Michel Pierre, le pilote aux 3 000 secours dans le Mont-Blanc, passe le manche

Mercredi 19 juin 2019

Mardi 21 mai 2019, 21h30. Tour d’honneur au sommet du Mont-Blanc pour Michel Pierre et dernier survol de l’Aiguille du Midi au manche de Dragon 74. « C’était le dernier vol d’entraînement que je devais effectuer pour finaliser mes états de service, on en a profité pour rejoindre le toit de l’Europe », Michel Pierre aux commandes de l'EC 145 Dragon 74 sur la DZ de Chamonix - Photo DR Le DL témoigne avec malice celui qui s’est offert un ultime souvenir au coucher du soleil. « Un petit voyage là où la terre caresse le ciel qui prend feu, au-dessus de la mer de nuages, il n’y avait pas de vent, ce n’était que du bonheur. »

Breveté pilote d’hélicoptère en 1979, Michel Pierre fête ce jeudi 20 juin ses 40 ans de carrière. Le chef de la Sécurité civile de Haute-Savoie affiche 9 200 heures de vol au compteur pour plus de 6 000 secours, dont la moitié sur le Mont-Blanc. Une légende de l’hélico tire sa révérence.

« Salut petit coco, qu’est-ce que tu viens faire là ? », cette question reçue lors de son premier atterrissage au Mont-Blanc résonne encore dans la tête de Michel Pierre. Des mots lancés par René Romet, le pape de l’hélico, le « sauveteur de l’impossible » que l’on ne présente plus et qui allait devenir son guide puis son ami.
« C’était en juin 1982. René est mon aîné, il était le premier à m’accueillir à la DZ des Bois à Chamonix, je venais dans le cadre d’un tournage du film militaire Le grand sygma », raconte Michel Pierre, jeune pilote de l’armée arborant déjà l’allure du “Top gun”, marque de fabrique de René Romet. La rencontre marquera à jamais la vie de Michel Pierre qui quittera l’armée 11 ans plus tard, après 14 ans de service, pour rejoindre la Sécurité civile en juin 1993, à la base aérienne d’Annecy Meythet.
Près de 3 000 secours sur les 6000 accomplis en 26 années de Sécurité civile
Ses qualités de pilotage et de gestion humaine parlant pour lui, il en deviendra le chef en 2004. Le parcours exceptionnel de Michel Pierre mérite de prendre de la hauteur : 37 ans de service et d’expertise au Mont-Blanc où il totalise près de 3 000 secours sur les 6000 accomplis en 26 années de Sécurité civile. Michel Pierre peut se targuer de faire partie des 10 meilleurs pilotes d’hélicoptères en France (3 000 pilotes) à pouvoir voler par tous les temps, de nuit comme de jour, sur le massif du Mont-Blanc.
Il est nommé en 2016 chef inter-bases de la zone de défense Sud-Est mais c’est bien à l’international que Michel Pierre va faire rayonner les hélicoptères rouge et jaune français, en tant que président des chefs de base de la Sécurité civile de 2006 à 2011 puis vice-président de l’Amicale nationale des groupements d’hélicoptères de 1998 à 2010.

Quand le patron parle de la Sécurité civile de Haute-Savoie

Ses secours marquants
Sur 6 000 secours effectués, pas si difficile d’en retenir un ou deux pour le pilote. Ceux qui marquent ressortent. Il y a d’abord ses premiers secours, un accident de la route majeur et un accident de bûcheronnage, quand il était détaché au SAMU de Dijon. « C’était mes premières victimes, l’armée allouait des Alouette III kakis avec l’autocollant blanc SAMU », se souvient Michel Pierre qui n’oublie pas non plus comment à l’époque, le jeune pilote de l’armée âgé de 22 ans, dans sa combinaison de vol et derrière ses lunettes d’aviateur, avait pu mesurer son pouvoir de séduction auprès des infirmières et des médecins.

Avalanche nocturne pendant les JO d’Albertville en 1992
Le second secours fut effectué aux Jeux olympiques d’Albertville, en février 1992. « Trois militaires des troupes alpines patrouillant dans les montagnes avaient été emportés par une avalanche partie d’un point haut de transmission. Nous avons décollé de nuit par une météo exécrable à bord d’une Alouette III. Le chef de groupe est décédé. Nous avons récupéré les deux autres chasseurs du 13e BCA (Savoie) au refuge du lac Merlet. »

« On a la chance d’avoir en France un système exceptionnel, on est les seuls au monde. Partout ailleurs, il faut agiter la carte bleue »
En 2012, il devient vice-président de la commission internationale aéronautique du comité international du secours alpin. « J’ai beaucoup voyagé, rencontré et échangé sur les techniques de pilotage avec des gens du monde de l’hélicoptère et de la montagne venant du monde entier. » L’ambassadeur de la Sécurité civile à la française n’en tire aucun laurier.
« On a la chance d’avoir un système de Sécurité civile exceptionnel en France. On est les seuls au monde. Partout ailleurs, il faut payer, agiter la carte bleue pour avoir un hélico, que l’on ait un problème cardiaque en montagne ou un accident de la route », insiste celui qui représente le groupement d’hélicoptère de la Sécurité civile nationale auprès de la fédération française de la montagne et de l’escalade (FFME).
Après s’être présenté à l’armée à Nancy juste après le bac, celui qui voulait « être pilote de chasse embarqué » et avait dû se tourner vers l’hélicoptère, victime des quotas, profitera de sa nouvelle vie pour se remettre au pilotage d’avions. Fraîchement sexagénaire, Michel Pierre va aussi pouvoir se consacrer à sa famille, à ses deux enfants, son fils aux États-Unis et sa fille en Gironde ainsi qu’à son petit-fils d’un an, Marcel.
Michel Pierre passera officiellement le manche au nouveau chef de base ce jeudi. « Après 27 ans de boutique, on me parle encore de René Romet. Il n’y a pas de bons pilotes, rien que des vieux pilotes », résume Michel Pierre reprenant par analogie la citation bien connue des guides de haute montagne.
Jusque-là non formalisée, la cérémonie de passation de prise de base est une nouveauté illustrant la volonté de la direction générale de la Sécurité civile et gestion de crise (DGSCGC) de montrer qu’elle n’est pas un corps départemental mais un corps d’État placé sous l’égide du ministère de l’Intérieur. Michel Pierre présentera aujourd’hui son successeur Alain Hamel, 48 ans, pilote originaire des Pyrénées-Orientales.

