au pied des "Grandes Jorasses" nous sommes dans l’obligation de maintenir l’appareil en vol stationnaire pour embarquer un corps déjà conditionné dans l’un des sacs de circonstance. Mais compte tenu du terrain accidenté et du poids conséquent de la victime, les deux sauveteurs ne parviennent pas à le hisser au niveau du panier extérieur de l’hélicoptère.
Approche de l'appareil pour embarquement en stationnaire - Photo DR Collection Francis DelafosseToujours rotor tournant, le pilote s’approche au maximum, mais les pales frôlent dangereusement la paroi enneigée. Pressé d’en finir, je me dessangle et me penche à l’extérieur, le pied droit en appui sur le panier. Dans un mouvement de semi-rotation, et aidé des deux sauveteurs, nous parvenons enfin à basculer le corps. Soudain, la pointe d’un fémur brisé, déchire le sac, m’entaille la cheville et perce la paroi métallique de notre appareil à hauteur du réservoir. Jurant de douleur, je demande au pilote de "dégager" de là au plus vite. Enserrant ma cheville des deux mains, je m’économise de tout autre commentaire en jetant de temps à autre un regard à l’extérieur, où fort heureusement, aucune fuite de carburant ne semble se manifester.
Arrivés à la verticale de la DZ, compte tenu que le cadavre de cet alpiniste date déjà de plusieurs jours, mon passage à l’hôpital m’est sérieusement recommandé, surtout pour la mise à jour de mes vaccinations. Après avoir eu auparavant, le gros orteil transpercé au travers du cuir de ma chaussure par les crampons d’une personne secourue, ça commençait à faire un peu beaucoup…
Pour justifier les dégâts causés sur l’appareil, il ne me reste plus qu’à rédiger mon rapport d’incident, sans omettre de joindre les déclarations signées des deux sauveteurs témoins pour faire accepter sans conteste, la véracité de cette histoire auprès de la hiérarchie concernée.

Un autre jour, écrasé par la chute d’un rocher, un randonneur décède avec les deux jambes coincées dessous. Récupération des deux jambes d'un mannequin - Photo DR collection Francis Delafosse Ce jour-là encore, la famille insistera pour récupérer le corps. L’intervention chirurgicale d’un médecin sera nécessaire pour le dégager, et seul le tronc sera récupéré et descendu à la DZ.
Quelque temps plus tard, deux autres corps nous sont signalés dans les séracs du glacier des Bossons. Arrivés sur les lieux, une seule question nous vient à l’esprit : « Que pouvaient bien faire ces deux personnes dans un tel endroit ? ». On imagine de suite qu’il pourrait s’agir de deux "chercheurs d’épaves" très attirés par la récupération de matériels les plus divers consécutifs aux deux accidents d’avion de ligne survenus en 1956 et 1966 en haut du glacier.
La réalité est tout autre... Photo DR collection Francis DelafosseJe descends un sauveteur par treuillage et suite à une première reconnaissance, il nous informe qu’en fait, ce ne sont là que deux mannequins de paille parfaitement équipés, sous une apparence trompeuse évidente. Ils auraient vraisemblablement été abandonnés là, suite à un précédent exercice de secours. Afin d’éviter toute nouvelle confusion, il est décidé de les récupérer un par un, au besoin, en plusieurs morceaux. Décidément rien ne me sera épargné, pas même, ce spectacle burlesque, néanmoins très proche de la réalité de nos visions macabres habituelles. En effet, il n’est pas toujours évident pour nos sauveteurs du PGHM de s’improviser agents des Pompes Funèbres sans préparation ni équipements spécifiques.
Le premier mars 1991, encore quelque peu inexpérimentés, il y en a deux, qui au départ du glacier des Bossons, une fois descendus de l’hélico et après avoir aperçu ce qu’ils allaient devoir ramasser, s’écartent spontanément chacun de leur côté pour expulser d’un même jet, les restes de leur déjeuner avant de se résoudre à effectuer leur sinistre besogne.
Hélitreuillage d'un corps congelé avec l'Alouette III F-ZBBC - Photo DR collection Francis DelafosseEn effet, allongé devant nous, le corps d’une jeune fille littéralement sectionné au niveau de la taille par le martèlement intensif d’une coulée de morceaux de glace, éclabousse les alentours de ses entrailles éparpillées.
Rien d’évident non plus, de récupérer des corps d’alpinistes, entièrement congelés, le piolet enserré dans la main, dans des positions qui, à défaut d’être "redressés" par la force, rendent impossible l’embarquement à bord de l’hélico.
Le soir venu, c’est encore dans la cabane de notre DZ, que de telles journées ne peuvent se terminer sans un "débriefing traditionnel" hérité de nos anciens. Rien de tel en effet, qu’un bon repas improvisé entre sauveteurs et amis pour nous permettre de vider nos mémoires et nos verres en toute modération. Et si, en fin de soirée, nous nous dirigeons vers notre boîte de nuit habituelle, dès notre arrivée, le patron se doutant de l’activité particulière de notre journée, n’hésitera pas un instant à présenter sa bouteille sur le comptoir.
Ne laisser aucun corps à la montagne - Photo © André Fatras collection Francis DelafosseA défaut de tout autre soutien, il nous est indispensable de récupérer psychologiquement d’une manière ou d’une autre, car le lendemain, il nous faudra encore et toujours pour le meilleur ou pour le pire… répondre présent. Et quoiqu’il advienne, parfois même au cours de situations les plus scabreuses, au sol comme en vol, l’humour et les rires s’efforceront de détendre l’atmosphère. Car, comme le dira quelques années plus tard l’un de nos pilotes recruté après toute une carrière militaire : « Ici, si on ne peut pas rire de temps à autre, autant se suicider tout de suite ».

Sur la DZ, quand tout est calme, l’équipage arrive le matin vers huit heures. Sans intervention préalable, pilote et mécanicien restent seuls la journée, disponibles pour toute mission. En cas de besoin, il nous sera éventuellement possible de récupérer un médecin aguerri à la montagne, mais sans certitude. Les sauveteurs arrivent en voiture à la DZ avant de prendre place à bord de l’Alouette juste après le déclenchement d’un secours.
Cela entraîne une perte de temps inévitable et il sera décidé plus tard d’envoyer systématiquement à la DZ deux sauveteurs du PGHM prêts à intervenir. Dans un premier temps, cela ne pourra se faire que pendant les semaines les plus chargées en secours. Dès lors, nous passons la plupart du temps à quatre et cela nous permet de faire plus ample connaissance.

