André Bègue, un parcours exceptionnel pour un enfant du cirque

Mardi 1er juin 2010

Dans Mafate, il n’y avait pas un îlet, un habitant qui ne connaisse le nom d’André Bègue, décédé hier dans l’accident de son hélicoptère au col des Bœufs. L’enfant du cirque aura été de ceux qui aura le plus contribué au désenclavement du site le plus isolé de notre île. L’essentiel de ses nombreuses heures de vol avait été accumulé au cœur de Mafate qu’il connaissait comme sa poche.
Accroupi, André Bègue inspecte son Alouette III après l'évasion spectaculaire, en hélicoptère, de Juliano Verbard de la prison de Domenjod.Pilote et gérant de « Mafate Hélicoptères » André Bègue était le héros d’une véritable success story. Né à Mafate, il apprend la boulangerie et l’hôtellerie en métropole avant de revenir pour reprendre l’épicerie de son oncle, créer un bar et ouvrir son gîte en 1985 à la Nouvelle. Il ne cessera de développer cette activité.

Ii obtient sa license de transporteur en 2008
Sa rencontre Il y a une vingtaine d’années avec un pilote de Heliblue, Pierre Barrier, est décisive. André Bègue ne connaît rien aux hélicoptères. Pierre Barrier lui fait passer un test d’initiation. Il décèle en André Bègue le don du pilotage. Après beaucoup de travail et de persévérance, ce dernier passe son brevet de pilote et l’obtient en 1993. Mais les débuts sont difficiles. « Personne ne voulait m’embaucher. Aucune compagnie ne voulait d’un pilote débutant qui n’avait volé que 1500 heures. Mais l’envie de voler a été la plus forte », confiait-il. Grâce à de belles rencontres, comme celle de Jean-Marc Legagneur, qui permet aux pilotes privés de progresser, il avance petit à petit et travaille de 1998 à 2000 à Saint-Gilles, pour Heliblue. Il assure alors les vols touristiques à Mafate et dans toute l’île. En 2002, il fonde enfin « Mafate Hélicoptères », sa société de transports au cœur du cirque de son enfance. Le 25 mars 2008, c’est la consécration. La Direction de l’aviation civile délivre à Mafate Hélicoptères une licence d’exploitation de transporteur aérien lui permettant d’exercer une activité de transport aérien public de passagers, de poste et de fret au moyen d’appareils de masse maximale au décollage inférieure à 10 tonnes et d’une capacité inférieure à 20 sièges. Avec ses trois appareils, un Ecureuil, un Lama et une Alouette III, auquel s’ajoutait le Robinson R22 impliqué dans l’accident d’hier, Mafate Hélicoptères assurait 90 % du ravitaillement de Mafate. Elle s’occupait très peu du tourisme. Le pilote mafatais travaillait à la demande du client et prenait en charge ponctuellement la pose de filets et de tuyaux sur les falaises de la route du Littoral. Son attachement à son cirque natal, avait valu à André Bègue l’attachement de la population de Mafate. Elle l’avait prouvé en avril dernier en venant le soutenir massivement alors qu’il comparaissait à la barre du tribunal correctionnel de Saint-Denis. André Bègue était accusé d’avoir construit illégalement un hangar de 300 m2 à la Nouvelle.c’est par dizaines que des habitants du cirque étaient venus soutenir le patron de la société Mafate Hélicoptères, « le seul service public de Mafate », selon eux. Alain Dupuis

Sorti indemne de deux accidents
Voler dans le cirque de Mafate n’est pas de tout repos. André Bègue, qui s’était fait une spécialité du transport de charges et de passagers dans le cirque, est sorti quasiment indemne de deux accidents. En mai 2001, dans le lit de la rivière des Galets, André Bègue évite le pire en posant en catastrophe un Robinson R22 appartenant à l’aéro-club Bourbon. L’accident est dû à un problème technique. En février 2005 un hélicoptère de type Lama s’écrase à Grand-Place-les-Hauts au cours d’une opération de dépose de charge. André Bègue qui est aux commandes, et son mécanicien parviennent à s’extraire eux-mêmes de l’appareil et ne sont que très légèrement blessés.

Hommage de la mairie de Saint-Paul
Huguette Bello, parlant au nom du conseil municipal, adresse "ses condoléances attristées" à la famille, aux proches et amis d’André Bègue. "Enfant du cirque, il a beaucoup oeuvré pour le désenclavement de Mafate. Il a su aller au bout de ses rêves : piloter un hélicoptère. Il était d’une grande disponibilité pour les habitants", écrit la mairie dans un communiqué.