Naissance et vocation
Michel Pierre est né le 5 novembre 1958, à Briey, en Meurthe-et-Moselle. Conquis par l’obtention en 3e du brevet d’initiation aéronautique (BIA) grâce à un professeur, il apprend à piloter à 17 ans, un avion avant une voiture, à l’aéro-club de l’Est à Nancy, un Jodel D119.

Les débuts à l’armée
Breveté pilote d’hélicoptère en 1979, il intègre le régiment d’hélicoptère de combat à Étain, dans la Meuse. Il est détaché l’été auprès du SAMU de Dijon et vit ses premiers secours. En juin 1983, il rejoint l’escadrille d’hélicoptères légers de la 27e Division alpine à Grenoble puis le groupement militaire de haute montagne.
Premier détachement à la Sécurité civile en 1988 à Nice. En 1990, il rejoint le 5e groupement d’hélico de l’aviation légère de l’armée de terre, comme instructeur pour former les pilotes au vol en montagne, en vue des JO d’Albertville. Il rejoint en juin 1993 la Sécurité civile, à Annecy.

Romet et Pierre, deux “Top Gun” légendaires amis depuis 37 ans
Michel Pierre et René Romet, deux pilotes d'exception, deux as du secours en montagne passés par l'armée avant de rejoindre la Sécurité civile. Photo Le DL /V.B-G.Depuis leur rencontre au sommet du Mont-Blanc en 1982 et ce premier café partagé à l’Alpina, les pilotes entretiennent une amitié profonde. 37 ans plus tard, le souvenir reste intact.
« Il est arrivé comme un bleu, tout timide avec son hélicoptère militaire », pique René Romet, pilote d’hélicoptère instructeur qui a quitté la Sécurité civile en 1992 avec 19000 heures de vol, 6000 secours, 270 missions de guerre et plus de 600 disciples. À 83 ans, le fringant pilote s’est offert une visite surprise à la base, à quelques jours du grand départ de “son coco.”
« Je suis venu saluer mon petit coco »
« La vie a voulu qu’on se recroise puis qu’on se retrouve », enchaîne Michel Pierre qui reste marqué par sa découverte du Mont-Blanc. « Je faisais énormément de photos. Je les faisais agrandir pour les offrir au colonel de l’époque qui a fini par me dire “la montagne ça a l’air de vous plaire”, j’étais muté à Grenoble l’année suivante. »
Déjà lors de son arrivée à Annecy en 1993, le pape de l’hélico lui avait refait le coup, faisant irruption à la cérémonie, à la plus grande surprise du chef de base. « Je suis venu saluer mon petit coco », avait simplement lancé René Romet s’affranchissant des conventions.
La complicité des pilotes n’a pas pris une ride, capables d’évoquer les dernières De gauche à droite : Francis DELAFOSSE (MOB retraité), Michel PIERRE et René ROMET (pilote retraité) posent devant l'EC 145 Dragon 74 à Annecy en juin 2019 - Photo Francis Delafossetechnologies du secours comme de faire revivre le temps où les hélicos dormaient dehors, « cette époque où il fallait déneiger les pales et réveiller la machine à la réchauffeuse, sorte de boa souffleur d’air chaud. »
Malgré leurs 23 ans de différence, les pilotes ont de nombreux points communs, carrière militaire et civile, l’élégance, le souci du raffinement et de l’entretien physique mais « on n’a pas le même caractère », sourit Michel Pierre.

L’œil du réalisateur aussi
Pétri de talent, le pilote fut à la plume des premières “Gazettes des Dragons”, début 2000, (magazine annuel) mais c’est derrière la caméra que Michel Pierre s’est montré aussi à l’aise qu’au manche. Sa fibre de réalisateur a vibré la première fois en 1982 lors du tournage au Mont-Blanc d’un film militaire du service cinématographique des armées.
Il dédie son premier film à “Choucas, l’hélicoptère de l’armée”, lors de la dissolution de l’escadrille de Grenoble en 1990. Puis il réalise le film “Raconte-moi un Dragon” sorti en 2007 pour les 50 ans du Groupement d’Hélicoptère de la Sécurité Civile. « Une initiative personnelle pour laquelle j’ai eu tous les moyens, ça a été six mois de travail, scénario, mise en scène, tournage. On a passé trois jours intenses avec Michel Drucker, le parrain de l’événement. »

Une stèle artistique à Nîmes
Michel Pierre a aussi marqué l’histoire de la Sécurité civile en France par une seconde fibre artistique, au travers d’une stèle de l’artiste René Broissand créée en juin 2001. « Ma maquette mettant en scène trois oiseaux dans un tourbillon a été retenue. Elle trône à l’entrée de la base du centre opérationnel technique national de la Sécurité civile, à Nîmes, là où tous les pilotes viennent repasser chaque année leur permis de voler. » Source

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