Le secours héliporté à Lacanau-Océan

Avec l’Alouette II de la Protection civile

Samedi 6 juillet 2013, par Francis // Francis Delafosse

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Lacanau entre mer et forêt - Photo Francis DelafosseEn découvrant pour la première fois Lacanau-Océan, tout me paraît étrangement calme, quelques buissons séchés tournoient au vent le long de l’avenue principale orientée plein Ouest. On dirait un village « Western » sorti tout droit d’un film de Sergio Leone installé là par hasard, entre l’étendue de la forêt et l’immensité de la mer.
J’écoute attentivement les recommandations de mes collègues et nous nous dirigeons vers le camping municipal sur nos emplacements respectifs afin d’y installer nos caravanes pour la saison.
Notre Alouette II rouge ne devrait plus tarder, elle se posera sur la place du village à côté de l’ancienne gare, qui dans le passé, accueillait un petit train assurant la liaison Lacanau-Bordeaux.
Ce soir, il nous faudra rentrer cet appareil dans un vieil hangar en bois, là où se trouve entassé tout le matériel communal. Après un bon débarras et un gros coup de balai, nous installons nos caissons et tables pliantes en guise de bureau. Le poste de liaison radio est accroché sommairement à une poutre du bâtiment. Lacanau-Océan dans les années 70 - Photo DR L’installation de l’eau courante, les déballages et aménagements, tout cela me semble un peu spartiate mais se révèlera relativement efficace durant les deux mois à venir…
Dehors un volucompteur semblant dater des années trente me laisse penser qu’une citerne de kérosène est installée dessous. Et ça, pour nous, c’est du grand luxe, moins chanceux que nous, d’autres détachements de la Protection civile sont toujours équipés de fûts avec pompe mécanique à main.
Après deux ou trois journées très calmes meublées seulement de quelques vols de reconnaissance sur plusieurs points de posés correspondants aux postes de secours, les premières missions urgentes surviennent avec l’arrivée des premiers touristes.
Francis Delafosse pose devant l'Alouette II F-ZBAD sur la Place de Lacanau (1974) - Photo collection FDSurvoler l’océan et ses vagues immenses appelées rouleaux d’où l’on voit surgir d’intrépides surfeurs, peut parfois offrir quelques surprises. Comme ce requin ou autre monstre marin similaire que nous découvrons par hasard stationnant entre deux bancs de sable, amorphe, attendant patiemment que la marée lui rende sa liberté. De couleur beige, il semble aussi long que notre appareil et comblé d’étonnement, je n’ai même pas pensé à le prendre en photo. Comment en effet, être crédible après la description d’une telle découverte. Comme ce jour où, nous avions aperçu au large, puis, de tous près en vol stationnaire, un marin-pêcheur en bleu de travail assis sur une chaise clouée sur une porte, le tout remorqué royalement en « ski nautique » derrière son chalutier.

Table pliante, caisse en bois installées après débarras du matériel communal et le "bureau" de Francis est prêt pour la saison à Lacanau - Photo Claude GamainEn ce 11 juin 1974, c’est avec une grande satisfaction que j’effectue ma première véritable mission de sauvetage par hélitreuillage. Les transports de médecin, les reconnaissances aériennes ou les récupérations de corps, font partie intégrante de notre travail. Mais jouer un rôle déterminant dans la recherche, la découverte et le sauvetage d’une personne en danger de mort imminente, la voir remonter indemne au bout de mon filin d’acier comme on remonte vers la vie, est extrêmement émouvant. Ce jour-là, j’ai vécu cette toute première expérience en espérant de tout cœur la voir se renouveler de nombreuses fois encore…
Le 15 août de la même année, après la rituelle jetée de fleurs au large en hommage aux victimes de la mer, la matinée demeure calme. Il est bien rare d’être appelé aux premières heures de la journée, et nous profitons de ces moments-là pour effectuer nos corvées administratives.
Francis Delafosse, Mécanicien-Sauveteur-Secouriste première affectation à Bordeaux. Premiers secours, en route pour une carrière opérationnelle de 35 ans - Photo Francis DelafosseDès qu’approchent onze heures et que les premiers vacanciers s’attaquent aux assauts répétés des vagues et des rouleaux de l’océan, tout peut arriver d’un moment à l’autre. A côté de nos installations, dans les bureaux de l’ancienne gare, la Secrétaire de Mairie avait installé un ancestral appareil téléphonique en bois verni, percé de multiples branchements à fiche qu’elle manipule selon les appels provenant des différents postes de secours.
Soudain, nous la voyons se précipiter vers nous, brandissant un papier sur lequel elle vient de noter un appel de détresse. Par la suite, ses sorties de bureau, et ses grands gestes seront renouvelés sans cesse, car, si dans la minute qui suit, notre appareil décolle de son emplacement pour prendre le cap direct sur le poste de secours concerné, il effectuera de nombreuses missions sans discontinuer toute la journée. A bord, l’équipe est au complet Pilote, Mécanicien, Médecin et Plongeur, ensemble, nous enchaînerons plus d’une dizaine de secours aux baigneurs, et rentrerons très tard dans la soirée.
Le lendemain, un journaliste du journal régional « Sud-ouest » écrira :

