Missions avec Dragon 76 en 1991

Lundi 15 juin 1992

Base Hélicoptère de la Sécurité civile du Havre
Comme tous les jours, en ce 5 juillet 1991 , le personnel de la Base prend son repas à la C.R.S. 32.
Dauphin F-ZBEE Dragon 76 au cours d'un hélitreuillage sur un pétrolier - Photo DR AGHSCIl est 12h50 lorsque le CROSSMA JOBOURG appelle pour que nous intervenions sur un car-ferry (LE DUC DE NORMANDIE) sur lequel un marin aurait reçu sur la jambe une pièce mécanique pesant une tonne.
Le médecin du bord constate l’écrasement du membre et demande du renfort.
La position du ferry, qui fait la ligne SOUTHAMPTON - OUISTREHAM, est estimée à 45 nautiques dans le 330° du cap de LA HEVE (Le Havre).
Les conditions météorologiques sont excellentes.
13h00 : Le médecin du SAMU 76B du Havre (ROSE) et les deux plongeurs Sapeurs-Pompiers du Havre (BATT-BOURGEOIS) arrivent simultanément sur la base. L’équipage d’alerte (Frédéric PISSAVY - Alain FERY) peut décoller à 13h05.
Le cap est mis sur la position estimée du « DUC DE NORMANDIE » mais dès le survol de la falaise, le radar de bord nous informe de la présence d’une quinzaine d’échos qui peuvent chacun représenter notre destination.
Le car-ferry "Duc de Normandie" - Photo DRAprès le contact radio d’usage sur le canal 13 avec le CROSSMA JOBOURG, nous contactons le « DUC DE NORMANDIE » auquel nous demandons de passer en émission continue sur 410 Khz. Notre avionique nous permet alors de "goniomêtrer" l’émission (radio-compas) et de lever le doute sur les multiples échos. Le ferry peut être ainsi identifié et la correction de cap immédiatement apportée.
La visibilité se dégrade et l’approche du ferry se fera au radar du bord dans les dix derniers nautiques.
Le pilote demande au commandant du navire de modifier sa route de manière à effectuer les manœuvres de treuillage sous un vent favorable.

13h31 : Les deux plongeurs et le médecin sont treuillés sur la plateforme arrière du navire et peuvent intervenir directement sur le blessé. DRAGON 76 se met en attente autour du ferry pour permettre le conditionnement du blessé dont l’état est jugé très préoccupant.

13h50 : Le conditionnement du blessé s’avère plus long que prévu et sa santé se dégrade. Dans ces conditions, il devient intransportable. L’équipage de l’hélicoptère décide d’attendre sur zone jusqu’à 14h 15, heure limite au delà de laquelle il sera nécessaire de faire route vers l’Angleterre pour y effectuer un recomplètement de carburant.

14h05 : L’état du blessé est stabilisé et les opérations de récupération peuvent commencer. Le médecin est hélitreuillé, suivi de la victime au moyen d’une civière spéciale "PEGUILHEM ». Les deux plongeurs restent sur le Ferry, permettant au blessé d’être acheminé plus rapidement vers le CHU de CAEN.

14h28 : Arrivée au CHU de CAEN et admission immédiate de la victime quelques au bloc opératoire. Les deux plongeurs seront récupérés à l’arrivée du Ferry à OUISTREHAM.
Quelques jours plus tard, nous apprendrons que notre marin accidenté remarchera.

Ces deux types d’intervention caractérisent les missions de la Base Hélicoptères de la Sécurité Civile du Havre.
Son implantation lui donne une vocation maritime toute particulière.
L'Alouette II F-ZBAB de la Sécurité civile en mars 1997 sur l'aérodrome LE HAVRE-OCTEVILLE a été affectée pour couvrir tous les sauvetages et secours de sa zone d'action (Seine-Maritime, Eure, moitié Est du Calvados et moitié Est de l'Orne) - Photo DR aviation-le-havre.over-blogElle est implantée sur l’aérodrome LE HAVRE-OCTEVILLE et a été inaugurée le 1er février 1977. L’Alouette II F-ZBAB lui a été affectée pour couvrir tous les sauvetages et secours de sa zone d’action (Seine-Maritime, Eure, moitié Est du Calvados et moitié Est de l’Orne).
Son personnel est composé de trois pilotes et de trois mécaniciens-sauveteurs-secouristes. La permanence est assurée sur la base par un équipage (1 pilote + 1 mécanicien). La base du Havre travaille dès lors en étroite collaboration avec les Sapeurs-Pompiers, les SAMU et les CROSS de sa zone d’action, notamment le CSP du Havre, le SAMU 76B du Havre, le SAMU 76A de Rouen et les CROSSMA JOBOURG et GRISNEZ.

