Pierre de Brissac se rêvait dans le ciel

Mercredi 10 février 2010

Il commerçait chez Louis-Vuitton. À 28 ans, il a tout lâché pour vivre son coup de foudre pour l’hélicoptère. Pierre de Brissac vient de se poser à La Baule. Pour mieux décoller...

Portrait
Pierre de Brissac vole sur Écureuil : « J'ai beaucoup de chance » - Photo Ouest-FranceIl a l’œil qui luit naturellement quand on le branche sur sa passion. Tout sourire, Pierre ! Et il ne risque pas de perdre sa faconde. Parcours exigeant et parcours essentiel pour ce fils de châtelain ni snob ni frimeur. S’il caracole aujourd’hui dans une machine qui vaut un petit tas d’or, il se dit conscient de sa chance et rend grâce au destin... et à son employeur. Pierre de Brissac, élégant trentenaire aux cheveux bruns constamment tirés en arrière par d’invisibles mouvements de rotor, garde les yeux de Chimène pour son Écureuil. C’est le modèle de la machine qu’il gère depuis le début de l’année sur l’aérodrome de La Baule-Escoublac. Un gros insecte bleu marine proche du bleu gendarmerie qui l’amuse bien : « Quand les gens me voient de loin, en général, ils font très attention ! »

Pierre de Brissac n’est pas un m’as-tu-vu : il parle plutôt travail, travail et encore travail, pour parvenir au niveau requis. « À 28 ans, j’ai voulu en faire mon métier, je venais de faire un vol d’initiation avec Éric Oger. » L’instructeur croisé par hasard venait de lui inculquer les rudiments sur un vol. Ce sera l’acte fondateur.

Voler sans regarder devant soi...
Pierre a quitté, quelques années auparavant, le château de Brissac, dans le Maine-et-Loire, pour intégrer une école de commerce. Il sert ensuite 18 mois dans la Marine nationale puis rentre alors chez Louis-Vuitton - Moët-Hennessy, LVMH, le groupe de produits de luxe. « À Paris, je voyais les hélicoptères au-dessus de ma tête et cela m’a encouragé. » Le vendeur de luxe démissionne et se consacre entièrement aux cours pour obtenir ses licences de pilote. En cassant la tirelire...

D’abord un mois pour décrocher le brevet de privé. « Pour le professionnel, c’est un an minimum de théorie en intensif ! »

Pierre finit dans les trois premiers de sa promotion mais les postes ne courent pas les tarmacs. « Avec 250 heures de vol, c’est trop court. » Il parvient à piloter 50 heures, afin de devenir instructeur. Une société du sud, Azur hélicoptères, l’embauche pour monter un bureau à Lyon. Avec trois modèles de machines différents. « J’ai eu un petit 22, puis un 44 et ensuite un Écureuil, j’étais lancé. » Le pilote travaille dur : « 7 jours sur 7, non-stop toute l’année pour lancer la base. » Et ça turbine !

Au bout de trois ans, l’Angevin se spécialise, à Genève, dans des vols très pointus pour effectuer des prises de vues avec des cameramen et photographes sur le Dakar, les courses de F1 à Magny-Cours : cela suppose un excellent doigté, une vista : « ne plus regarder devant soi » mais là où les images doivent êtres prises... « Et je suis passé sur Agusta, l’un des plus beaux hélicoptères du monde ! »

Mais l’ouest manque à Pierre, autant qu’à son épouse Astrid, Bauloise. En hélico, il ne faut pas longtemps à revenir mais, pour un poste, c’est plus délicat... Il faudra beaucoup de contacts et de persévérance pour que le jeune pilote trouve, à 35 ans, « le » poste dont il n’a jamais osé rêver : La Baule. La société d’hélicoptère bauloise est partie, Aérozais, de Cholet, veut s’y installer. « Je suis gérant, ici. » Et tout seul, dans son bureau, à assurer le commercial, la prospection, les vols et le service après-vente !

Le pilote aime tout faire et veut développer l’affaire lancée le 1er janvier : des vols touristiques, des baptêmes de l’air, des propositions de vol-déjeuner sur le littoral sud-Loire, mais aussi des vols professionnels, d’affaires et le transport de preneurs d’images, son dada : « voler à 2 m au-dessus de l’eau pour prendre un voilier au départ d’une Transat ou s’enrouler 300 pieds au-dessus du mât, c’est-à-dire tourner autour, c’est très technique... » Son expérience de sauvetage en montagne le sert. L’air du large y est aussi vivifiant, sauvage. Intacte, la passion... Michel ORIOT source

Commenter cette brève Répondre à cette brève