En ce qui concerne l’équipage, les repas du midi, quand cela est possible, sont pris au bar de la patinoire puis, par la suite, ce sera au restaurant du Tennis-club. La radio sous le bras, nous sommes toujours prêts à bondir au moindre appel. Et il n’est pas rare de retrouver notre table inoccupée après un départ précipité, laissant sur place nos assiettes encore fumantes ou à peine entamées.
Nous savons par expérience que dans une demande de secours en montagne, la gravité de l’urgence ne peut se confirmer qu’une fois évaluée sur place. Mais il peut nous arriver d’être volontairement trompés, comme ce randonneur qui a simulé sa détresse et refusé la visite du médecin après notre posé à la DZ, pour ensuite se rendre en courant vers un taxi qui l’attendait juste devant l’entrée.

Il m’est arrivé aussi de me faire insulter après être intervenu trop brutalement sur une alpiniste en perdition au sommet du Mont Blanc. En montée vers le Mont Blanc avec l'équipage Bros/Delafosse - Photo DR collection Francis Delafosse Sa récupération effectuée avec notre hélico en conditions de limite de puissance, ne m’avait pas permis de l’embarquer en toute conformité comme "Madame" l’eût souhaitée.
Ce jour-là, le vent trop défavorable oblige le pilote à effectuer plusieurs tentatives d’approche pour lui venir au secours. Pilote et mécanicien seuls à bord et une réserve de kérosène réduite s’avère alors nécessaire pour alléger l’appareil au maximum avant de tenter une nouvelle approche. Le pilote parvient cette fois à maintenir quelques secondes l’appareil juste devant elle. Penché à l’extérieur, en partie aveuglé par la neige soulevée par le souffle du rotor, je parviens à la saisir par ses vêtements pour la hisser tant bien que mal à bord, un instant seulement avant que l’Alouette ne bascule dans le vide vers le fond de la vallée.
Malheureusement à notre arrivée, la joie de cette réussite fut très vite désenchantée par les vociférations déplaisantes de la chère secourue à mon égard. Ce qui m’amena à constater que dans le secours en haute montagne, les douleurs aux oreilles ne viennent pas seulement de l’effet néfaste de l’altitude. Convaincu de l’avoir soustraite à une mort certaine, je me résigne néanmoins à lui fournir posément les justifications de mon action musclée. Mais ma première envie, je l’avoue, fut de réagir à son encontre... d’une toute autre manière !

Nombreux sont les touristes étrangers de tous pays ainsi secourus gracieusement par nos deux services de secours Sécurité civile et Gendarmerie nationale. Quel ne fut pas notre étonnement au pilote René et moi-même, où, toujours en vol après avoir secouru in-extremis un alpiniste suisse, celui-ci nous présente royalement sous les yeux, une liasse de billets de banque en remerciement de notre action.
Nous nous empressons de lui signaler que chez nous en France les secours sont entièrement gratuits, et sans doute un peu vexés par notre refus, il nous répond dans un accent genevois des plus prononcés :« Ah… vous les français, vous ne vous en sortirez jamais ! ».

Descente vers la DZ des Bois d'un avion Jodel accidenté dans le massif avec le SA 315B Lama de Pascal Brun (CMBH) durant l'été 1984 (voir Portfolio) - Photo © Josée Mermoud-De VéritéC’est ici, dans l’enceinte de cette DZ des Bois, que la plupart du temps vont atterrir toutes les vies brisées, accidentées, meurtries, descendues du massif. Mais seront déposées également les carcasses et vestiges de tous les aéronefs qui furent piégés ou trahis dans ces montagnes, divers hélicoptères mais aussi avions accidentés suite aux exercices de posés sur glacier.
Nous avons pu récupérer dans le glacier des Bossons l’un des moteurs à pistons (neuf cylindres en étoile) de l’avion d’Air India qui nous fut d’ailleurs volé ici même sur la DZ dans la nuit qui a suivi.

Cette DZ, ouverte à tous, c’est aussi un endroit relais pour les refuges de montagne, il n’est pas rare de voir de temps à autre, des colis de conserves et boissons posés à l’entrée de nos locaux, destinés à être embarqués dans notre hélico à l’occasion d’un secours. C’est ce qu’on appelle, la solidarité montagnarde.
Il nous est demandé de transporter également les autorités officielles en charge des visites et contrôles réguliers concernant la sécurité incendie et sanitaire de ces installations.
Les gardiens de refuge sont souvent les premiers à nous prévenir ou à nous guider à la suite des appels au secours. Ils ont le plus souvent, la connaissance du nombre, du niveau et des intentions de ceux qui fréquentent leur secteur et cela nous est d’une utilité remarquable.
Un jour, au retour d’une mission, l’un d’eux nous demande de redescendre à la DZ ses bouteilles de gaz vides. Après un rapide posé sur sa plate-forme, rotor tournant je m’empresse d’installer les bouteilles à bord. A peine avions-nous entamé notre descente vers la vallée, qu’une odeur de butane nous saisit les narines. Je saute aussitôt de mon siège pour ouvrir en grand nos deux portes latérales et revisser à toute vitesse les robinets de chaque bouteille.
Pascal Brun (CMBH) aux commandes de son SA315B Lama F-GIBK - Photo © Philippe RigaEn fait, juste avant d’être embarquées, elles avaient été ouvertes pour être purgées, mais nous sommes arrivés un peu plus tôt que prévu et cela n’avait pu se faire entièrement après leur mise à l’air libre. Depuis nous nous sommes mis d’accord pour prendre le temps d’une vérification avant chaque embarquement de ce type de matériel en l’installant obligatoirement dans notre panier porte-charge extérieur. Tout ce qui a rapport avec l’hélico doit nous faire agir dans un souci de sécurité. Par la suite les gardiens de refuge purent bénéficier des services de l’hélicoptère privé de la société CMBH de Pascal Brun. Par grand vent et à bout de souffle, notre Alouette III pouvait trouver ses limites et il nous arrivait parfois de faire appel à lui avec son appareil LAMA plus puissant, capable d’offrir davantage de possibilités aux secours demandés. A plusieurs reprises, René Romet avait tenté en vain d’obtenir l’achat de ce type d’appareil auprès des autorités de la Sécurité civile, mais celles-ci ont considéré trop rares les nécessités de son utilisation.

