Un pionnier nommé Frédéric Curie

Le pionnier du Groupement Hélicoptère de la Sécurité Civile

Jeudi 13 août 2009, par Frédéric Plancard // Autres auteurs

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Créateur du Groupement Hélicoptère de la Sécurité Civile (GHSC),
cet officier des sapeurs-pompiers de Paris fut aussi un grand résistant
.
« Bien ou rien ». Telle fut la devise, toute sa vie durant et en toutes occasions, du lieutenant-colonel Frédéric Curie des sapeurs-pompiers de Paris.
Le lieutenant-colonel Curie aux commandes de son Bell 47 F-BGSS de la Protection civile - Photo : collection particulière Frédéric PlancardNé à Etupes (Doubs) le 20 février 1906 dans une famille d’agriculteurs, il se destine tout d’abord à une carrière d’instituteur. Il entre à l’Ecole Normale de Mirecourt (88) puis effectue quelques mois d’enseignement dans les Vosges avant d’effectuer son service militaire au 10e BCP. Rapidement nommé officier, il effectue sous l’uniforme du 30e BCP, quelques mois à Euskirchen en Allemagne lors de l’occupation, par la France, des Territoires Rhénans. En octobre 1929, lors de son retour en France, il endosse l’uniforme du 23e BCA puis entre en juillet de l’année suivante à l’Ecole militaire de l’Infanterie et des Chars de Combats de Saint-Maixent où, ayant démissionné de son grade de lieutenant, il entre comme sergent.

Nommé au 46e d’Infanterie, il sollicite son entrée en février 1934, au régiment de sapeurs-pompiers de Paris où il obtiendra deux médailles pour actes de courage et de dévouement.

En juin 1940, il est capitaine et l’adjoint du commandant de la 4e compagnie, caserne du Vieux-Colombier à un jet de pierre de l’église Saint-Sulpice. Frédéric Curie y est arrêté par la Gestapo en août. Jugé en octobre 1940, il est condamné « au nom du peuple allemand » à 16 mois de prison pour avoir délivré de faux papiers d’identité à des Français évadés de colonnes allemandes de prisonniers. Sa peine, il la purge à la prison du Cherche-Midi, de Fresnes, ainsi qu’à Troyes et Dijon. En détention, son ardeur ne faiblit pas, il fait passer des tracts et des journaux clandestins.

Libéré en décembre 1941, Frédéric Curie crée en janvier de l’année suivante « Sécurité-Parisienne », le seul groupe de résistance intrinsèquement lié au régiment de sapeurs-pompiers. Le 20 août 1944 le groupe « Sécurité-Parisienne » prend le commandement du régiment de sapeurs-pompiers de Paris sur ordre du nouveau préfet de police de Paris Charles Luizet. Frédéric Curie est alors nommé chef de corps adjoint du régiment.

Le groupe « Sécurité Parisienne » s’illustrera particulièrement lors des journées de la libération de Paris. Plusieurs pompiers y sont d’ailleurs tombés les armes à la main.

Liaisons avec la Préfecture de Police, transmissions de renseignements, captage de messages allemands, ravitaillement en armes, en munitions et en explosifs de la préfecture de police, participation directes à la bataille par la mise à disposition de chefs FFI, nettoyage des toits à partir du 25 août, liaisons avec les alliés dont l’Etat-major d’Eisenhower, du général de Gaulle et de Leclerc et déploiement sous l’Arc de Triomphe du premier drapeau tricolore, telles furent quelques missions des soldats du feu de Sécurité-Parisienne.

Le groupe a fourni en armes, en matériels et en nourriture des maquis FFI près de Nemours et a distribué les 180.000 exemplaires de « L’information officielle des armées de la République », le premier journal de la France libre. Sans oublier, enfin, la sécurisation de la descente des Champs-Élysées par le général De Gaulle le 26 août 1944.

Personnellement, Frédéric Curie fait partie d’un autre groupe de résistance baptisé « Patriam Recuperare » et a fourni des renseignements très importants qui ont été envoyés à Londres. Il participe aussi à l’élaboration du plan qui aboutira au coup de main sur le fourgon cellulaire de Jean-Pierre Lévy, membre de l’assemblée consultative d’Alger arrêté lors d’une mission en France occupée. Frédéric Curie fait aussi passer en Suisse le fils de Marcel Poimboeuf, lui aussi membre de l’assemblée consultative d’Alger.