Mort pour les vacances



Article intitulé : "Mort pour les vacances" - Un article de Pierre Veilletet pour le journal sudouest publié le 16 août 1974 – © sudouest.frLACANAU-OCEAN. – Cela commence comme une journée de congés payés, modèle Léon Blum, rectifié Giscard d’Estaing. Apparemment une bonne partie de la France annexe aujourd’hui la baie de Royan. Des colons débraillés ravivent un urbanisme très après-guerre. C’est un peu Boulogne-sur-Mer, adouci par la lumière charentaise. Dans cet étalage de corps nus, il est difficile de distinguer la France coupée en deux à moins qu’elle ne soit au niveau du nombril. Où sont les soutiens-gorges P.S.U. et les slips d’extrême-droite ?
Des autocars déversent des cargaisons de vieilles Saintongeaises qui semblent aller au bain pour la première fois. Etrangères aux glissements de bretelles, ces aïeules en satin fermière, coiffées de chapeaux de paille à ruban, bas noirs et souliers blanchis de frais.
Effrayé par cette foule, je tire au sud. Vers LACANAU-OCEAN, où je m’apprête à tricoter un reportage de 15 août d’une maille badine. Mêmes marchands de frites qui font leur beurre avec de vieilles huiles ; mêmes Allemands qui pique-niquent près du blockhaus de papa.
Brusquement une grosse libellule rouge passe au raz des flots. Spectacle gai que les enfants saluent en criant.
Spectacle sinistre et fascinant l’instant d’après.
C’est l’hélicoptère de la Protection civile. Il se pose au beau milieu de la plage, chassant les ballons de Volley-ball, les cerfs-volants et les badmintons. La foule se précipite. Je la suis. Le ronflement du rotor couvre les voix, le sable vole et brusquement, à toute vitesse, deux hommes charroient un corps vers une cahutte de bois blanc.
Hélitreuillage d'un noyé avec l'Alouette II - Photo © sudouest.frJe suis alors plongé dans un cérémonial dont je ne soupçonnais pas l’existence : celui de la mort balnéaire. Pour moi, un noyé n’était jamais qu’une brève information en caractère gras à la une. Ici c’est l’aile de l’angoisse qui interrompt un instant les jeux de plage. Quelques cris, une porte qui claque, un petit moment de silence. On entend encore un transistor qui continue de nasiller « Chère Petite Madame ». Un attroupement de curieux au bas de l’escalier bourdonnant comme un essaim. Un gendarme harnaché jusqu’à la suffocation, fait gentiment le service d’ordre. Mais dix minutes après, tout le monde a oublié.
Pourtant dans cette cabine de pacotille, des hommes couverts de sueur s’acharnent à ramener un souffle dans le corps inerte qui bleuit doucement. Un sentiment d’horreur envahit celui qui observe deux mondes ; d’un côté, le médecin, les sauveteurs et les gendarmes essayant d’arracher un inconnu à la mort bouffie des noyés, de l’autre, les vacanciers repris par la moiteur béate du loisir. La mort ce n’est pas leur affaire.
Mais ce sera celle d’une femme entre deux âges, qui arrive en trébuchant vers la cabine de surveillance, traînant en laisse un court roquet qu’elle étrangle à moitié. Photo © sudouest.fr Elle sait déjà, elle se recroqueville sur les planches de bois. Un sauveteur la prépare, en parlant à l’oreille, à la nouvelle fatale. Cette femme en maillot de bain, dont le soutien-gorge ouvre sur une brûlure dérisoire, saisie dans un mouvement et un vêtement étrangers à toute idée de malheur, prise brusquement de sanglots secs, ne trouve d’autres ressources que de parler d’une façon intelligible à son chien. C’est horrible. Quelqu’un la prend par le bras et la conduit enfin à l’intérieur. C’est Tim, son mari est mort. Elle vacille.
A cinq mètres de là, les apollons de Lacanau jouent au volley-ball en faisant rouler le biceps. Il émane de la mort par baignade une impression d’absurdité supérieure encore à celle qui escorte le cortège funèbre des catastrophes routières. Un frère, un amant, un fils disparaît en quelques minutes dans l’indifférence générale. Pas de sang donc pas de spectacle. On n’est pas là pour s’apitoyer mais pour bronzer.

Au moment où j’écris ces lignes, l’hélicoptère intervient une nouvelle fois. C’est la douzième, peut-être la quatorzième de la journée. Et l’interne aux traits tirés, intervient encore. On a vu pleurer ce jeune homme sur des corps qu’il ne pouvait ramener à la vie. Les sauveteurs plongent encore et l’horrible appareil respiratoire crache son air factice.
J’interroge les gendarmes, les C.R.S. – qui me paraissent ici brusquement sympathiques – et le médecin ; ils sont accablés : « Les gens, disent-ils en bloc, sont complètement inconscients. Photo © sudouest.fr Ils n’écoutent pas les conseils que nous leur donnons. Ils prennent les consignes des M.N.S. pour des mesures répressives. »
Je suis stupéfait par ce que j’apprends et ce que je vois, toute cette horreur en plein soleil : l’interne luttant trois quart d’heure, il y a deux jours pour ressusciter un imprudent, les surfeurs promus au rang de sauveteurs et l’espèce de lassitude qui envahit l’équipe de sauvetage à chaque échec.
A nouveau, la grosse libellule survole les rouleaux mousseux. Je ne pourrais mieux résumer l’incohérence de la situation qu’en signalant qu’au moment même où les pompiers couraient sur la plage emportant un corps inerte, les baigneurs, inlassablement se précipitaient, en dépit des avertissements, vers l’endroit même où, tout à l’heure, avait succombé le mari de la femme au petit chien.


Un article de Pierre Veilletet daté du 16 août 1976 pour le journal sudouest – © sudouest.fr

Nous avons cette chance formidable de pouvoir prendre nos repas dans le restaurant d’en face tout en surveillant notre Alouette. Cela valait mieux d’ailleurs car le terrain de posé de l’hélicoptère étant libre d’accès, un jour, un ancien militaire recalé de l’école de pilotage avait tenté une mise en route dans le but de s’offrir une petite balade compensatrice.
Michel DURAND aux commandes de l'Alouette II de la Protection civile sur la DZ face au restaurant DUPHIL à Lacanau au début des années 70 - Photo DR - collection M. DurandLe restaurant affiche souvent complet au beau milieu de la saison et pendant les weekend, mais une petite table de deux ou trois personnes nous est toujours réservée. Le patron, ancien maître-nageur et conseiller municipal, y veille personnellement. Il sait que nous viendrons ou non suivant notre activité et que notre repas peut être interrompu à tout moment, sachant que nous n’hésiterons pas à quitter sa terrasse comme des sauvages en nous remplissant parfois les poches de quelques bouts de pain et autres denrées. Le métier exige cela, une intervention sur un appel pour une personne en danger de noyade se joue à la seconde près. Il lui arrive parfois de nous maudire en nous regardant ainsi fuir l’excellente préparation de son menu du jour. Cependant, à chaque fois, il s’efforce de nous garder tout cela au chaud le plus longtemps possible. Assez corpulent, et malgré le nombre d’assiettes placées en équilibre sur ses bras, il faut le voir grimper avec une agilité étonnante les quelques marches qui le mènent tout droit aux cuisines.