Clin d’œil à René ROMET
Un peu comme tout ce qui un jour, parvient à crever l’écran de notre quotidien, René Romet est quelqu’un dont on ne parle pas… on le raconte.
Le pilote René Romet aux commandes de l'Alouette III Dragon 74 de la Sécurité civile - Photo DR collection Francis DelafosseInvité par son jeune frère Maurice en été 1971 au domicile de ses parents, c’est aux commandes d’un hélicoptère BELL 47 G2, s’apprêtant à se poser sur le terrain environnant que je l’aperçus pour la première fois. Et j’étais très loin de l’idée que je partagerai à ses côtés, dans une Base de la Sécurité civile, plus d’une dizaine d’années et des centaines de missions de secours.
La DZ des Bois était un peu comme son "Nid d’aigle", cet espace de liberté quasi-totale au départ duquel, il pouvait exprimer au mieux sa passion du secours, aux commandes de ces fameuses Alouette III rouge, toujours prêt à assurer les missions les plus difficiles et sans cesse plus nombreuses qui s’offrent dans le massif du Mont-Blanc.
Qui mieux que lui, aura su "parrainer" le mieux cet endroit, en l’utilisant pour médiatiser et défendre à la fois notre organisation grâce aux médias et faire connaître ainsi notre travail au grand public. Il restera de ceux qui laisseront pour longtemps les empreintes de leurs pales, dans les turbulences piégeuses des moindres recoins de ce massif alpin.
Sans ignorer la haute valeur de ses collègues pilotes qui, pareils à lui effectuent les mêmes missions, son savoir-faire en matière de pilotage n’appartenait qu’à lui. Après de nombreuses heures de vol effectuées à ses côtés, je reste convaincu d’être à même de le reconnaître les yeux fermés s’il se présente aux commandes.
Toujours dans cette impression d’être en avance d’un temps sur ce qui pourrait bien se passer, pas un instant, il ne subit le comportement de l’appareil, il l’intègre, il le domine, sans cesse, partie intégrante de la masse d’acier en mouvement. René Romet et Henri Cazemajor, deux hommes avec qui tout devient possible - Photo © Jacques Lissajoux collection Francis Delafosse Quand l’occasion se présentait, il n’hésitait jamais à me laisser les commandes, mais, dans la comparaison, très vite cela pouvait me lasser un peu.
Envers nous autres, les mécaniciens qui l’accompagnaient en intervention, il nous faisait pleinement confiance, nous laissant toute initiative dans l’exercice de nos propres fonctions à bord.
L’esprit d’équipage, il l’avait en vol comme au sol sachant spontanément nous faire profiter de ses invitations et de ses relations.
A l’origine de nombreuses initiatives (Reportages filmés et écrits, manifestations diverses, documents et livres), René aura tellement marqué son époque et sa présence aux commandes de l’Alouette rouge de la Sécurité civile dans le paysage Haut-Savoyard, qu’un jour, alors que je venais d’annoncer sa mise à la retraite à l’un de ses vieux amis, ce dernier me répondait spontanément : « Quel dommage, c’était quand même bien utile un hélicoptère pour faire du secours dans notre département ! ».

Admiré par les uns, critiqué par les autres, il demeure néanmoins celui qui rarement laissera indifférent.

1er mars 1991, en équipage avec notre nouveau Chef de Base Patrick Bros, nous quittons la DZ remplacés par nos collègues L'Alouette III F-MJBL Gendarmerie de Megève hiver 83-84 - Photo DRde l’Alouette III Gendarmerie de Megève, pour nous rendre à Annecy aux obsèques de Roger Colin, décédé quelques mois seulement après sa mise à la retraite.
De retour à Chamonix, nous avons profité d’une séance d’entrainement pour hélitreuiller une couronne de fleurs en sa mémoire, au pied de la statue du Christ du Mont Blanc qu’il avait lui-même héliportée le jour de la Fête des Guides le 15 août 1988.

Affectés dans les Bases Hélicoptère de montagne, très peu de pilotes et mécaniciens de la Sécurité civile sont originaires de ces régions. C’est bien sûr mon cas et il m’a bien fallu chausser les skis pour la première fois à plus de trente ans.
Afin de pouvoir le mieux possible nous adapter au terrain et aux conditions de survie, un stage est ainsi organisé chaque année à notre intention au Centre de Formation des CRS de montagne, à Val d’Isère tout d’abord, puis par la suite, à l’ENSA de Chamonix.
Au cours de l’une de ces séances de formation, en descente hors piste dans la Vallée Blanche, piètre skieur ayant malencontreusement quitté les traces de mes prédécesseurs, je me suis retrouvé happé dans l’ouverture d’une crevasse, retenu seulement par les skis et les bâtons que je n’avais pas lâchés. Au moindre débattement, pour tenter de me soulever, je me sentais aspirer dans le vide.
« Ne bouge plus, tu es dans une crevasse ! » s’écrit le Professeur-guide qui nous encadre.
Mal "placé" pour le contredire, il parvient à l’aide d’une corde à me sortir de cette fâcheuse position. Par amour propre peut-être, ma première inquiétude fut d’abord de penser que l’on appelle l’hélicoptère pour me secourir, avant même d’imaginer que j’aurai pu y laisser la vie.

Treize septembre 1992, il m’est demandé d’hélitreuiller un alpiniste délinquant pris en flagrant délit de vol de matériel. J’avoue que de me retrouver en vol avec ce type de personnage n’avait rien de rassurant. Nous faudra-t-il un jour prévoir à la DZ, l’aménagement d’un local sécurisé, histoire de faire patienter ce genre d’individu avant leur remise aux gendarmes de la brigade ?

En hiver 1992, accompagné du pilote Vincent Saffioti, nous nous apprêtons à quitter Annecy pour assumer une nouvelle semaine de permanence hivernale à Chamonix. Equipage Saffioti/Delafosse en mission à bord de l'Alouette III Dragon 74 - Photo DR collection Francis Delafosse A notre arrivée dans la vallée, tout semble froid et obscur. Il avait beaucoup neigé et l’on devinait à peine notre endroit de posé au nord de la ville. Quitter nos familles pour être à la disposition du secours nuit et jour dans ce secteur une semaine durant, n’était pas toujours très réjouissant.
Généralement très bien accueillis, il n’était pas rare en soirée, d’être chaleureusement invités chez l’habitant conscient de notre solitude surtout en période de fêtes. Cette fois, en arrivant sur la DZ, stupéfait, je m’aperçois que rien n’a été déneigé. Une épaisse couche de neige recouvre l’ensemble de nos installations, tout le monde sait pourtant que c’est notre jour d’arrivée. La semaine commençait mal. Je descends de l’appareil en m’enfonçant dans quarante centimètres de poudreuse. J’arrive au niveau de notre cabane en constatant l’absence totale de chauffage et d’électricité. De plus, l’eau courante gelée, avait même rompu une canalisation. C’en était trop, je propose à Vincent de retourner sur Annecy, de rendre compte de la situation et de revenir dans de meilleures conditions.
Nouvellement affecté à la Base, cela n’était pas trop pour lui plaire et il parviendra à me faire changer d’avis me proposant d’offrir ses qualités de bricoleur pour rétablir au plus vite nos conditions d’hébergement. Le lendemain, nous avons passé notre dimanche à jouer les dépanneurs plombiers-électriciens-chauffagistes, somme toute dans la bonne humeur démontrant une fois de plus que l’esprit d’équipe et de camaraderie n’est pas seulement une qualité exclusivement dévolue au travail en vol.

