Des pompiers et des pilotes

Mercredi 2 août 2006

Dès que l’Homme a découvert le feu, il a fallu qu’il apprenne à s’en servir. Malheureusement, même si l’homme d’aujourd’hui a évolué (Mais si, mais si ! Nous sommes censés ne plus nous conduire comme des hommes des cavernes ! Enfin ça, faudrait le rappeler à certains sur cette planète. Je ne nommerai personne), il reste encore à déplorer des accidents qui, de gestes banals (cigarettes mal écrasées, barbecues intempestifs) en gestes criminels, peuvent devenir de véritables désastres écologiques entraînant parfois la mort de victimes.
Heureusement pour nous tous, il existe un corps de métier qui viendra toujours à notre secours : celui des pompiers. Ces personnes admirables (leur devise n’est-elle pas « Sauver ou périr » ?), parlent toujours avec flamme de leur passion, l’assistance à autrui.
Et même si la météorologie de ces dernières semaines rend leur travail beaucoup plus ardu en les obligeant à rester encore plus que d’habitude sur le pied de guerre, deux de ces hommes ont accepté de se soumettre au feu nourri de mes questions et ce, non sans humour.

1. Bonjour Jean-Philippe Bert*. Bonjour Jacques Ripert*. Pourquoi avoir choisi ce métier aux risques très élevés plutôt qu’un autre ?
J-P : J’ai choisi ce métier essentiellement pour l’action. J’ai fait des études de commerce mais les débouchés qui m’étaient offerts ne correspondaient pas à mon tempérament. J’ai découvert aussi au fil du temps le goût de l’assistance à autrui. Aider les autres, porter assistance, aller vers les gens en détresse apportent beaucoup et permet d’apprendre à se connaître.
J : Ce métier, ou plutôt cette activité de lutte incendie par hélicoptère n’est pas plus dangereuse qu’une autre, sous réserve de respecter les procédures mises en place. Cette activité apporte la satisfaction de se mettre au service des autres, d’aider à la préservation des espaces naturels, ce qui est très gratifiant.

2. Civil, militaire ou volontaire... En vrai, qu’est-ce que cela change une fois sur le lieu de l’incendie ?
J-P : Civil ou militaire, sur le terrain, seule la tenue différencie les hommes. Le métier et les risques sont identiques et l’entente entre les deux institutions est excellente.
J : Pas du tout, dans le feu de l’action, je suis juste un pilote d’hélicoptère qui rempli sa mission du mieux possible.

3. Que doit-on avoir comme diplômes ou comme formations pour être titulaire de votre poste ?
J-P : Pour être titulaire du poste que j’occupe, aucun diplôme spécifique n’est requis mais il est vrai qu’en posséder rend plus facile l’accès aux grades et fonctions élevées.
J : Il faut être titulaire d’une licence de pilote professionnel d’hélicoptère, d’avoir la qualification ‘’lutte incendie’’, être titulaire du stage sécurité civile afin de pouvoir évoluer dans la zone de l’incendie à proximité des avions bombardiers d’eau.

4. Le nouveau dispositif mis en place par la Direction de la Défense et de la Sécurité civiles (DDSC) dit entre autres que vous pouvez intervenir sur l’ensemble du territoire. Vous êtes comme les scouts, toujours prêt ? Jusqu’où pouvez-vous être amené à partir ?

J-P : En tout temps et en tout lieu nous sommes mobilisables et avec vous je peux partir jusqu’au bout du monde.
J : Ah oui ! Sans aucun doute, nous sommes toujours prêts à apporter notre aide pour stopper un incendie ou qu’il soit. Les règles d’emploi des hélicoptères bombardier d’eau nous autorisent à intervenir sur l’ensemble de la façade méditerranéenne à l’exception de la Corse.