Rinçage Alouette II F-ZBAF durant l'été 1976 - Photo Francis DelafosseNotre appareil, l’Alouette II, restait parfois bien capricieux aux démarrages malgré nos vérifications et contrôles réguliers. En fin de journée, le rinçage complet à l’eau douce pour chasser sable, sel ou quelques fois le sang et les vomissures demeure indispensable. A chaque mise en route sur une intervention urgente en mer, nous savons que notre rapidité d’action risque d’être déterminante pour la survie d’une ou plusieurs personnes en perdition. En quelques secondes, un baigneur en difficulté même parfaitement localisé peut nous échapper en coulant et disparaître à jamais.
Notre scénario d’intervention semblait simple : survoler la zone désignée après avoir déposé sur la plage notre médecin au plus près, rechercher la personne disparue au ras des flots, une fois repérée, larguer notre plongeur pour sangler la victime au câble du treuil de l’hélicoptère et la déposer ensuite auprès du médecin.
Suivant l’importance des soins à prodiguer, nous pouvons très rapidement nous retrouver entourés d’une foule de curieux pressés d’assister au spectacle pas toujours agréable suivant l’état des personnes secourues. Cela n’empêche pas certains parents de faire passer les jeunes enfants sur le devant de la scène.
Ancien poste de secours de Lacanau - Carte postale YvonAu cours d’un retour de mission, nous apercevons un baigneur loin des plages surveillées semblant nager à contre-courant ignorant le danger qui le guette. Nous nous détournons vers lui pour lui proposer par signe notre assistance providentielle. En réponse, je n’obtiens de sa part qu’un majestueux « bras d’honneur ». Vexé, je propose au pilote de poursuivre le vol laissant là, se débrouiller seul notre triste sire. Pris de remords, nous restons malgré tout dans les parages tournoyant dans le ciel tels des rapaces surveillant de loin les évolutions d’une proie. Quand soudain, ce qui devait arriver se produit, les battements réguliers des bras de notre nageur se transforment en gesticulations de désespoir et nous décidons de nous porter à sa verticale pour le récupérer. Une fois remonté à bord, je le vois devant moi, peu fier, complètement exténué, mais cela ne m’empêchera pas de le regarder droit dans les yeux pour lui rendre « sa politesse ».
Notre Alouette II est équipée d’un treuil électro-pneumatique muni d’un câble en acier d’une longueur de vingt-cinq mètres. Ce matin, au cours d’un exercice d’hélitreuillage, ma poignée de commande semble ne plus fonctionner correctement. Mon câble est descendu sous l’hélico d’une dizaine de mètres environ. J’annonce mon problème au pilote et décidons de rentrer à la base pour réparer cela au plus vite. Je remonte le câble à la main, l’enroulant autour de mon bras gauche, sans me rendre compte que le moteur du treuil continue de tourner. Soudain, je vois les enroulements m’enserrer le biceps et me tirer vers l’extérieur. Par chance, l’entassement désordonné du câble dans le moteur provoque son blocage, et le membre toujours enserré, nous rentrons ainsi. Je resterai longtemps dans le souvenir d’avoir échappé à une belle amputation. Plus tard, un système de suppression d’arrivée d’air au treuil sera installé sur tous nos appareils de ce type.
Ravitaillement de l'Alouette II Protection civile, place du village de Lacanau-Océan en 1974 - Photo Francis DelafosseÉvoluant en permanence sur les plages, les chaussures pleines de sable, parfois je décidais de travailler pieds nus, y compris en vol. Le bas de la combinaison remonté sur les mollets, cela me donnait une allure inhabituelle mais ô combien pratique et efficace. Il n’était pas toujours évident d’enchaîner les hélitreuillages, l’assistance médicale, le transport du matériel et à l’occasion, les fonctions d’agent des pompes funèbres, dans le sable, sous un soleil de plomb.
Le jeune médecin m’apprenait sur le tas à piquer et à préparer ses perfusions. Quand l’occasion se présente, il me demande de bien observer ses manœuvres d’intubation trachéale tellement plus efficaces que nos rituels « bouche à bouche ». A ce sujet, je lui signalais qu’il était opportun de recycler certains de nos Maîtres-nageurs CRS dont les gestes de secourisme m’avaient paru pour le moins désuets. Au risque de me faire personnellement « jeter » suite à cette initiative, ce travail à effectuer avec la plus grande diplomatie lui reviendra de droit et sans problème. Principal témoin de leur travail, je demeurais néanmoins très admiratif de leur dévouement et de leur courage face aux drames auxquels ils assistent, toujours plein d’attention envers les imprudents.
Pour la plupart blonds, musclés et bronzés, ces courageux sauveteurs scrutent et veillent du haut de leur perchoir la moindre anomalie, assurant une prévention pas toujours bien comprise du grand public, si heureux pourtant de les trouver présents en cas de besoin.
L'Alouette II F-ZBAF en secours côtier durant l'été 1974 - Photo Francis DelafosseÉtalées sur leur drap de bain en arc de cercle autour du poste de secours, les inévitables admiratrices de nos apollons maîtres-nageurs s’alignent côte à côte feignant la somnolence en vue d’un hypothétique concours de beauté ou de bronzage. Accompagnés de l’une d’entre elles, certains n’hésiteront pas à venir nous présenter fièrement leurs conquêtes, d’autres par contre auront l’occasion de le regretter, en effet, nos rutilants hélicoptères rouges, eux aussi n’attirent pas seulement les enfants et les passionnés !