Derrière notre clôture grillagée, une piste de ski de fond longe tout le côté ouest de la DZ, elle très fréquentée par les touristes en période de vacances. Nous les voyons défiler toute la journée, plus ou moins vaillants dans les sillons glacés. L'Alouette III F-ZBBQ se pose à la DZ des Bois bien enneigée durant l'hiver 1984 - Photo DR collection Francis Delafosse Au passage, je me permets d’interpeller discrètement l’un d’entre eux, qui dans le froid intense, s’adonne malgré tout à cette activité, avec un très jeune enfant installé sur le dos.
Peu de temps auparavant, nous avions transporté un petit gamin victime de gelures graves dans les mêmes circonstances, en apprenant plus tard que la médecine ne put lui sauver la vie qu’au prix d’une amputation totale des deux jambes. Bien qu’ayant cité en exemple ce drame au père concerné en prévision du danger encouru, je n’obtiens pour toute réponse qu’une invitation grossière à me mêler de ce qui me regarde... il ne me restait plus qu’à me résoudre à le faire.
Nous sommes toujours disposés à répondre aux appels de détresse de ceux qui engagent leur propre sécurité pour une passion sportive ou autre mais, lorsque l’ignorance voire la bêtise, entraîne vers le malheur, familles et enfants, cela nous est plus difficilement supportable. C’est dans le souvenir d’avoir vu et entendu un père hurler de désespoir et de culpabilité devant le corps inerte de son enfant, que je m’étais permis d’intervenir de la sorte. Cela avait-il été efficace malgré tout ? En tout cas, je ne l’ai jamais revu sur ce parcours !
Hors du massif chamoniard, je serai à trois reprises amené à intervenir pour le sauvetage de groupes entiers de jeunes enfants en perdition. Je n’oublierai jamais ceux que nous avons retrouvés un jour, agrippés sur une paroi rocheuse en bordure de précipice, sous une pluie battante et abandonnés par leurs responsables égarés on ne sait où, en allant chercher du secours.

Le poignardé de la Vallée Blanche allongé sur la civière - Photo DR collection Francis DelafosseAu cours de ma dernière semaine effectuée à Chamonix, il nous est demandé d’intervenir en compagnie d’un médecin pour un skieur victime d’une blessure à l’arme blanche sur la descente de la Vallée Blanche. En chutant en arrière, l’homme s’est retrouvé poignardé entre les deux omoplates après avoir laissé un couteau mal rangé dans son sac à dos. Ce sera ma toute dernière intervention médicalisée à Chamonix.
Puis, prenant fin, cette dernière semaine sera aussi pour moi l’heure du bilan. Malgré mes centaines de secours réalisées, je considère malgré tout que dans ce domaine, c’est moins la quantité que la qualité des interventions qui importe. Le plus remarquable étant l’importance de notre investissement personnel face aux risques encourus.
Treuillage de médecin en blouse et chaussures de ville depuis l'ALouette III F-ZBBS - Photo CamusComme je l’avais pressenti, la médicalisation presque systématique de nos interventions avançait à grands pas. A d’autres endroits du département, certains parmi nous ont connu cette époque où nous étions contraints de déposer en montagne des médecins sortis de l’hôpital en blouse blanche et en chaussures de ville. De nos jours, le problème est toujours de pouvoir recruter des praticiens formés à la Médecine d’Urgence tout en étant à la fois montagnards avertis et non réfractaires aux interventions acrobatiques des hélicoptères.
J’ai eu l’occasion de voir arriver cet idéal à la DZ, en la personne du Dr Manuel Cauchy qui, bien qu’originaire de Normandie, est parvenu à remplir toutes ces conditions.
Dieu sait, si du Mont-Saint-Michel au Mont Blanc, la marche est haute, cela ne l’a pas empêché d’effectuer ici, sur une dizaine d’années, mille et un secours, qu’il sélectionnera pour les raconter dans son livre "Docteur Vertical" publié chez Glénat en 2005.

Août 1984, tournage du film "En limite de Puissance" avec Philippe de Dieuleveult (sur la gauche) supervisant l'embarquement de l'équipe à bord de l'Alouette III F-ZBAV - Photo DR collection Dominique MarroPendant toute cette période de 1983 à 1995, j’ai connu ce bonheur de pouvoir vivre à la DZ des rencontres et des évènements inoubliables.

Durant l’été 1984, fut tourné le fameux film intitulé "En limite de puissance" de Philippe de Dieuleveult.

Au printemps 1985, notre Alouette III est devenue plus efficace après l’échange de son treuil de 25 mètres trop court et trop sensible au froid par un treuil électrique muni d’un câble de 40 mètres.

En octobre 1987, avec l’accord surprenant du Ministère, nous avons été mis à la disposition du cinéaste Bernard Giraudeau pour le tournage de son film "La face de l’Ogre". Cinq heures de vol furent effectuées entre deux ou trois secours, pour le transport des acteurs et leur matériel.

De plus en plus fréquentée, la DZ devient quasiment l’héliport de la vallée. Toute liberté est offerte aux appareils privés pour venir s’avitailler. Nous assistons souvent aux passages des hélicos utilisés au transport des hommes politiques en résidence ou villégiature dans la région. 15 août 1988, hélitreuillage de la statue du Christ du Mont Blanc avec l'Alouette III F-ZBDG de la Sécuité civile pilotée par Roger Colin ; Alouette III F-MJBL de la Gendarmerie, pilotée par Gilbert Lebon, en arrière-plan - Photo © Jacques Lissajoux Ce que nous faisons nous aussi de temps à autre de préférence en dehors des périodes les plus critiques.

Août 1988, hélitreuillage du "Christ du Mont Blanc" sur la dent du Requin. Cet évènement est placé sous la responsabilité de René Romet chargé de l’organisation ; il participe à l’accueil et la réception des autorités en ce jour de la Fête des Guides. Cela fut l’occasion d’accueillir sept hélicoptères sur la DZ des Bois placés sous le contrôle de Jacques Lissajoux.
Hélitreuillée à partir de la Place du Mont Blanc, son envol est effectuée par l’Alouette III de la Sécurité civile avec l’équipage Colin/Delafosse-Rivière, escortée par l’Alouette III de la Gendarmerie et celle du Secours Aérien Français. L'équipe de tournage sur la DZ des Bois pour "La vie au bout des pales" de Christian Brincourt ; reportage diffusé en 1988 - Photo © Jacques Lissajoux Le premier essai de dépose avait été effectué la veille par René et cela nous avait permis de découvrir en vol, le phénomène rotatif de la charge et son instabilité au moment de la pose.

