Hommage à Michel FOURCOUX

Dimanche 12 juin 2005, par Rodolphe Brunn // Sécurité civile

0 Commenter cet article/rubrique A propos de l'auteur Partager cette page Ajouter les articles de cette rubrique à un flux rss [INACTIF] Imprimer la page Envoyez cet article à vos amis [INACTIF]


Michel FOURCOUX est mort. Il nous manquera toujours mais il fait partie de cette race d’hommes qui laissent des souvenirs impérissables.
Michel m’a beaucoup apporté. Il m’a donné des leçons de vie, de bonheur de vivre, il m’a donné quelques-uns de ces souvenirs, de ces trop courts moments, de ces photos d’instants de bonheur que l’on emporte pour toujours dans son âme.
Michel nous a donné tout cela et encore plus puisqu’il nous a donné des leçons pour mourir ce qui est aussi une ultime leçon de vie compte-tenu de la façon dont il a abordé la maladie qui l’a emporté en quelques mois.
C’est pour cela que son nom figure en clair dans ce texte. C’est pour cela que nous l’aimons et qu’il ne mourra pas vraiment tant que nous prononcerons son nom en nous souvenant de tout ce qu’il a fait pour ses amis et pour ceux auxquels il a porté secours.

Michel était chef de la Base hélicoptère de la Sécurité Civile de Cannes.
Dans toutes les missions, il avait le don d’apporter la touche personnelle, le petit plus qui transformait une action banale L'Alouette III Dragon 06 de la Sécurité civile posée sur un rocher dans le parc du Mercantour - Photo Michel Foucoux en autre chose. J’ai beau chercher, je crois qu’il s’agissait tout simplement de la recherche du bonheur de vivre et d’amour.

La dernière fois que je l’ai vu à l’hôpital Princesse Grâce de Monaco, les copains étaient venus lui rendre ce qui devait être une dernière visite avec le Dragon 06 (EC-145) qui était donc posé sur la DZ de l’hôpital. Je suis resté seul un moment avec Michel. En repartant, ils se sont approchés avec la machine de la chambre de Michel. L’hélicoptère s’est immobilisé en stationnaire au plus près de la fenêtre. J’ai ouvert cette fenêtre et le vent et le bruit infernal de la machine et l’odeur de kérosène ont envahi cette chambre où Michel vivait ses dernières heures. Il leur a fait un petit signe de la main et un pauvre et gentil sourire de bonheur, oui de bonheur.

J’ai donc effectué plusieurs missions de secours avec Michel. Quand il y avait un malade ou un blessé dans l’appareil, il n’était pas question d’enjoliver quoi que ce soit. Mais pour les autres missions (entraînement, reconnaissance ou recherche), l’imagination de Michel et son génie de l’improvisation jouaient à plein.

Je me souviens d’une mission sur l’hôpital Nord à Marseille où nous avions amenée une petite fille grièvement brûlée. Après pas mal de stress, j’étais soulagé de l’avoir laissée en réanimation à "Nord" dans de bonnes conditions.
Michel décolle et se dirige plein sud sur la ville de Marseille en survolant l’autoroute Nord ce qui n’est pas vraiment la route directe.

Moi :
« Qu’est ce qui te prends ? Tu sens venir la retraite, t’as décidé de devenir capitaine du ferry-boat comme Escartefigue. Ils te veulent plus à la Sécurité civile parce que tu n’es plus bon à piloter ton ventilateur. Tu ne connais même pas la route vers Nice ! »

Et Michel très gentiment de répondre :
« J’ai l’honneur d’avoir mon ami l’Amiral à bord (c’est comme cela que certains de mes amis me surnomment) et je vais donc lui faire le retour par le bord de mer. »
Nous sommes donc rentrés en suivant la côte de Marseille à Nice.

Le mécanicien-treuilliste du jour était un gentil garçon un peu cul pincé et qui sortait tout juste de l’armée, très appliqué, très procédurier. Il n’a pas arrêté de demander à L'Alouette 3 F-ZBDE Dragon 06 survolant les calanques fin des années 70 début 80 - Photo DRMichel les fréquences d’approche des différents aéroports militaires et civils de la route. Michel était très patient, d’autant plus que la gestion des passages dans ces secteurs n’était pas de tout repos.
Cela commence par les îles, le château d’If, les îles du Frioul, puis les calanques, Cassis « Qu’a vist Paris et noun Cassis n’a rien vis », la rade de Toulon où il faut impérativement passer au large et surtout l’île de Porquerolles qui s’étire au soleil et où Michel savait bien que j’ai passé une grande partie de mon enfance. Puis on passe au large de l’îlot de Brégançon résidence d’été du Président de la République, le Lavandou, Saint-Tropez, Les Issambres, Fréjus, l’Esterel puis les Alpes-Maritimes. Partout Michel effectuait de larges et élégants virages au-dessus d’une maison amie. Et il en avait beaucoup.
C’était Michel.