Les journées maussades ne nous laissent pas forcément à l’abri de toute activité. Ayant eu connaissance de la présence d’un médecin d’urgence à nos côtés, les unités de sapeurs-pompiers de la région n’hésitent pas à nous appeler pour obtenir notre intervention sur les lieux mêmes des accidents. C’est un peu le SAMU héliporté avant l’heure…Toutefois, ce procédé nouveau pouvait surprendre le grand public habitué aux évacuations immédiates des blessés ou malades vers les hôpitaux les plus proches. Francis Delafosse pose devant l'Alouette 2 F-ZBAD en 1974 - Photo collection F. Delafosse Avec notre médecin spécialisé et son matériel, c’est l’hôpital lui-même qui vient à eux, encore fallait-il que cela soit compris. Ce ne fut pas le cas dernièrement où l’on a pu voir notre soignant se retrouver allongé dans un fossé, victime d’un violent coup de poing reçu du père d’une jeune accidentée de la route, simplement irrité par le fait de ne pas nous voir emmener sa fille dès notre arrivée.
Un matin de juillet, nous avons été appelés pour évacuer de la station un jeune homme victime d’une overdose d’alcool et de cannabis sur l’hôpital de Bordeaux. Le temps n’est pas propice aux baignades et l’autorisation nous est accordée de quitter les plages afin d’effectuer ce transfert.
Cette fois, la méchanceté viendra plutôt de la victime elle-même. Extrêmement agité depuis son arrestation par les gendarmes, le jeune drogué qu’on nous amène semble ne pas pouvoir être transportable par hélicoptère compte tenu du risque qu’il pourrait présenter en vol. Avec Michel Durand, le pilote, nous décidons de le saucissonner de la tête aux pieds. De toutes les personnes présentes, j’étais le seul auquel, toujours ligoté de la sorte, il semblait adresser ses grimaces et son agressivité. Je n’ai jamais su pourquoi, mais il lui faudra bien me supporter tout au long du trajet. A notre arrivée sur la plate-forme de l’hôpital de Bordeaux, c’est avec grand soulagement que je refile « le saucisson » au personnel soignant très étonné en découvrant notre brancardage improvisé pour le moins… stupéfiant.

En survolant sans cesse les étendues de plage en Aquitaine, il m’est facile de constater la liberté qu’offrent ces vastes étendues, laissant le champ libre à la pratique évidente du naturisme. Et parfois, l’occasion nous est donnée d’intervenir au sein même d’un camp de nudistes nous retrouvant ainsi parmi eux, les seuls autorisés à rester habillés et cela offre une toute autre dimension.
Un appel vient de nous parvenir du poste de secours de la plage de Montalivet. On aperçoit déjà de loin une immense chaîne humaine d’hommes et de femmes nus formant main dans la main un cercle parfait destiné à baliser notre zone de posé autour de laquelle s’agglutine la foule spectatrice de notre intervention en habits de lumière. Ici, tout semble bien discipliné, pas de serviettes ou autres vêtements s’envolant dans tous les sens au souffle de nos pales, c’est une toute autre atmosphère. Un maître-nageur, seulement reconnaissable au port de sa casquette réglementaire nous aborde et nous guide les bras chargés de matériel vers le poste de secours. A l’intérieur, une dizaine de personnes s’affaire autour du corps d’une jeune fille retirée des flots depuis peu. J’aide notre médecin à l’installation du matériel de réanimation quand, juste dernière moi, quelqu’un frappe à la porte. J’ouvre et j’aperçois un petit homme barbu, seulement vêtu d’une croix de bois qui, annonçant sa qualité de prêtre, nous propose ses services. Il ne viendra pas pour rien, on recouvre d’un linge le corps de la jeune fille, déclarée morte, désormais sa nudité, même ici peut être effacée.

Hélitreuillage au large avec l'Alouette II F-ZBAN - Photo collection Francis DelafosseQuelques kilomètres plus loin, sur une autre plage, plusieurs insouciants s’amusent joyeusement avant d’être à leur tour emportés par un courant démentiel. Un maître-nageur de notre connaissance a aussitôt plongé et après avoir passé les rouleaux trois fois de suite a réussi à ramener trois personnes. Complètement exténué en revenant sur la plage, c’est à moitié inconscient que nous le transportons d’urgence au centre de réanimation de la Polyclinique de Lesparre. Étrange destin pour celui qui, tant de fois nous avait accompagnés pour amener dans ce même hôpital des victimes qu’il avait lui-même secourues.
Témoin de ce drame, un sauveteur bénévole a voulu participer au secours. Il a réussi à mettre deux baigneurs en lieu sûr, mais à la seconde tentative, il n’a pas réussi à revenir. Un surfeur s’est porté à sa hauteur pour l’empêcher de couler, mais trop tard, bien que, hélitreuillé et déposé rapidement sur la plage, nous ne parviendrons pas à le ranimer et il mourra sous les yeux de son épouse.
En cette chaude journée de mois d’août, ce sera pour nous la dix-septième intervention.
La fin de saison approche, le calme revient petit à petit dans le village. Nous préparons notre retour sur notre Base de Mérignac. Au cours de ce premier été passé ici, je totalise une centaine d’heures de vol et près de soixante secours et sauvetages. De retour à Bordeaux, prétextant un rapprochement vers ma région d’origine, la Direction du Groupement Hélicoptère me propose une affectation à Granville dans la Manche. N’osant pas refuser, au risque de représailles ultérieures, je quitte la région de Bordeaux, un peu à regret. Après avoir chargé mes affaires personnelles, j’attelle ma caravane, direction plein Nord.

Après plusieurs années passées à Granville, l’un de mes confères me propose une permutation de postes m’offrant la chance d’un retour à Bordeaux. Bien évidemment j’accepte sa proposition avec joie, malgré les moments exceptionnels vécus également ici dans le domaine du secours maritime. Une grande ville comme Bordeaux me semble mieux adaptée à ma condition de célibataire. N’avais-je pas été obligé de quitter ce Sud-ouest un peu à contrecœur ?
Voilà pourquoi, dès le mois de juin 1976, je me trouve très heureux de préparer une nouvelle fois notre matériel pour une nouvelle saison à Lacanau. Survol des embruns en Alouette II - Photo Claude Gamain Rien n’a changé, je me retrouve dans les mêmes conditions que mon séjour précédent. Mis à part le fait que les médecins stagiaires du service de réanimation de l’hôpital de Bordeaux qui assumaient dans le passé à tour de rôle les permanences sur l’hélicoptère sont cette fois remplacés par un praticien unique. Il s’agit d’un Médecin Aspirant de la Gendarmerie Nationale, le Dr Claude GAMAIN qui effectue là son service militaire, chargé d’assurer quasiment toute la médicalisation de nos interventions pendant la durée de la saison.

