Franck Diebold, le pilote sauveteur du Dragon 2B, raconte

Mercredi 14 octobre 2009

Des creux de cinq mètres, du vent à 90 km/h : lorsque l’hélicoptère Dragon 2B de la Sécurité Civile arrive sur la zone du crash, il est presque 20h. Depuis de longues heures déjà, des moyens explorent la zone pour retrouver les passagers du Cessna. L'EC145 de la Sécurité Civile - Photo © Christophe Gothié « À partir du point supposé de l’impact, je me suis dirigé vers le sud. Et c’est là que j’ai vu une lumière, puis deux », raconte le pilote de la Sécurité Civile, Franck Diebold. Avec ses jumelles à vision nocturne, il repère ainsi les lampes des gilets de sauvetage qui s’éclairent au contact de l’eau et signale à l’avion de patrouille maritime la position des rescapés. Une délicate mission de sauvetage est alors entreprise. Dans l’appareil, se trouvent le mécanicien-opérateur de bord et deux sapeurs-pompiers plongeurs des centres de Bastia et Luri, David Donati et Sébastien Scartabelli. Le casque du pilote est équipé de JVN - Photo DL « J’ai positionné l’hélico à environ 30 mètres du niveau de l’eau. L’un des plongeurs est descendu et, au bout de la troisième tentative, nous sommes parvenus à remonter un homme ».
La victime est prise en charge et elle semble aller bien. Le pilote prend alors la décision de récupérer un autre passager du Cessna.

« Les conditions météo étaient exécrables »
Il y avait un groupe de trois personnes et deux autres isolées. J’ai choisi de me diriger vers elles », poursuit le pilote. Un choix qui a certainement sauvé la vie de cet homme qui dérivait dangereusement à moins de deux cents mètres des rochers. L’équipe des sauveteurs n’a pas réussi à remonter le troisième passager isolé. « Je suis alors revenu au-dessus du dernier groupe, le temps que le Puma gagne la zone et prenne le relais. J’ai lancé une bouée, ainsi que des bâtonnets luminescents. J’ai attendu quelques minutes et le Puma est arrivé ».
Les jumelles à vision nocturne (JVN) - Photo © Christophe GothiéL’équipe du Dragon 2B a ensuite déposé les victimes du crash à Porto, avant de rentrer à la base vers 21 h30. Une mission parfaitement réussie. D’autant plus que les conditions météo étaient exécrables. « Il faut savoir aussi que le type d’appareil que nous pilotons est plutôt adapté aux secours en montagne, il n’est pas prévu pour le sauvetage en mer », souligne Jean-Marc Bozio, l’un des mécaniciens-opérateurs de bord de la base de Poretta.
Aux commandes de l’hélicoptère se trouvait un pilote chevronné, qui compte vingt ans d’expérience de sauvetage en mer, au service de la Marine nationale. Sandra Carlotti source
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Les coulisses d’un incroyable sauvetage au large de la Corse
Les sauveteurs racontent leur intervention dans la mer déchaînée pour récupérer les six passagers du Cessna qui s’est crashé dans le golfe de Porto. Les rescapés témoignent. Ils racontent le choc, l’attente, la peur et leur bonheur.
Les rescapés sortent de l'EC145 du DAG d'AjaccioFranck Dielbold assure n’avoir pas pensé, lundi soir, à son collègue et ami Philippe Métais, pilote de la Sécurité Civile, mort dans le crash de son hélico en Haute-Corse avec son mécano Philippe Lopez-Guia, le 25 avril dernier alors qu’ils évacuaient une femme enceinte. Même si, lorsqu’il a repéré à 20h05 le premier naufragé du Cessna qui s’était crashé peu après 14h au large de Porto avec six passagers à bord (4 hommes et 2 femmes), les conditions étaient aussi dantesques pour l’opération de sauvetage.

"Des rafales à 80 km/h et des creux de 4 à 5 mètres, détaille-t-il, tranquillement. Mais j’ai connu pire. Comme lorsque j’ai dû aller chercher un marin-pêcheur à la dérive au milieu de la Méditerranée, qui avait eu un bras arraché sur son bateau." Avant-hier, il "a fait le job" comme il dit, avec des rescapés qui ont fait preuve d’un grand sang-froid, notamment le pilote, commandant de bord à Air France et une hôtesse, qui a fait enfiler les gilets à tout le monde et ouvert les portes du Cessna juste avant d’amerrir dans les vagues furieuses.

"J’ai repéré le premier passager du Cessna à 20h05, raconte-t-il. Avec mon hélitreuilleur Bernard Munoz et les plongeurs David Donati et Sébastien Scartabelli, nous l’avons récupéré rapidement. Nous avons localisé les cinq autres dans la foulée, deux isolés et trois dans un canot qui leur avait été largué par l’avion de reconnaissance Bréguet Atlantique, tous équipés de gilets munis de balises lumineuses. Pour faciliter le travail des autres sauveteurs, nous avons jeté dans l’eau des bâtons de "cyalume" qui produisent une lumière verte facilement visible aux jumelles d’observation nocturne."
En fait, par gros temps, il est plus facile de repérer les survivants d’un crash de nuit, avec cet équipement, que de les localiser en vision normale de jour. À ce moment-là, le pilote doit faire des choix décisifs. Entre deux rescapés. "Nous avons tenté d’hélitreuiller à trois reprises un passager qui ne parvenait pas à attraper le "bout" que nous lui lancions. Dans un sauvetage de ce type, il faut que les rescapés participent, échangent avec les plongeurs. Mon travail de pilote, c’est d’engager tous les moyens disponibles sans mettre la vie de mon équipage en danger."
Coup de chapeau à l'ensemble de l'équipage : pilote et MOBAlors, l’hélico s’est dirigé vers un autre "miraculé" moins engourdi par l’eau froide pour le remonter à bord de l’hélico "Dragon 2B". "Mais nous sommes restés en vol stationnaire en permanence, pour soutenir le moral du passager isolé. Après avoir déposé notre deuxième rescapé sur la plage de Porto où l’ambulance du Samu attendait, le Super Puma de l’Armée de l’Air nous a relayé et a récupéré les quatre personnes qui étaient dans l’eau depuis le début de l’après-midi."

Franck Diebold oublie de préciser qu’en début d’après-midi, en attendant d’intervenir dans le golfe de Porto, il avait hélitreuillé un plaisancier dont le bateau avait coulé au large de Bastia. Une journée où, avec ses collègues de l’Armée de l’Air, les pompiers et les gendarmes, il a sauvé sept personnes de cette Méditerranée qui lui a pris bien des vies.

"Jusqu’au bout, j’ai craint que l’un des six passagers du Cessna ne s’en sorte pas. Quand à 23h30, les coordinateurs des secours m’ont appelé pour me dire que tout le monde était sain et sauf à l’hôpital, j’ai soufflé." Brièvement. Ce matin, après ce sauvetage hors du commun, il repartait en appui sur un feu de forêt près de Patrimonio. Philippe Larue source

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