Une autre fois nous partons avec l’Alouette III pour une recherche de voilier disparu ou volé.
Nous partons donc de Cannes vers Saint-Tropez. Michel aperçoit au large un magnifique voilier qui rentrait visiblement de Corse et se dirigeait vers Saint-Raphaël.
Il faisait grand beau avec une belle brise "tempête de ciel bleu" comme ils disent. C’était un spectacle magnifique de voir ce bateau toutes voiles dehors faisant route au plus près par petit Mistral. A l’avant une belle jeune femme nous faisait de grands signes. A l’arrière le skipper également bel homme nous salue. Ces gens-là étaient heureux de notre visite de pure amitié car ce bateau n’avait rien de commun avec celui que nous recherchions. Nous sommes restés un bon moment à naviguer de conserve par son travers tribord. L'Alouette 3 F-ZBAJ Dragon 06 de la Sécurité civile lors d'une intervention - Photo DR Ce devait être aussi un sacré spectacle que cette machine rutilante dans l’azur qui les accompagnait comme un oiseau, quand même un peu bruyant.
Michel a penché l’Alouette en avant et a accéléré. Nous nous sommes éloignés à regret.
En rentrant vers Cannes nous avons revu le voilier qui avait sensiblement progressé. Michel a décidé de retourner les saluer. La jeune femme était toujours sur l’avant. Nous avons encore un peu accompagné le navire.
Heureuse de nous revoir et désirant sans nul doute nous faire un signe fort d’amitié, elle a ôté son tee shirt, l’a brandi au-dessus d’elle en le faisant un peu tourner comme un étendard et nous a fait admirer sa magnifique poitrine ainsi que son très beau sourire de jolie femme.
C’était un moment comme seul Michel savait les créer.

Un autre jour, les pompiers du CTA Cannes (Centre de traitement de l’alerte) appellent mon épouse infirmière sapeur-pompier pour un accident grave avec plusieurs blessés à quelques kilomètres de Saint-Vallier. Au vu des éléments de l’alerte, bien que n’étant plus sapeur-pompier, je décide de l’accompagner. En fait, il y avait deux blessés pas vraiment très graves. Ils avaient également engagé l’hélicoptère EC-145 de la Sécurité civile Dragon 06. C’est Michel qui pilotait, il avait réussi à poser l’hélicoptère en bord de route à un endroit un peu juste, prouesse à la Fourcoux.
J’ai aidé à la mise en condition et au chargement des deux victimes dans la machine. Le médecin hélicoptère du jour les prend en compte. Je n’avais plus rien à faire là. Michel insiste pour que je l’accompagne. Ce n’était absolument pas nécessaire mais il me voulait avec lui :
« De toute façons je te remonte à Saint-Vallier car nous avons du matériel qui est sur les blessés à rendre aux pompiers. »

Moi :
Vu la façon dont tu pilotes cet engin de mort, jamais tu m’entends, jamais, tu ne me feras remonter avec toi, j’ai trop peur. A la rigueur si c’est moi qui pilote je veux bien ! »
En fait c’était une boutade, je ne sais absolument pas décoller, atterrir, tenir un stationnaire ce qui est le B.A-BA du pilotage très ardu d’un hélicoptère.
Il m’installe en place co-pilote. Le mécano ami me cède bien volontiers sa place. Michel décolle doucement et impeccablement et se dirige vers l’hôpital de Grasse où nous « livrons » nos deux blessés.
Faire le voyage à l’avant sans s’occuper des blessés en place co-pilote est un privilège rare...

Nous redécollons de Grasse vers Saint-Vallier, Michel fait un décollage à sa façon : départ et montée rapide en arrière, plongée à droite et virage serré puis il tire sur le collectif et l’hélicoptère se retrouve en ascension rapide face au village de Cabris.

Il me dit alors :
« A toi la machine ».

Et c’est avec grande émotion que j’ai pris le manche et ramené cet engin très sensible au plan des commandes au-dessus de mon village où j’ai effectué une large courbe avant de lui demander de reprendre pour l’atterrissage.

C’était cela Michel, cette capacité à donner du bonheur à ses amis. C’était cela Michel et bien d’autres choses.

Rodolphe BRUNN

Commenter cet article Répondre à cet article