Un peu surpris dés son arrivée par notre installation sommaire, il s’adapte très rapidement et bricolera progressivement dans le hangar une petite « zone médicale » pour accueillir les éventuels patients envoyés de temps à autre par le médecin généraliste du village, complètement débordé en cette période de vacances. Néanmoins, nous décidons de nous rendre au bureau du Maire de Lacanau-ville pour lui réclamer un peu plus de confort et d’hygiène, ce qui nous sera refusé sous prétexte qu’un grand projet est prévu ultérieurement à notre intention.
Le Docteur Claude Gamain à bord de l'Alouette II F-ZBAD - Photo Francis DelafosseAvec Claude, nous sympathisons très vite et il répondra toujours présent aux sorties festives et aux diverses soirées que nous organisons dans le but de compenser un peu les moments douloureux et les scènes pénibles vécus dans la journée. C’est bien là le meilleur moyen de se retrouver chaque lendemain, dans les meilleures conditions psychologiques possibles.

Sur ces plages immenses, il arrive fréquemment que des enfants soient signalés disparus. Le plus souvent, et fort heureusement, ils sont ramenés au poste ou retrouvés par les maîtres-nageurs. Cette fois, perdue depuis trop longtemps déjà, une jeune enfant demeure introuvable. Partout l’alerte est donnée et l’inquiétude est à son comble.
On fait alors appel à nous, en nous expliquant en détail la situation. Nous effectuons aussitôt un premier vol de reconnaissance par delà les plages balisées et en bordure de l’océan, le dos au soleil comme le font généralement les enfants égarés. Mais, en fin de journée, la fillette de cinq ans est toujours portée disparue. Ses parents sont assis là, scrutant avec espoir chaque retour de notre hélicoptère, sans le moindre résultat. Évitant leurs regards, je les aperçois assis l’un près de l’autre abattus, résignés. Voilà trop longtemps que leur fille a échappé à leur vigilance, ils s’attendent certainement au pire, puis viennent les larmes. Francis balayant du regard lors d'une mission de recherche - Photo Claude GamainL’ambiance nous est insupportable et, avant que ne tombe la nuit, nous décidons d’une dernière recherche aérienne, en poursuivant notre vol plus loin encore. Mais rien, toujours rien, je suis fatigué de balayer le sol des yeux, mais je ne nous imagine pas revenir auprès des parents, bredouilles une fois de plus. Michel le pilote me propose d’être raisonnable et de faire demi-tour. Nous sommes beaucoup trop loin, certes on imagine mal une si jeune enfant marcher tout ce temps en plein soleil. Je lui demande de poursuivre au moins jusqu’au prochain village. Soudain, j’aperçois un point noir dans les dunes, un déchet quelconque peut-être, un tronc d’arbre ou que sais-je encore ? Nos imaginations vont bon train mais après avoir dévié notre trajectoire, nous distinguons plus nettement le profil d’un enfant marchant péniblement dans l’épaisseur du sable. Inutile d’annoncer quoique ce soit par radio pour l’instant, après tout ce n’est peut être pas la gamine que nous recherchons, comment imaginer pour les parents une telle annonce suivie d’une erreur toujours possible, nous sommes si loin du lieu initial de sa disparition. Nous allons en avoir bientôt le cœur net. L’Alouette se pose à proximité, je descends de l’appareil et courant vers elle, à mon approche, elle s’enfuit affolée. J’enlève alors mon casque de vol pour tenter de la rassurer, elle est épuisée, des rougeurs plein le visage, elle est certainement déshydratée mais bien vivante. Je tente néanmoins de la questionner, le bruit assourdissant du rotor tournant empêche tout dialogue, tant pis, je l’installe dans l’hélico. En approche de la base Lacanau-Océan depuis l'Alouette II - Photo Dr Claude Gamin A notre arrivée, le regard du père s’illumine aussitôt, son épouse mettra plus de temps à retirer ses mains qui lui cache le visage. Je me présente face à elle, la petite dans les bras, elle se lève, me saisit son enfant, son visage s’éblouit en un instant, le cauchemar est terminé. Sans pouvoir prononcer un mot, elle reporte ensuite son regard vers nous, plein de joie et de reconnaissance et cela nous comble de bonheur.
Remettre dans les bras d’une mère, un enfant qu’elle n’espérait plus jamais revoir, c’est lui faire connaître une seconde fois, la joie immense vécue le jour de la naissance.

Dès le lendemain, nos missions habituelles se succèdent, quelquefois plus saugrenues les unes que les autres. Découvert au petit matin par les employés communaux, un corps décomposé est à récupérer sur la plage. Les gendarmes du village nous demandent de les déposer entre les dunes et la lisière de la forêt où un homme a été découvert pendu.
Francis en train de s'équiper - Photo extraite du filmLe directeur du camping municipal demande l’intervention de notre médecin réanimateur pour l’un de ses clients retrouvé ivre et inconscient, la tête dans un lavoir. Puis, tout en discutant de notre activité, Claude nous soumet son idée de filmer si possible quelques-unes de nos interventions. En fait, quand il s’était porté volontaire pour assurer la médicalisation de notre détachement, il était convaincu du caractère particulier de l’expérience qu’il vivrait ici. Pour cela, il avait demandé de rencontrer son Colonel pour lui demander du matériel cinématographique en vue d’effectuer un reportage sur le secours aux noyés. Sa demande sera refusée sous prétexte que cela ne présentait aucun intérêt. Plus tard, quand le film sera terminé et diffusé, la même hiérarchie lui demanda un exemplaire, elle attend toujours…
Pour l’instant, Claude s’est trouvé sa propre caméra et quelques films « Super 8 ». Nous avons aussitôt accepté de nous joindre à lui sur ce projet de manière à fixer à tour de rôle sur la pellicule chacune de nos actions. Claude défendra le côté reportage pour information pédagogique en cas de problème avec notre entourage et en nous passant la caméra de l’un à l’autre ; nous commençons tant bien que mal nos premiers tournages.