Alouette 3 F-ZBBP sur la DZ du Havre le 10 juin 1978 - Photo DR aviation-le-havre.over-blogC’est le 3 février 1978 que notre base est dotée de l’Alouette III F-ZBBP. Cette machine, plus puissante que la précédente permet d’étoffer nos interventions sur la zone d’action. Le Dauphin SA365 bi-turbine fait son apparition dans le ciel Haut-Normand le 14 mai 1987 sous l’indicatif F-ZBEE. Cette nouvelle génération d’hélicoptère nous autorise les interventions en mer « off-shore » avec un volume cabine plus spacieux.

L'AS 365 Dauphin sur la DZ du Havre - Photo DR GHSCLa base du Havre effectue une moyenne de 400 heures de vol par an. Si la plus grande partie des secours s’effectue avec le SAMU (secours routier ou domicile), nous notons depuis un an maintenant une augmentation des activités purement maritime.
Comme beaucoup de bases, nous souhaitons étendre le nombre de nos interventions en privilégiant l’information de nos partenaires potentiels.


Le 19 octobre 1991 est pour nous un jour comme les autres. Le vent souffle du 320° pour une force de 35 nœuds, le ciel est couvert mais la visibilité est correcte. La mer est agitée par des creux de trois mètres.
17h30 : Le téléphone sonne dans la salle opération de la base. Les sapeurs-pompiers du Havre demandent l’intervention de DRAGON 76 pour dégager quelques touristes inconscients qui sont bloqués par la marée montante au bas de la falaise d’Etretat entre la plage de la « Manneporte » et la Pointe de la Courtine.
Il faut faire vite car par fort coefficient de marée ce jour là, la plage est complètement immergée. De plus, la nuit tombera dans 45 minutes.
La mission est acceptée par l’équipage (MOUSSELET - VOURIOT) qui prépare les éléments et la machine pendant qu’une équipe de deux plongeurs monte sur la Base (PLOTTON - NAZE).
17h45 : DRAGON 76 décolle.
17h50 : L’hélicoptère arrive sur place pour constater que l’accès de la plage par le Zodiac des Pompiers est impossible car l’état de la mer ne le permet pas.
Le Groupe d’intervention Héliporté (GIH) des Sapeurs-Pompiers du Havre installe le matériel nécessaire pour intervenir du haut de la falaise (100 mètres) dans le cas où l’hélicoptère ne pourrait effectuer le secours.
Il s’agit de secourir maintenant dix promeneurs paniqués.
Daniel MOUSSELET (Pilote) effectue une reconnaissance aérologique au plus près des « naufragés ». Il décide de procéder à l’évacuation en trois rotations de quatre personnes pour garder un maximum de réserve de puissance qui lui permettra de sortir de cette zone rabattante.
Le secours proprement dit peut commencer. L’état de la marée permet le poser de l’hélicoptère pour les deux premières rotations. Le travail des deux plongeurs consiste alors à calmer les « prisonniers » de la marée et de les accompagner par groupes de trois à l’hélicoptère. Pendant ces deux opérations de récupération, seul le patin gauche de la machine touche les galets. Hélitreuillage depuis le Dauphin F-ZBEE Dragon 76 - Photo DR AGHSC Cette position est très instable compte tenu des éléments météorologiques et l’opération doit être la plus rapide possible.
La troisième n’autorise pas le poser. La mer se rapproche de la falaise et les trois personnes suivantes sont récupérées au treuil. La nuit commence à tomber et les vagues viennent maintenant heurter le bas de la falaise. Les trois derniers touristes sont obligés de se réfugier dans une grotte à proximité. Il n’y a plus d’autre alternative que de faire descendre un plongeur au treuil au plus près de la grotte. Guy VOURIOT (mécanicien-treuilliste) doit donner suffisamment de mou pour que le plongeur, toujours attaché, puisse atteindre la grotte.
Il faudra tout le sang-froid du plongeur pour convaincre les trois malheureux de s’accrocher au câble, de passer à l’eau dans les vagues pour être finalement treuillés dans l’hélicoptère. Trois treuillages sont nécessaires et pendant tout ce temps, DRAGON 76 doit se battre pour rester en stationnaire, vent arrière, en zone rabattante (treuil à gauche oblige).
Alors que les touristes se retrouvent au sommet de la falaise, ils prennent conscience qu’une nuit passée dans la grotte leur aurait été fatale, et constatent un peu hébétés, qu’il fait maintenant presque nuit noire. Source

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