"C’était notre préfet"
La formule émane de cet habitant de Marla, Manrique César, également porte-parole de l’association Allon march ansamb Mafate. Quelques mots pour signifier le rôle prépondérant joué par André Bègue dans le cirque. Les Mafatais ont ainsi perdu un ami. Aujourd’hui, ils lui rendent hommage en soulignant sa générosité : "C’était une personne présente toute l’année, tous les jours, à toute heure, pour nous aider. Sans André Bègue, nous sommes foutus". Ce personnage emblématique n’a jamais hésité à improviser une sortie en hélico pour rendre service aux siens. Une disponibilité qui a toujours apporté du réconfort à l’ensemble des habitants. En cas d’urgence, ils pouvaient compter sur lui. "On a perdu notre mobilité", confie Manrique César. Car avec les autres compagnies, les Mafatais n’entretiennent pas ce contact privilégié. "Ce n’est que l’argent, l’argent. On ne peut pas discuter les prix. Lui c’était 30 % l’argent, 70 % la disponibilité". Aujourd’hui, Mafate pleure la perte d’un être cher. Inévitablement, depuis ce bruit de tôles froissées qui a fait tressaillir tout le cirque, une page s’est tournée au cœur de la Réunion. La douleur estompée, il faudra réfléchir au devenir de Mafate Hélicoptères. "Nous allons soutenir la famille afin que l’activité se poursuive. Tant d’efforts ne peuvent pas être anéantis comme ça". D.F.B.

Les Mafatais sous le choc
Vive émotion chez les habitants du cirque après l’annonce de la disparition de leur pilote "préféré". D’un îlet à l’autre, les Mafatais, en sanglots, lui rendent un hommage unanime.

Yolande Hoareau (gîteuse à Marla) : On est choquée d’apprendre ça. On a tout perdu : un ami, un frère. Comment va-t-on faire sans lui ? C’était notre meilleur pilote. Toujours prêt à rendre service, à toute heure. Il lui arrivait de ramener notre petite fille de l’école en hélico. Il n’a fait que du bien. Moi, je l’ai vu grandir, je l’ai vu devenir pilote.

Liliane Cernot (la Nouvelle) : André était très apprécié par tous les habitants. C’était quelqu’un de bien, généreux, serviable. J’avais l’habitude de voyager avec lui, il transportait les enfants malades, il faisait beaucoup pour les commerçants et les gîteurs. C’est triste. On est choqués.

Vincent Hoareau (Marla) : Il y avait deux trucs qui faisaient vivre Mafate : André Bègue et le tourisme. C’était le pilote du cirque, celui à qui tout le monde faisait confiance. Il faisait quasiment partie de la famille. C’était plus qu’un ami. On est déboussolé, inquiet. Comment ça va se passer maintenant. Est-ce que quelqu’un va prendre le relais pour le ravitaillement ? François Libelle (Ilet-à-Malheur) : C’est un grand choc. André était un bon gars, qui rendait beaucoup de services avec son hélico. Au niveau boulot, c’est fini pour nous, ce ne sera plus pareil sans lui. Je me demande comment les gens du cirque vont faire pour les rotations.

Paulina Hoareau-Giroday (gîteuse à Marla) : Ça nous très mal. On est vraiment malheureux. André était comme un frère pour nous. On a perdu le plus grand pilote de Mafate. Dès qu’on avait besoin de lui, à n’importe quelle heure de la journée, il était là pour nous ravitailler. Qu’est-ce qu’on va devenir maintenant, s’il n’y a plus d’autres solutions pour livrer nos courses ? Ce sera un coup pour le tourisme. Mais pour l’instant, je pense aux deux enfants d’André, à ses frères qu’il aimait tant. Propos recueillis par V.B. source

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2 Messages

  • André Bègue, un parcours exceptionnel pour un enfant du cirque 12 février 2012 13:31, par AH FAT Stephane

    En effet, parce que l’hélico me fascine, parce que je suis un enfant de la REUNION, parce que son style de pilotage me fascinera toujours, parce que son parcours professionnel et privé je l’idéaliserai toujours, je me suis rendu illico presto à pied par les sentiers pour lui rendre un dernier hommage, et je suis actuellement ma formation PPL, pour toi André, je volerai à mon tour et je te lancerai des messages radio, mon frère regretté pilote Réunionnais, BONS VOLS A JAMAIS.
    Stéphane

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    • Effectivement, mon frère du ciel, en entendant ton hélico survolé la maison au tampon, je sortais et te regardais jusqu’à ne plus voir ta voilure tournante qui disparaissait dans l’horizon, avec une seule envie de te voir repasser par là au plus vite.
      Lors de mes randonnées dans le cirque de Mafate, j’admirais tes approches, tes levages... et décollages.
      J’ai commencé par un brevet de pilote d’ulm, ensuite un PPL avion jusqu’à ce jour, ma passion de toujours reste l’hélico.
      Je suis moi aussi un enfant de cette île intense, je me joins à mon ami stéphane ci-dessus avec qui je me suis organisé ce mardi 31 mai pour te rendre un dernier hommage, nous courrions dans le sentier du Col des Boeufs jusqu’a la nouvelle pour ne pas être en retard à ce dernier ADIEU.
      A toi André, bon vol éternel ! et surveille nous très prochainement dans le ciel Réunionnais depuis là haut !!!

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