Le pilote Michel Durand aux commandes de l'Alouette II avec Francis Delafosse - Photo extraite du filmLa saison bat son plein, venus du Nord, Allemands, Hollandais et Belges s’élancent chaque jour toujours plus nombreux, à l’assaut de l’océan. En ce douze juillet, vers 14 heures, sur la plage de Hourtin cinq d’entre eux mettent à l’eau un canot pneumatique. Ils font partie d’une dizaine de vacanciers restés seuls sur la plage à l’heure du déjeuner. A bord de l’embarcation, ils s’éloignent, confiants et détendus, ignorant qu’ils sont juste dans l’une de ces « baïnes » que l’on trouve partout ailleurs sur la côte et parcourues d’un courant violent vers la mer. Alors que déjà des nageurs surpris par le phénomène viennent s’accrocher au petit canot, l’embarcation chavire. Témoins de la scène, plusieurs personnes sur la plage affolées se jettent à l’eau à leur tour pour leur venir en aide, l’une d’elles ne sachant même pas nager. D’autres déroulent les filins des maîtres-nageurs sans savoir vraiment les utiliser. Quelqu’un dressera leur drapeau rouge qui n’indique que l’interdiction de baignade !
Le Dr Gamain installe la victime dans l'Alouette II - Photo extraite du filmQuand les maîtres-nageurs CRS qui déjeunaient plus loin sont alertés, ils doivent tout d’abord retirer de l’eau une douzaine de personnes au premier stade de la noyade. Certaines s’éclipsent discrètement une à une après avoir reçu les premiers soins. Prévenus plus tardivement encore, nous arrivons sur place au plus vite. Pas de caméra aujourd’hui, le bilan est trop lourd : quatre morts, une personne en état de coma dépassé. Une autre est encore à l’eau, nous la récupérons aussitôt par hélitreuillage. Par la route, une équipe de médecins réanimateurs de l’hôpital de Lesparre arrive en renfort. Une jeune allemande manque encore à l’appel. Nous repartons à sa recherche, mais cette fois, plus personne ne flotte en surface, aucun corps ne ressurgit des vagues. Au retour, son père, vient nous supplier de poursuivre la recherche, le pauvre homme ne sait pas que sa fille a coulé et qu’il n’y a plus rien à faire pour elle.
Je m’efforce à chaque mise en route de surveiller le turbomoteur de notre Alouette II juste avant de prendre place à bord. Cette fois je décèle un bruit inhabituel, pourtant au tableau de bord tout semble correct, aucun voyant, aucun instrument ne nous signale un problème quelconque. Francis prépare l'Alouette II - Photo extraite du film Et puis, il y aura certainement d’autres treuillages à effectuer ou plusieurs victimes à évacuer.
Parfaitement convaincu, je fais part de mes inquiétudes au pilote très accaparé par l’intensité du moment et les exigences des médecins et sauveteurs pour lesquels, l’hélicoptère est primordial. D’ailleurs, il me le confirme, rien au tableau de bord ne nous oblige à suspendre les vols. Priant le ciel qu’il ne nous arrive rien en survolant la foule et l’océan, on nous demande à nouveau une autre évacuation vers l’hôpital mais nous manquons maintenant de carburant, il nous reste juste ce qu’il faut pour rentrer. Cela m’arrange bien, car à la fois bouleversé à la vue de tous ces corps allongés sur la plage, dont on ne sait même plus qui est mort ou qui ne l’est pas encore, et tiraillé, par la nécessité du service sans avoir le moindre élément probant pour nous y soustraire, il me semble avant tout important de ne pas basculer dans un drame supplémentaire. Contraints dès lors de rentrer sur Lacanau pour nous avitailler, c’est la bonne aubaine ; je vais pouvoir en profiter pour poursuivre mes investigations et, qui sait ? déclarer enfin cet appareil indisponible. Une partie de l'équipage de l'Alouette II - Photo extraite du film « Rentrons par les dunes, c’est plus prudent ». Quelques minutes seulement après que soient prononcés ces mots, l’aiguille du compte-tours moteur du tableau de bord chute à zéro. C’est la panne moteur brutale et complète en plein vol. Le silence immédiat fait monter notre angoisse ; Michel le pilote réagit aussitôt et procède à l’autorotation de l’appareil, cette manœuvre salvatrice, un peu comparable aux avions qui planent est notre seule chance. Je réajuste ma sangle et des deux mains je m’accroche au siège. Droit devant s’offrent à nous les buttes de sable complètement désertes, elles nous fourniront un excellent point de posé. Si l’appareil ne bascule pas, nous sommes sauvés. Je reste confiant jusqu’au moment où les patins touchent le sable et s’enfoncent de toute leur hauteur. L’appareil s’immobilise, après un petit moment de silence, Michel actionne le frein rotor puis je l’entends chanter « Plus près de toi mon Dieu, plus… » suivi d’un superbe éclat de rire commun, mettant un point final à cette épouvantable journée.
Dépose de la turbine Artouste 2 sur l'Alouette II F-ZBAF Sécurité civile sur la plage d'Houtin, lieu de posé de l'appareil en autorotation suite à l'arrêt complet de la turbine en vol ; travaux effectués après réquisition d'une grue élévateur du forestier local (15 juillet 76) - Photo © Francis DelafosseAppelés en renfort pour nous récupérer, nos collègues de Bordeaux en service sur les feux de forêt arrivent rapidement. Le lendemain, le service du laboratoire d’analyse préventive de nos échantillons d’huile moteur nous envoie leur message d’urgence d’interdiction totale de vol concernant notre Alouette et la dépose immédiate de son moteur. J’ai pu leur répondre que le problème avait déjà traité et que l’échange moteur était prévu mais loin d’ici… dans les dunes. Nous apprendrons par la suite qu’une modification a été apportée sur ce type de moteur dans les usines TURBOMECA.
Nous retournons dans le même secteur quelques jours après ces évènements, car un corps a été aperçu ballotté par les vagues. Il s’agit de la jeune fille allemande que l’on n’avait pas retrouvée. Son corps est recouvert de sable et parsemé de minuscules petits crabes. Son père toujours dans le secteur, verra comme beaucoup se terminer là ses vacances et sans elle à ses côtés, il repartira, mais seul.
Cette saison 1976 se termine, nous avons effectué une soixantaine de missions de secours et de sauvetage pour un total de 80 heures.