La remise de la Légion d'Honneur le 13 juillet 1946 par le préfet Luizet - Photo : collection particulière Frédéric PlancardLe 13 juillet 1946, il est décoré de la Légion d’Honneur par le préfet Luizet. Le 16 juin 1945, il avait reçu la médaille de la Résistance, moins d’une année plus tard, le ruban noir et rouge s’est orné d’une rosette, Frédéric Curie devient donc un Officier de la Résistance. Une distinction qui n’a été décernée qu’à 4 253 personnes en France.

Il participe en 1949, comme juré militaire au procès d’Otto Abetz, l’ambassadeur du Reich en France qui le cite dans ses mémoires comme étant celui des jurés « qui donnait le ton ».

La Libération le voit aussi en directeur du Centre d’instruction de la Protection contre l’incendie, embryon d’une école nationale des sapeurs-pompiers ayant pour but la formation des chefs de corps des sapeurs-pompiers communaux.

1949 est aussi l’année de sa rencontre avec l’hélicoptère.

Frédéric Curie suit avec intérêt les travaux de l’adjudant de Taddéo, un ancien de « Sécurité-Parisienne ». Le premier essai a lieu sur l’héliport d’Issy-les-Moulineaux avec un Hiller 360, seul appareil en état de voler à cette époque. D’autres essais seront organisés avec un Westland-Sikorsky WS-51 et un Bell 47G.

Avec son Bell 47 F-BGSS de la Protection civile dans les Alpes en juillet 1956 - Photo : collection particulière Frédéric PlancardConvaincu de l’utilité de l’hélicoptère en matière de lutte contre l’incendie et dans le sauvetage, il est détaché au ministère de l’Intérieur et travaille avec acharnement à la promotion de l’hélicoptère.

Démonstrations et sauvetages se succèdent partout en France et en Europe. En 1953, il se rend en Hollande lors des terribles inondations. En 1954, c’est en Algérie qu’il vole après le tremblement de terre d’Orléansville.

En 1956, l’année de sa mort, il réalise la première liaison entre le continent et la pointe du Raz. En juillet de la même année, il recherche et transporte un blessé aux alentours de Chamonix et le mois suivant, il a participé aux opérations de dégagement de deux alpinistes à la Meije.

Frédéric Curie, le portrait officiel - Photo : collection particulière Frédéric PlancardLe 7 octobre 1956, lors du Salon Nautique, il est victime du premier accident de ce type : son hélicoptère s’écrase dans la Seine alors qu’il effectue des démonstrations « et il évite une issue fatale grâce à ses réflexes et à sa présence d’esprit ».

Le Groupement Hélicoptère verra officiellement le jour après la mort du lieutenant-colonel Curie, le 19 juin 1957. Mais Frédéric Curie aura mis sur les rails, avec une énergie inlassable, ce service qui fait encore aujourd’hui l’admiration de tous. Le préfet Sirvent l’explique dans une note : « Préparant les marchés, les suivant dans les différentes phases de la procédure administrative, prenant livraison et essayant lui-même les appareils, il a effectué plus de 500 heures de vol par tous les temps, sur mer, en haute montagne et il a assuré parallèlement de nombreuses missions de secours et de sauvetages. Il est indiscutable que ce labeur écrasant qu’il effectuait seul pour être sûr de sa réussite et qui, maintenant nécessite pour son remplacement, la nomination de quatre personnes, a contribué à attaquer sérieusement sa résistance physique qui était au-dessus de la moyenne et qui, l’amenant à la limite de ses forces a contribué à sa mort brutale ».

En démonstration en Corrèze le 29 juillet 1956 avec le Bell 47 G2 F-BHMG équipé de boudins - Photo : collection particulière Frédéric PlancardIl reçoit en 1956, « en récompense de sa hardiesse et pour services rendus à la cause de la giraviation, la médaille de l’Aéronautique ».

Le 20 décembre 1956, il succombe chez lui, à une crise cardiaque.

Le 15 septembre 2007, pour le 50e anniversaire du GHSC, Michèle Alliot-Marie, ministre de l’intérieur a baptisé à l’aéroport de Nîmes-Garons, l’échelon central du Groupement Hélicoptère de la Sécurité Civile, du nom de « Lieutenant-colonel Curie ».

Cliquez pour visiter le site InternetPour davantage de renseignements au sujet de Frédéric Curie, un site Internet a vu le jour.

Frédéric PLANCARD
Journaliste et historien
Arrière petit-neveu de Frédéric CURIE

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