Été 1988, reportage pour TF1 "La vie au bout des pales" de Christian Brincourt qui, en toute amitié avec son équipe, nous rendra régulièrement visite chaque été.

Été 1989 reportage journalistique pour la revue PARIS-MATCH.

Début des années 90, première expérience de réussite d’un secours grâce à l’utilisation des haut-parleurs sur notre Alouette. Survolant un alpiniste blessé au bras, il n’est pas parvenu à se faire comprendre. Nous étions donc sur le point de rentrer à la DZ. Dans le doute et après l’utilisation des haut-parleurs, nous avons eu confirmation de la nécessité de son hélitreuillage.

Reportage pour la revue GEO par André Fatras "Quand les secours tombent du ciel".

De gauche à droite : Patrick Bros (pilote), Régis Michoux (sauveteur PGHM), Gilles Mathé (sauveteur PGHM), Francis Delafosse (mécanicien d'équipage) et le Dr Patrick Patet pose devant l'Alouette III F-ZBDF à Chamonix durant l'été 1991 - Photo André FatrasÉté 1990 : tournage du film pour ARTV Belge "Le monde des hélicoptères".

Septembre 1991 : accident dramatique au sommet du Mont Blanc causant la disparition de notre collègue Patrick Bros et occasionnant de nombreuses blessures graves au mécanicien d’équipage Noël Rivière.

Été 1992 : tournage du film pour ARTV Belge "Les Saint-Bernard de l’air".

Le 11 juillet 1994, nous effectuons pour la première fois un secours en crevasse de nuit sur le glacier d’Argentière mais le phare d’atterrissage de l’Alouette éclaire insuffisamment. Au bout des 40 mètres de câble du treuil, seules les lampes frontales des sauveteurs nous donnent quelques références. Avec l’aide de Robert Petit-Prestoud muni de quelques dispositifs empruntés aux Sapeurs-pompiers, nous avons imaginé et bricolé un système d’éclairage dans le panier extérieur de l’Alouette qui s’était révélé très efficace.

Comment oublier toutes ces petites rencontres d’amis, voire d’anciens secourus, qui René Desmaison discute avec Christophe Profit - Photo DRprofitant de l’ouverture de nos installations sur l’extérieur, nous accordent leur visite au bénéfice de notre plus grand réconfort moral.
Nous aurons aussi la visite des grands de la montagne : Roger Frison-Roche, René Desmaison venu de nombreuses fois pour le tournage de ses films-conférences et Christophe Profit que nous avons secouru sur civière hélitreuillable au décollage des parapentes du Plan de l’Aiguille, le 24 mai 1991. Ancien secouru également, Anselme Baud, le skieur extrême récupéré de justesse par notre hélico tout comme l’arrière-petit-fils de Joseph Vallot, le célèbre alpiniste scientifique le 21 juillet 1994.

Chaque année, sur la DZ, nous avons la visite des élèves-stagiaires de l’E.N.S.A, pour leur transmettre les consignes de sécurité sur l’utilisation de l’hélicoptère dans le cadre de leur formation de guides de haute montagne.

Les 3 Alouette III (Sécurité civile, Gendarmerie et ALAT) stationnées sur la DZ des Bois - Photo DRAgréable rencontre aussi en la personne de Maurice Baquet, le talentueux violoncelliste alpiniste comédien amené un jour à la DZ par son ami James Couttet, champion du monde de descente.

La visite de temps à autres, pour l’avitaillement, des appareils venus de la Base ALAT à Grenoble.

Le jeune Dominique Marro donne un coup de main à Jean-Pierre Schuller, Responsable Mécanicien de la Base, pour lentretien de l'Alouette III F-ZBBP durant l'été 1984 - Photo DR collection Dominique MarroEnfant du pays, issu du village voisin, c’est dès l’école primaire que Dominique Marro découvre la DZ des Bois et les hélicoptères. Pendant des années, il ne peut s’empêcher de venir observer tout ce qui s’y passe. Il finit par nous rendre visite tous les jours dès 1982 d’autant qu’une équipe de télévision japonaise tournait un reportage sur la DZ.
Rien d’étonnant en effet, Gilbert Mezureux, notre ancien Responsable Mécanicien Pilote privé, l’emmène effectuer un baptême de l’air sur l’Alouette II de l’Aéroclub d’Annecy. Toujours prêt à se rendre utile et à participer aux travaux d’entretien et de maintenance de l’Alouette III rouge, les visites de Dominique à la DZ se poursuivront jusqu’en 1992. Bien qu’ayant effectué de conséquentes études supérieures, il revient à sa première passion héritée de cette enfance passée à la DZ des Bois et prendra lui aussi, comme professionnel, les commandes d’un hélicoptère.

En été 1994, nous recevons dans nos locaux, Anne Sauvy, une alpiniste et romancière écrivain, qui après autorisation, souhaite vivre en direct nos activités professionnelles journalières. Cela se fera tout d’abord en repérage, puis à temps plein pendant tout l’été 1997, que je ne connaîtrais pas, car depuis quelques temps, j’ai rejoint la Base de Grenoble.
Un magnifique projet se concrétise pour elle, celui de rédiger un livre sur tout ce qu’elle a pu vivre au côté des équipages et sauveteurs à la DZ. Réédition du livre "Les Compagnons de l'Alouette" aux éditions Arthaud - Photo DR Ayant bien failli ne jamais voir le jour après le décès accidentel en montagne de l’un d’eux, le sauveteur-guide Régis Michoud, ce livre remarquable, de plus de cinq cents pages, intitulé "Secours en montagne : Chronique d’un été" sera finalement réalisé et édité chez Arthaud en 1998.