Lacanau-Océan Détachement Estival de la Base de Bordeaux - Photo Les Editions du GabierL’année suivante, en été 1977, la démolition de nos anciens locaux du centre de Lacanau et la construction d’une véritable base à l’entrée du village nous oblige à nous installer au centre de formation de la Marine Nationale de HOURTIN. A la fin de cette saison d’été, je savais que je quitterais cette fois définitivement les secours sur la côte d’Aquitaine. En effet dans une lettre du 10 mai 1976, Pierre Mauroy Député-Maire de Lille m’avait informé de l’état d’avancement du projet de construction de la future Base de Lille, pour laquelle mon volontariat d’affectation est toujours en vigueur. Mais en attendant, sur la route du retour, assis à l’arrière de notre petite Renault 4L de service tout aurait pu se terminer autrement. En effet, roulant à douce allure en compagnie de deux autres de mes collègues, notre véhicule amorce la longue et monotone route traversant cette magnifique forêt de pins sur des dizaines de kilomètres. Au loin, sur le bas-côté, nous apercevons l’un de ces engins forestiers bien caractéristiques manœuvrant sa grosse mâchoire d’acier pour charger des troncs de pin sur la benne d’un camion. Une longue route des Landes... - Photo Francis Delafosse Tout en discutant tous les trois dans la voiture, nous accordons un coup d’œil discret à la manœuvre, quand soudain, arrivés à proximité, un tronc d’arbre bascule du camion par dessus nous. Mon collègue au volant a le réflexe d’accélérer brutalement et je me propulse vers l’avant persuadé que l’arbre allait s’abattre sur l’arrière de notre véhicule. De justesse, le pin se fracasse en travers de la route sans nous heurter, et par chance aucune autre voiture ne nous suivait.
Curieux destin que nous aurions eus après avoir passé tous ensemble une saison d’été entière à secourir la vie des autres.

Les fameuses baïnes - Photo DREn juillet 1979, la côte d’Aquitaine n’est devenue pour moi qu’un bon vieux souvenir. Ici, dans ma région du Nord, l’été n’a rien de comparable sauf peut-être sur la côte d’Opale. Mais envoyer l’hélicoptère là-bas pour la saison est à ce jour une idée bien trop d’avant-garde. Rien ne sert d’avoir raison si on n’a pas le pouvoir !

Un beau jour, quelle ne fut pas ma surprise d’entendre mes anciens collègues de Lacanau sur les ondes radio. A quatre cents mètres du rivage, deux petits avions de tourisme s’étaient télescopés avant de s’écraser en mer. Mes deux ex-collègues de Lacanau ont été appelés pour effectuer par hélicoptère la récupération des victimes. Ils racontent au cours d’une émission de radio ce qu’ils ont vécu. Stupéfait, j’obtiens d’eux par téléphone confirmation à ce sujet et je reçois quelques jours après une photocopie des procès verbaux d’audition de la Gendarmerie des Transports Aériens qui me permettent d’en savoir un peu plus.

Max le pilote raconte :
« Nous avons repéré de nombreux débris flottants à la surface de la mer et procédé aux premières recherches. Deux minutes plus tard, nous apercevons un corps sanglé sur son siège. Aussitôt, nous effectuons le largage de notre MNS-Plongeur, lequel a libéré l’accidenté, lui passant alors la sangle du treuil pour qu’il soit déposé avec notre médecin sur la plage. Francis et son Alouette II - Photo extraite du film Nous sommes repartis avec un MNS du poste de secours voisin pour l’aider à récupérer deux autres victimes et divers documents qui flottaient encore. Après avoir hélitreuillé et déposé ces quatre autres personnes sur la plage, j’ai poursuivi le survol des lieux de l’accident. A ce moment-là, après avoir découvert une aile de l’avion où l’on pouvait lire l’immatriculation, cent mètres plus loin, nous découvrons une dernière victime avec à ses cotés un requin de prés de cinq mètres de long. J’ordonne au plongeur de surseoir au repêchage en découvrant le requin se retournant sur le dos, gueule ouverte et déchiqueter la victime. Trois autres requins plus petits sont arrivés ensuite et ont terminé le dépeçage puis tous ont disparu. »

Après une telle lecture, je me suis souvenu de ce monstre marin aperçu isolé dans une baïne quelques jours seulement après mon arrivée sur la côte d’Aquitaine en juin 1974, fort heureusement, jamais nous n’avions eu à intervenir pour porter secours à des vacanciers ou surfeurs attaqués de la sorte.

Le secours héliporté avec l’Alouette II de la Sécurité civile durant l’été 1976 à Lacanau-Océan
Derrière la caméra : Claude Gamain & Francis Delafosse.
Ont participé au tournage :
Les Pilotes
• Daniel LALIQUE
• Michel DURAND
• Max VERCOGLIO

Les Mécaniciens-Sauveteurs-Secouristes
• Francis DELAFOSSE
• Michel VERCHERE
Les moyens utilisés en 1976

La fameuse camera Super 8 Sankyo ES-44XL- Photo © Claude Gamain Une K7 renfermant des images précieuses - Photo © Claude Gamain

Le film Secours à Lacanau-Océan en 1976 - Durée : 50 mn 20 sec - © C. GAMIN & F. DELAFOSSE

