Monsieur 6.000 heures de vol

Lundi 21 juillet 2008

Chavirages, recherches, hélitreuillages... Pour les équipages des Dragons de la Sécurité Civile, tous les étés sont chauds. « C’est un tiers de notre travail de l’année, les nuits sont courtes », résume Philippe Joly, plus de 6.000 heures de vol au compteur et 750 personnes secourues. D’une sortie tous les deux ou trois jours à trois interventions quotidiennes... Depuis janvier 2007, Philippe Joly est chef interbases dans l'Ouest et chapeaute les Dragons de Quimper, Lorient, Granville et Le Havre - Photo Y. M.Chaque été, la rengaine est la même pour les équipes des Dragons dont les bases avoisinent la grande bleue. L’été est synonyme d’activité surabondante pour ses membres, quatre pilotes et quatre mécaniciens par base, qui ne peuvent prendre plus de deux semaines de congés. « On s’assure que tout le monde est disponible à cette période, explique le chef de la base de Quimper, Philippe Joly. Le boulot est énorme et les nuits sont courtes. L’hélicoptère doit toujours être prêt à partir. On ferme à 23 h 30 pour reprendre à 9 h ».

1.150 missions, 2.150 hélitreuillages...
Ne comptez pas sur cet ancien de l’armée de terre, quinze ans d’engagement, pour s’en plaindre. « Oh non, c’est appréciable, les missions sont extrêmement variées, du sauvetage en mer à l’hélitreuillage sur les falaises ou les sentiers côtiers en passant par les recherches ». Le rythme, encore le rythme, Philippe Joly, 51 ans, ne jure que par ça. Tant dans le travail que dans la vie privée puisque ce fou de musique court les concerts à travers la France. Springsteen deux fois par an, Genesis, Police, les Vieilles Charrues... Manche en main, ce natif de Tours marié à une Finistérienne ne peut s’empêcher de chantonner. Chef de la base hélicoptère de Pluguffan depuis douze ans, il est l’un des pilotes les plus expérimentés de la Sécurité Civile. Chevalier dans l’ordre national du Mérite, il a passé, en 2007, le cap des 6.000 heures de vol et « pèse » pas moins de 1.100 missions de secours, 2.150 treuillages et 750 personnes secourues. Autant dire que côté anecdotes, l’homme cloue facilement son auditoire.

D’Édouard Michelin au « petit blond »
Parmi ses souvenirs les plus marquants, la disparition d’Édouard Michelin dans la chaussée de Sein, il y a deux ans. Première sur place, c’est son équipe qui a retrouvé le corps du P-DG. Il se souvient également de la noyade d’un matelot de 32 ans, le 10 octobre 2004, à l’entrée du port du Conquet (29). Deux jours plus tard, Dragon 29 retrouvait la victime. « Nous avions cherché pour montrer au monde des pêcheurs que nous étions avec eux. Ils étaient tous là. Il n’y avait pas un mot dans l’hélico ». La suite fut tout aussi poignante puisque, pour la première fois de sa carrière finistérienne, entamée en 1995, il recevait trois lettres de remerciements de proches du disparu. Les écrits, conservés, sont poignants, au point de l’émouvoir encore. « Généralement, on prend, on sauve, on dépose, et après, il n’y a plus de contact. Mais je me souviens d’un aumônier qui s’est présenté pour m’offrir une coupelle. Sa fille était décédée, mais il souhaitait nous remercier de notre délicatesse ». Et comme il n’y a pas que des histoires tristes, ce père de deux garçons cite ce « petit blond » toujours en vie alors que son décès était quasi annoncé dans l’hélicoptère. Et ces jeunes grimpeurs qui, une fois sauvés, voulaient y retourner. Le tarif est toujours le même pour la personne secourue : gratuit. Service public oblige. Que la faute en incombe à la malchance ou à un risque inconsidéré pris par un vacancier. « Blasé par les dangers encourus par certains ? Disons qu’avec l’âge, on devient philosophe. Mais il y a quand même pas mal d’égoïstes qui ne pensent qu’à eux ». source

Commenter cette brève Répondre à cette brève