L’un de nos grands anciens Gabriel Montmasson, véritable pionnier du Groupement Hélicoptère, parmi "Les compagnons de l’Alouette" qui, les premiers, ont coupé ici les arbres pour agrandir cette zone de posés, ne manque jamais l’occasion de nous rendre visite de temps à autre. J’ai pu l’accueillir un jour à son arrivée sur la DZ en le présentant pour la première fois à un jeune collègue nouvellement affecté, juste avant que ce dernier, ne s’adresse à lui pour justifier sa présence auprès de notre Alouette.
Connaissant le caractère bien trempé de notre "Gaby" national, je fus soulagé d’avoir évité de peu, un incident quasi-inévitable, en me promettant de ne jamais m’exposer dans l’avenir à pareille situation.
Aujourd’hui, compte tenu du fait que dans la vie, la roue tourne et que je commence à en connaître un rayon, Patricia Delafosse en vol au chevet d'un blessé à bord de l'Alouette III de la Sécurité civile - Photo Francis Delafosse je veille sans cesse à ce que mon passé ne devienne pas un port d’attache mais un phare… comme le dit si bien le proverbe russe.
C’est pourquoi, après plus de vingt années, je ne suis toujours pas retourné à Chamonix pour redécouvrir ces lieux.
Et pourtant, même complètement réaménagé, revoir cet endroit, accompagné de la mère de mes trois enfants, dans le souvenir des secours que nous avons effectués ensemble, ne me laisserait pas indifférent.
Mais en dehors d’une visite organisée à l’occasion des traditionnelles "Journées Portes Ouvertes", je n’imagine pas un instant me présenter un jour devant l’entrée de ces nouvelles installations, les yeux embués d’émotion, en risquant d’être interpellé par l’un de mes jeunes successeurs, qui s’écrirait maladroitement : « Faut pas rester là M’sieur… ici, y a rien à voir ! ».

Historique de la DZ des Bois
Créée en 1964, la Base Hélicoptère de la Protection civile d’Annecy (devenue Sécurité civile en 1975) sera, dès son implantation, sollicitée pour répondre tout d’abord au côté pratique et rapide des déposes et transports les plus divers. Progressivement, elle va s’inclure dans les plans de secours en montagne du massif du Mont-Blanc. Mais l’utilisation de cet appareil vient perturber quelques vieux principes et habitudes. Il est bruyant et reste encore un engin dangereux dans l’esprit des montagnards. Le secours dramatique des deux jeunes alpinistes Vincendon et Henry est encore bien présent dans les mémoires.

Très vite, un détachement saisonnier alternant hélicoptères Protection civile et Gendarmerie été/hiver se crée sur la commune de Chamonix. L'Alouette II F-ZBAE de la Protection civile avec Francis Riera et Robert Petit-Prestoud sur la Place du Marché à Chamonix, fin des années 60 - Photo DR collection Francis Delafosse Ils se posent tout d’abord çà et là modifiant sans cesse leurs points de stationnement afin de ne pas perturber les mêmes riverains. Le plus souvent, ce sera à la Patinoire ou sur la Place du Marché face aux appartements loués par le PGHM. Un beau matin ayant passé la nuit sur place, l’équipage retrouve son Alouette II " prisonnière", au beau milieu des étals du marché. Quelques tendeurs d’auvents ont même trouvé leurs fixations sur le train d’atterrissage.
Quelquefois sollicité pour le côté pratique des déposes de sauveteurs et le transport des victimes ou rescapés, il est équipé d’un treuil de sauvetage, mais son utilisation opérationnelle n’est pas encore "autorisée". Il est arrivé qu’un équipage soit obligé de déposer des victimes décédées à la lisière du bois en attendant leur récupération par le service local très modeste des pompes funèbres. Les corps ne sont récupérés en montagne que si cela ne présente pas de danger pour les sauveteurs. L’hélicoptère apportera une assistance évidente dans ce domaine surtout quand on se décidera enfin à utiliser le treuil. Tout le secours en montagne sera bouleversé après l’arrivée de l’Alouette III et l’optimisation de ses manœuvres d’hélitreuillage.

Le 2 février 1966, l'Alouette III F-ZBAS de la Protection civile participe aux recherches lors du crash de l'avion d'Air India ; elle se pose encore au centre de Chamonix - Photo DR collection GHSC AnnecyEn février 1966, l’Alouette III F-ZBAS de la Protection civile a participé aux recherches suite au crash de l’avion d’Air India qui ne laissera aucun survivant. L’appareil se posait encore au centre de Chamonix.
Quelques mois plus tard, en août 1966, on fait à nouveau appel aux Alouette F-ZBAS (PC) et F-MJBF (Gendarmerie) pour aller secourir des alpinistes allemands en perdition dans le massif des Drus.
L’année suivante, l’un des pilotes de la Base, Francis Riera, ouvre le détachement au tout début de l’été. Le secrétaire de Mairie lui propose de s’installer sur une zone préparée à son attention au pied du glacier des Bossons sur le terrain du Père Lachat qui exploite là une machine à concasser les pierres de rivière.
Bien évidemment, l’endroit est recouvert de poussière, sol, cabane, arbres, tout est blanchi. A la vue du spectacle, Francis Riera ne manque pas de signaler au responsable de la mairie que cet endroit risquera de mettre en péril le bon fonctionnement de l’appareil et la santé des équipages. On lui répond que l’on ne lui a pas demandé de venir. Ce qui n’est pas du plus plaisant à entendre, provoquant son intention de rentrer sur sa Base d’Annecy en fin de journée, fermement décidé de rendre compte de cette réponse à l’autorité préfectorale.
L'Alouette 3 F-MJBF de la Gendarmerie posée sur la DZ du refuge du Couvercle - Photo DR collection Catherine Viot Mais le soir même, vers vingt heures, Michel Droubay, responsable des sentiers de randonnée, demande à Francis de le déposer par hélico sur le glacier de Leschaux pour qu’il puisse aménager le sentier des "Aigrelets" conduisant au refuge du Couvercle. « Impossible répond Francis, ce soir, nous avons décidés de rentrer à Annecy, compte tenu des conditions d’accueil... ».
Michel Droubay s’engage aussitôt à régler le problème, en lui assurant de trouver un autre endroit plus accueillant que celui prévu, situé cette fois, de l’autre côté de la ville vers le bois du Bouchet à l’entrée du village des Praz. La mission sera effectuée et promesse tenue ; le samedi suivant, une DZ est installée à l’endroit convenu qui n’est en fait qu’une simple trouée entourée d’arbres. Une cabane récupérée au pied des pistes, un bureau, quelques chaises de récupération, mais avec eau courante et téléphone viendront meubler progressivement le lieu.
Sur place, l’avitaillement de l’appareil est effectué avec des fûts de kérosène de 200 litres et une pompe manuelle Japy. Plusieurs gamins du voisinage se proposeront d’en effectuer la manœuvre dans l’espoir d’un éventuel baptême de l’air. Alain Frébault (pilote) à gauche et Gilbert Mezureux à droite posent devant l'Alouette III F-ZBAL de la Protection civile en février 1971 lors du secours de René Desmaison - Photo DR collection Francis Delafosse Parmi eux, un jeune écolier Pascal Brun qui plus tard créera à Chamonix la société CMBH que l’on connaît.
C’est en février 1971 que la DZ connaîtra sa première grosse effervescence médiatique avec l’arrivée de plusieurs hélicoptères confrontés au secours de la cordée Desmaison/Goussault dans les Grandes Jorasses.