Vidéos résolution 1024x576 (mode plein écran) FLV HQ depuis AVI-HD

Alouette II F-ZBAF Sécurité civile

Alouette II Ready for take off

A bord de Alouette II F-ZBAF

Départ pour une nouvelle mission

Hélitreuillage

Retour de mission

Fin de journée sur la base de Lacanau

Légende des photos
• Photo 1 : Ravitaillement de l’Alouette II Protection civile, place du village de Lacanau-Océan en 1974.
• Photo 2 : L’Alouette II de Lacanau en 1974 avec une version civière de Transport Inter Hospitalier et un mannequin de formation au secourisme médicalisé.
 Francis pose devant l'Alouette II sur la Place de Lacanau en 1974 - Photo Francis Delafosse• Photo 3 : L’Alouette II de la Base de Bordeaux en secours côtier avec sa civière sur le côté droit.
• Photo 4 : Francis Delafosse pose devant l’Alouette II Protection civile à la Base de Bordeaux-Lacanau en 1974.
• Photo 5 : Francis pose devant l’Alouette II sur la Place de Lacanau en 1974.
• Photo 6 : Le Docteur Claude Gamain à bord de l’Alouette II F-ZBAD.
• Photo 7 : Francis devant l’Alouette II F-ZBAF, le 7 février 1974, 1er vol à Bordeaux.
• Photo 8 : Francis Delafosse, Mécanicien-Sauveteur-Secouriste première affectation à Bordeaux. Premiers secours, en route pour une carrière opérationnelle de 35 ans.
• Photo 9 : En recherche de l’objectif, le regard perçant de Francis.
• Photo 10 : En approche de la Base Lacanau-Océan depuis l’Alouette II.
• Photo 11 : Table pliante, caisse en bois installées après débarras du matériel communal et le "bureau" de Francis est prêt pour la saison à Lacanau.
En approche de la base Lacanau-Océan depuis l'Alouette II - Photo Dr Claude Gamin• Photo 12 : Survol des embruns en Alouette II.
• Photo 13 : Dépose de la turbine Artouste 2 sur l’Alouette II F-ZBAF Sécurité civile sur les lieux mêmes du posé de l’appareil en autorotation suite à l’arrêt complet de la turbine en vol ; travaux effectués après réquisition d’une grue élévateur du forestier local (15 juillet 76).
• Photo 14 : L’Alouette II F-ZBAF Sécurité civile dans les dunes sans sa turbine Artouste 2 juste avant le montage de sa turbine neuve (16 juillet 1976).
• Photo 15 : Survol de Lacanau-Océan depuis l’Alouette II.
• Photo 16 : L’attraction de la journée posée sur la plage pour secourir un noyé.
• Photo 17 : L’Alouette II F-ZBAF de la Sécurité civile et son équipage décolle pour une nouvelle mission de secours.
• Photo 18 : Hélitreuillage d’un noyé depuis l’Alouette II F-ZBAC de la Sécurité civile.

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7 Messages

  • Le secours héliporté à Lacanau-Océan 6 mai 2013 21:22, par Gamain Claude

    Merveilleux souvenirs...
    Amitiés sincères à toute l’équipe que j’aime comme ma famille.
    Émouvantes pensées pour Daniel Lalique qui ne sera jamais oublié.
    Plus de 30 ans passés et tout est encore là bien vivant.
    Pensées affectueuses et chapeau bien bas à la Sécurité civile et pour les hommes et les femmes qui la composent.

    Dr Claude Gamain
    Médecin aspirant gendarmerie 1976

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  • Belle époque ; bravo à vous tous.

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  • Le secours héliporté à Lacanau-Océan 7 juillet 2013 12:51, par Marc Lafond

    Merci une fois encore à Francis pour ce travail de mémoire qui fait remonter souvenirs et conscience de la chance que nous avons eu d’exercer un métier passion qui consume !
    L’exaltation de retrouver un disparu ou de sauver une vie.
    Le défoulement de la frustration qui permettait, selon la circonstance des risques supplémentaires encourus, de remettre à leur place imprudents et inconscients quelque soit le rang social.
    Une citation de W. Churchill m’obsède : L’attitude est une petite chose qui en toute circonstance fait une grande différence.
    Cordialement
    Marc

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    • Un véritable trésor que sont ces vidéos (et photos) d’époque sur l’Alouette II Sécurité civile.
      Longue vie aux "Dragons" !

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      • Le secours héliporté à Lacanau-Océan 15 juillet 2013 16:35, par JOJO

        Comme Francis, j’ai vécu toutes ces années à Lacanau-Océan avec des missions inoubliables comme Le Pin Sec (Naujac-sur-Mer) 27 personnes emportées par un fort courant de baïne, bilan 9 morts le 02/08/79 (jour de mon anniversaire). Une semaine plus tôt, c’était une collision entre deux avions de tourisme face à la plage de Carcans, bilan 6 personnes explosées à l’impact de l’eau ; des requins (peau bleue) s’étaient invités sur les lieux attirés par le sang.
        Beaucoup d’autres missions se sont terminées heureusement de façon moins dramatique durant mes saisons de 1977 (dernière année avec une Alouette II) à 1999.
        Déjà 13 ans de retraite avec de très nombreux souvenirs toujours intacts. Notre devise c’était "Le travail dans la joie et la joie dans le travail".
        JOJO

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        • Le secours héliporté à Lacanau-Océan 8 février 2016 08:50, par DELAFOSSE

          1976, cela fait quarante ans que le Ministère de l’Intérieur transforma la "Protection civile" en "Sécurité civile". Cette année-là, l’Alouette II rouge effectue comme chaque été, le secours aux noyés le long de la côte d’Aquitaine à partir de la station estivale de Lacanau-Océan. A son bord, le Médecin militaire Claude Gamain détaché pour la saison et moi-même décidons de filmer le plus possible certaines de nos interventions.
          Ce film sorti de l’oubli a été remastérisé, les images sont historiques, rares et uniques en leur genre. Images © Claude GAMAIN & Francis DELAFOSSE

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  • Le secours héliporté à Lacanau-Océan 25 décembre 2016 16:23, par vercoglio fabienne

    que de souvenirs pour mon père Max Vercoglio avec qui j’ai visionné le reportage

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