5. Vraisemblablement, vous ne faites pas partie des détachements d’interventions de retardant (DIR) mais j’aimerais tout de même savoir si vous éprouvez un sentiment de surpuissance quand vous tenez votre lance ou votre manche ?
J-P : Le sentiment de surpuissance, je l’éprouve dans d’autres circonstances qui ne concernent pas le présent questionnaire.
J : Ce n’est pas un sentiment de surpuissance ! Néanmoins il faut être très vigilant car l’on se prend au jeu de l’urgence ; il faut veiller à ne pas s’emballer, respecter en permanence les procédures et la sécurité, car le risque d’accident n’est jamais très loin.

6. A part sur les incendies, sur quels accidents pouvez-vous être amené à intervenir ?
J-P : Nous pouvons intervenir sur tous types d’incidents et de missions. Cela peut aller de l’explosion d’une bombe dans le métro (ce que l’on ne souhaite pas), à la jeune femme éplorée chez elle (nous sommes des spécialistes...)
J : A priori aucun, sauf en cas de demande expresse de l’Amiral commandant le bataillon, si sur un événement particulier l’hélicoptère peut être utile à l’organisation des secours.

7. Pensez-vous que l’on devrait mettre en place des cours de secourisme dès la maternelle ?
J-P : Je trouve un peu prématuré de donner des cours de secourisme dès la maternelle car les enfants de 3 à 6 ans n’ont pas encore la notion de blessé, malade ou malaise. A cet age là, on ne fait pas encore la distinction entre une atteinte simple et une atteinte vitale. De plus, les capacités physiques, ne serait-ce que pour déplacer une victime, sont trop limitées.
J : Oui, bien sûr, beaucoup d’accidents pourraient être évités grâce à la prévention et connaître les bons gestes permettrait de sauver des vies.

8. Doit-on être fasciné par le feu pour tenter de l’éteindre ou au contraire le craindre ?
J-P : Ni l’un ni l’autre, il faut « juste » l’analyser et le comprendre. Tous les feux ne se ressemblent pas. Différents facteurs entrent en compte lors de sa naissance, son développement et son évolution. Connaître cette dynamique pour lutter contre le sinistre, c’est ce qu’on apprend lors de notre formation.
J : Ni l’un ni l’autre, il faut le respecter, apprendre à le connaître, se méfier de lui ; mais la fascination ou la crainte sont à proscrire.

9. Conseilleriez-vous, après avoir vécu plusieurs campagnes, à des jeunes de prendre la relève ? Comment expliquez-vous qu’on vous aime plus qu’un policier ou un gendarme ?
J-P : Cela va de soit, mais il faut expliquer aux plus jeunes que servir l’institution représente beaucoup de sacrifice et de don de soi (au niveau physique, personnel et professionnel). Seules les personnes motivées persisteront dans le domaine et auront au terme de leur carrière le sentiment d’avoir accompli de grandes choses dans leur vie. Nous n’avons pas de rôle répressif mais plutôt préventif et d’assistance, voilà pourquoi je pense que nous sommes plus appréciés qu’un gendarme ou un policier.
J : Les pompiers ont toujours eu le respect des populations, sûrement grâce au fait qu’ils sont là pour sauver des vies. Bien sûr que je conseillerais aux jeunes de s’investir dans une carrière tournée vers les autres.

10. Avant de vous laisser le mot de la fin, je voulais savoir si vous envisagiez de poser nus comme l’ont fait plusieurs fois les Dieux du stade ou, si vous l’avez déjà fait, si je pouvais avoir le calendrier 2007 ?
J-P : Malgré l’interdiction due à notre statut de militaires, je crois que si une bonne photographe (uniquement) sait figer le meilleur profil de ma personne, je me laisserai tenter, mais je peux ne pas attendre 2007.
J : Sûrement pas ! Je ne donnerais pas vraiment l’image jeune et sportive des marins pompiers donc je m’abstiendrai...
Depuis, je prends des cours du soir pour améliorer mes prises... photographiques.
Jean-Philippe Bert* a le grade de maître chez les marins-pompiers du bataillon de Marseille et travaille au poste d’intervention de la Canebière. Jacques Ripert* est un civil employé par le bataillon pour piloter les hélicoptères bombardiers d’eau loués pour l’été. Cali Rise source

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