Puis viendra à la fin des années 70, la construction d’un hangar en béton, ainsi qu’une soute à kérosène et son volucompteur en remplacement de la précédente pompe électrique et ses fûts.
Les fûts et la pompe à curbant sur la DZ des Bois pour avitailler l'Alouette III F-ZBBQ de la Protection civile durant l'été 1971. On peut noter à droite en arrière-plan le premier Puma de l'Alat en test dans les Alpes - Photo DR collection Francis DelafosseLe logement des équipages n’est pas prévu sur place, mais assuré dans une chambre de stagiaires à l’ENSA où le Directeur Jean Franco fera son possible pour les recevoir le mieux possible. Grand privilège, les repas sont pris dans la salle à manger des professeurs. Là, des liens et amitiés se tisseront et petit à petit la confiance s’installera dans l’intérêt de tous.

Sur la DZ des Bois, les conditions hivernales ne sont pas favorables au stationnement en plein air d’un appareil, que seules quelques bâches protègent chaque soir, il faut emmener la batterie au chaud, aussi, il est envisagé la construction d’un hangar qui se fera à la fin des années 70 avec un éclairage, mais sans chauffage. Le bâtiment ressemble davantage à un blockhaus du mur de l’Atlantique qu’un hangar aéronautique. Il est prévu de le "camoufler" avec des pierres de montagne, mais cela ne se fera que très partiellement. En vue également, le projet de la construction d’une piste "avion", mais elle ne verra jamais le jour…
Noël Rivière et Gilbert Mezureux découvrent leur nouvelle pompe électrique - Photo DR GHSC AnnecyUne petite cabane de bois démontable récupérée au pied d’une piste de ski a été installée comme abri, à l’intérieur on trouvera un bureau pour l’équipage, une table, des chaises de récupération et un vieux frigo récupéré à la caserne des pompiers. Il y a bien sûr, eau courante, téléphone et électricité, mais il manque cependant encore quelque chose... On s’en inquiétera que beaucoup plus tard, ce jour où, sur la DZ, se pose l’hélicoptère d’un ministre en exercice avec son épouse qui discrètement, demande la possibilité d’utiliser les toilettes. On lui indique royalement les buissons habituellement dévolus à cet effet. Croyant dans un premier temps à une plaisanterie, il lui fallut se rendre à l’évidence et il n’en faudra pas plus, pour que très rapidement un "petit coin" sanitaire digne de ce nom soit enfin installé.

Il n’y aura aucun changement jusqu’en 1984, puis surgit cette nouvelle idée d’installer sur notre DZ un habitacle pour les chiens d’avalanche. La DZ des Bois du temps où elle était encore en terre battue avec en arrière-plan l'habitacle pour les chiens d'avalanche, à la fin des années 80 (après 84) - Photo DR collection GHSC Annecy Pour cela, un bungalow en bois avec de grandes baies vitrées est mis en place à proximité de la petite cabane existante. Utilisé précédemment en ville comme pharmacie saisonnière, nous l’avons trouvé beaucoup plus confortable que notre local existant qui deviendra un entrepôt pour le matériel de secours. Car nous n’avons pas hésité un instant à nous installer dans ce nouveau logement laissant les chiens là où ils se trouvaient… Nos revendications sont nombreuses pour qu’évolue le principe d’améliorer nos locaux et l’accueil des personnes secourues à leur descente de l’hélicoptère.
En 1990, étonné par la modestie de nos installations, un élu parlementaire de la région du Nord, résidant secondaire dans la région, accepte sur ma proposition d’interpeller le ministre de l’Intérieur à ce sujet. Travaux pour la création de la Base de secours Jean-Jacques Mollaret en 1998. Alouette III Sécurité civile stationnée sur le tarmac - Photo © Josée Mermoud-De Vérité Une somme conséquente sera par la suite débloquée pour l’amélioration de nos conditions de vie. Dès lors, il nous fut alloué par la mairie, le service d’une femme de ménage les jours de relève entre équipages Sécurité civile et Gendarmerie. Déçus dans un premier temps, nous garderons néanmoins l’espoir qu’à l’avenir d’autres initiatives puissent se concrétiser.
Pour ma part, le nom le plus lié à ce lieu mythique est sans conteste celui de Robert Petit-Prestoud, Chef du Corps des Sapeurs-Pompiers puis Secrétaire de la Société de secours de Chamonix ; rien de ce qui concernait la DZ ne pouvait lui échapper. En visite régulière pour saluer et rencontrer les équipages, il a toujours su se montrer proche de nous, soucieux de traiter au mieux les problèmes pratiques rencontrés.
Tout restera ainsi jusqu’à la construction de l’actuel bâtiment, Inauguré le 23 juin 2001, le Centre de secours Jean-Jacques Mollaret regroupe en un même lieux : équipages d'hélicoptères, sauveteurs du PGHM et personnel médical - Photo © Christophe Gothiéune installation remarquable regroupant équipages d’hélicoptères, sauveteurs du PGHM et personnel médical. Cet ensemble architectural moderne tant espéré par beaucoup, depuis de nombreuses années, sera inauguré sous l’appellation officielle de "Base de Secours Jean-Jacques Mollaret", le 23 juin 2001.

« Témoigner du passé, c’est parfaire l’Histoire, s’en abstenir, c’est l’ignorer ».

Avec tous mes remerciements à celles et ceux qui, dans le souvenir de cette période, m’ont permis d’alimenter ce texte en informations et en documents photos.
Dominique Roosens, Jean-Marie Potelle, Francis Riéra, Noël Rivière, Jacques Lissajoux, Martine Szpira-Petit-Prestoud, Dominique Marro, Catherine Maresca, Yves Mathelin, André Fatras, Josée Mermoud-De Vérité.

Portfolio en préparation, patience...

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10 Messages

  • Il était une fois... la "DZ des Bois" de CHAMONIX 10 mars 16:33, par petit prestoud martine

    Bravo et merci pour cet article plein de souvenirs
    J ’ai passé toute mon enfance a la DZ au temps ou il n’y avait que cette petite cabane en bois ou on pouvait se retrouver pour des repas en toute amitié avec rené et toute les équipes sécurité civile ou gendarmerie
    Mon père ne pensait qu ’a l ameliorée pour le confort de tous
    Encore un grand MERCI Francis de garder intacte l histoire de cet endroit
    Martine

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    • Il était une fois... la "DZ des Bois" de CHAMONIX 11 mars 13:05, par POtelle jean - Marie

