Une journée avec... André Bègue pilote d’hélicoptère

Mercredi 15 juillet 2009

En ce début de vacances, le JIR part à la découverte des professionnels. Une journée pour découvrir un homme ou une femme et son métier. Pour inaugurer cette série, nous sommes partis à Mafate, à la rencontre d’André Bègue. Entre ciel et cirque, une journée à bord de son hélicoptère.
Tôt dans la matinée, André Bègue nous rejoint à bord de son Lama sur la piste d’atterrissage de la Rivière des Galets, là où démarrent généralement les 4x4 à l’assaut du cirque. Une fois dans l’hélicoptère, les paysages époustouflants de Mafate coupent le souffle : le festival de falaises et de pitons torturés, de gorges et de ravins profonds, d’îlets perchés et solitaires, offre un tableau de jeu d’ombre et de lumières d’une beauté renversante. Comment ne pas envier André Bègue, qui sillonne le ciel mafatais depuis maintenant 15 ans. À 7 h, nous arrivons au hangar de la Nouvelle, situé à 1400 m d’altitude, tout en bas du village. Les mécaniciens sont déjà sur place. Certains travaillent depuis longtemps avec André Bègue. D’autres sont venus spécialement de métropole pour réparer le plus gros des trois hélicoptères de la flotte, l’Écureuil. Quelques minutes plus tard, embarquement à bord de l’Alouette III, pour procéder avec André Bègue et Stéphane, son helpeur, à une opération sur le Piton des Neiges. L’équipe doit y apporter des batteries électriques qu’il charge en passant, au point de vue de Belouve. André Bègue assure ainsi toute l’année le ravitaillement des 800 habitants du cirque et des différents gîtes pour randonneurs.
Sa seconde mission de la journée nous conduit ensuite au Col des Bœufs, où plusieurs tonnes de marchandises ont été stockées. Alimentation, appareils ménagers, barils de pétrole, volailles, André Bègue charge le tout dans ses filets avant de répartir les différentes commandes dans chaque îlet. Plusieurs heures de vols sont nécessaires pour livrer aux quatre coins du cirque. “Ce qui me plaît le plus dans mon métier, et ce qui fait ma fierté, c’est de pouvoir offrir aux mafatais un service, un confort que je n’ai pas vraiment connu quand j’étais enfant. C’est un plus pour les habitant”, révèle André Bègue. En fin de matinée, un épais brouillard a recouvert le paysage. Le pilotage devient de plus en plus difficile, mais André Bègue connaît le cirque comme sa poche. Il s’occupe donc essentiellement des points les plus proches de son hangar à la Nouvelle. A l’heure du déjeuner, pilotes et mécaniciens se retrouvent au gîte. Ambiance détendue et conviviale avant de reprendre les rotations. L’après-midi sera consacrée au secteur du bas de la Rivière des Galets. En attendant, c’est son épouse, Hélène, qui témoigne. Son pilote de mari vit à 1000 à l’heure. Pas de meilleur métier pour “quelqu’un qui ne tient pas en place”, souligne-t-elle, son épouse. André Bègue renchérit : “On est en vacances sur cette terre, on est de passage, il faut profiter de tout”. Cet homme discret, qui n’aime guère parler de lui, affirme “vivre caché pour vivre heureux”. Pas de meilleur endroit sur Terre pour mettre en pratique cette conviction. D’autant que les conditions de vie dans le cirque se sont améliorées. “Souvent les touristes regrettent que Mafate se soit modernisé. Mais nous, les Mafatais, on a assez donné. On se douchait tous les jours à l’eau froide, on était douze enfants à dormir dans un petit lit... Aujourd’hui aucun touriste n’accepterait ces conditions de vie dans un gîte”.
Si le pilote se veut discret, ses proches en revanche ne tarissent pas d’éloges. L’homme est connu dans chaque case. Mais c’est toutefois son mécano, Georges, qui en parle le mieux. “C’est le meilleur pilote de l’île...” résume-t-il. Pour l’anecdote, André, petit, rêvait de devenir chauffeur de bus... Marie Welsch

Un parcours exceptionnel
André Bègue, pilote et gérant de « Mafate Hélicoptères » est le héros d’une véritable success story. Né à Mafate, il a appris la boulangerie et l’hôtellerie en métropole avant de revenir pour reprendre l’épicerie de son oncle, créer un bar et ouvrir son gîte en 1985. Il y a 15 ans, un pilote de Heliblue, Pierre Barnier, lui fait passer un test d’initiation. Ce dernier lui affirme qu’il a un don. André Bègue, après beaucoup de travail et de persévérance, passe son brevet de pilote (80 000 euros aujourd’hui) et l’obtient en 1993. Mais les débuts sont difficiles. “Personne ne voulait m’embaucher. Aucune compagnie ne voulait d’un pilote débutant qui n’avait volé que 1500 heures. Mais l’envie de voler a été la plus forte”, se souvient-t-il, sourire aux lèvres. Grâce à de belles rencontres, comme celle de Jean-Marc Legagneur, qui permet aux pilotes privés de progresser, il avance petit à petit et travaille de 1998 à 2000 à Saint-Gilles, pour Heliblue. Il assure alors les vols touristiques à Mafate et sur toute l’île. En 2002, il fonde enfin « Mafate Hélicoptères », sa société de transports. Aujourd’hui, le pilote, qui travaille 700 heures par an, possède trois appareils (un Écureuil, un Lama et une Alouette III) et assure 90 % du ravitaillement de Mafate. Il s’occupe très peu du tourisme, pris en charge par d’autres compagnies comme Hélicorail ou Hélilagon. Le pilote mafatais travaille à la demande du client et prend en charge ponctuellement la pose de filets et de tuyaux sur les falaises de la route du Littoral. M.W. source

Le traumatisme “Petit Lys d’amour”
“Mafate hélicoptères” a été victime, rappelons-le, du commando qui a pris en otage un des pilotes collaborateurs de André Bègue, Yann et son helper Stéphane. “Toute cette histoire reste incroyable, surprenante, traumatisante pour l’équipe prise en otage”, affirme André Bègue. “Jamais on aurait pensé qu’une telle chose pourrait se produire à Mafate. Personne n’est à l’abri de ce genre d’évènement, mais dans l’ensemble, tout se termine bien”. Plus de peur que de mal en somme mais un sacré souvenir.

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