      Splendide souvenir de cettee fameuse DZ des bois devenue DZ MOLLARET. Que d’anecdotes bien racontées. Un très beau souvenir pour la Sécurité Civile et la gendarmerie. Bravo Francis
      ce texte magnifique qui me rappelle d’excellents souvenirs avec Roger, Noêl,Jean Pierre, michel, René, Roland, et bien sûr toi Francis. Du côté gendarmerie,il y avait Louvet, Lebon, Fuhrmann, ladhuie, charbonnel , Barrell ,Méraud, Poujol tous des artistes sans oublier robert PetitPrestout dont je salue Martine ; En bref un document à lire pour se régaler
      Grand MERCI FRANCIS

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  • Que de souvenirs, que de souvenirs, que de souvenirs ! !
    Grand merci Francis, j’en ai la larme à l’oeil.
    Schuschu

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  • Il était une fois... la "DZ des Bois" de CHAMONIX 16 mars 06:48, par vincent saffioti

    Encore Bravo à toi Francis,
    et en souvenirs de tous les secours que nous avons fait ensemble dans ce somptueux cadre alpin et c’était parfois encore de l’aventure !!!!
    vincent

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  • Il était une fois... la "DZ des Bois" de CHAMONIX 21 mars 22:46, par Gamain Claude

    Mon t très cher Francis,

    Qu’est- ce qui peut bien tourner dans une tête d’alouette ? Gentille alouette … Des histoires extraordinaires que ce bel oiseau de métal a partagé avec l’homme son complice. Les récits se succèdent les uns terrifiants, d’autres féeriques et certains tout simplement incroyables .Redonner vie à ce passe n’est pas que parfaire l’histoire, c’est vivre et revivre les exploits inimaginables que l’homme a accompli avec sa machine, c’est mettre l’accent sur l’abnégation des équipes de sauvetage qui jour après jour oublient ce qu’ils sont au profit de ce qu’ ils font .L’acte de sauvetage c’est aussi le don de soi .Le récit de ces situations périlleuses est une nécessité absolue ,il faut les lire , ressentir le danger d’un tel métier ,s’imprégner de ce sacerdoce .Je pense que la nation toute entière se doit de considérer ces hommes et ces femmes comme des héros dont la modestie ajoute un cote attendrissant à leur personnalité .Ils ne peuvent pas passer inaperçus ,ils sont là tous les jours et a toutes heures pour notre sécurité .Ils étaient là aussi dans tant de sauvetages réussies . Des drames ont eu lieu et certains ont disparu .Cher Francis je suis passe en coup de vent a la sécurité civile il y a bien longtemps mais j’ai gardé dans mon âme la flamme rouge de votre dévouement. Merci de relater toutes ces choses que tu as connu et nous attendons avec impatience ton livre dans ce style que nous aimons tous. Je garde aussi et surtout une pensée pour vos familles soumises elles aussi aux perpétuelles tensions de vos missions.

    Avec toute mon amitié et mon plus profond respect pour cette « belle dame » qu’est LA SECURITE CIVILE.
    Dr Claude Gamain

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  • Il était une fois... la "DZ des Bois" de CHAMONIX 22 mars 09:29, par riviere noel

    FRANCIS,
    Bon travail ,très bel article .Merci FRANCIS de nous replonger dans cette vallée de CHAMONIX . Tous ceux qui ont participé aux secours gardent d’excellents souvenirs des missions toutes différentes les unes des autres .Mais aussi les moments inoubliables passés à la fameuse DZ des bois ; un livre ne suffirait pas pour tout raconter .

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    • Il était une fois... la "DZ des Bois" de CHAMONIX 23 mars 09:21, par RIVIERE NOEL

      La DZ des bois mais surtout la DZ de ROBERT .Oui ROBERT PETIT PRESTOUD était toujours là pour rendre service, résoudre un problème .Que de souvenirs :amicales, joyeux , heureux , festifs,mais aussi dramatiques que nous n’oublierons jamais .

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  • Il était une fois... la "DZ des Bois" de CHAMONIX 22 mars 11:35, par Marc Lafond

    Travail de mémoire de recherche de vérification qui aboutira sur un livre (j’espère) témoignage de ce merveilleux métier au service de la collectivité.
    Francis avec son talent de conteur , nous fait revivre ces merveilleuses périodes de la vie ou nous avons tous frolé les limites ,voir au delà.
    Dans ces récits ,parfois invraisemblables pour le profane ,la, passion, l’émotion, la sensibilité, l’humanité apparaissent encore et encore.

    Grace à l’ensemble des moyens mis a disposition pour le secours Montagne, ces moments intenses sont aussi l’œuvre de quelques Pilotes d’exception comme René Romet pour qui la notion d’équipage n’était pas un vain mot ,sans titre ni galon sur les épaules sa présence s’imposait . "Merci à toi René ,de nous avoir permis un instant de nous prendre pour des Héros "

    Merci Francis ,cette évocation nous permet encore de rester jeunes dans l’esprit.

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  • Il était une fois... la "DZ des Bois" de CHAMONIX 31 mars 08:46, par Yves Mathelin

    Bonjour Francis,

    Chacun de ceux qui ont fait du secours en montagne a reçu au centuple son investissement personnel, qu’il soit Pilote, Mécanicien-Treuilliste ou Secouriste.
    Même sortis de l’exercice, nous gardons dans nos mémoires, gravé comme dans le marbre, la plupart des missions que nous avons menées et cela a enrichi notre existence…
    Je me souviens des 10 années passées à Chamonix comme si c’était hier. Que ça soit Choucas ou Dragon, vous nous avez souvent extirpés de situations dangereuses et exposées.
    Tes récits fidèles à la mémoire collective avec l’aide de Christophe sont de véritables puits de connaissance pour ne pas les effacer du temps qui passe...
    Bien à vous tous, Amis Pilotes et Mécanos (les Rouges ou les Bleus).

    Mataf

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  • Il était une fois... la "DZ des Bois" de CHAMONIX 13 avril 04:09, par Dominique Marro

    Salut Francis,
    Un grand merci pour cette histoire de la DZ des Bois !
    C’est l’endroit de la plupart de mes souvenirs de jeunesse où vous m’avez accueilli toi et tes collègues et vous m’avez permis de vraiment vivre ma passion des hélicos comme jamais je n’aurais pu en rêver...
    J’en profite pour vous remercier encore : toi Francis, Gilbert Mezureux, Noël Rivière, Jean Pierre Schuller pour les premiers mécaniciens que j’ai connus là-bas puis René Romet, Michel Durand, Roger Colin, Roland Boutard et Gilles Bidon pour les premiers pilotes.
    Sachez que vous avez certainement joué un grand rôle dans le fait que j’exerce aujourd’hui le métier de pilote à Chamonix et sachez aussi que je pense très souvent à vous et de manière encore plus émue, en repensant à tous ces souvenirs, quand je me pose à la DZ des Bois plusieurs fois par an.
    Grosses bises à ceux qui sont encore là et une pensée pour ceux déjà partis...

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