Michel ANGLADE, 55 ans dans le ciel

Samedi 27 mai 2017

De la guerre du Tchad aux Dakar, des tournages de films aux sauvetages désespérés, Michel Anglade, 72 ans, ne semble avoir connu aucune limite, aucune frontière, à bord de ses hélicoptères. Rencontre.
Michel Anglade en compagnie de Thierry Sabine - Photo collection Michel AngladeDe Michel Anglade, on dit souvent qu’il a un peu la tête d’Aznavour. On pourrait tout aussi dire du pilote d’hélicoptère de 72 ans qu’il porte sur lui la nonchalance et un air « papy rock » de Rolling Stones, mais enfermant un cœur saint-exupérien, tant le ciel est son refuge depuis 55 ans qu’il le rejoint. En ce bureau méchamment étriqué (« je souffre ici ») de son néanmoins admirable corps de ferme posé sur le village d’Izy, l’homme arrivé dans le Pithiverais dans les années 1990 a le regard qui voyage aux murs. Perdu dans les photos antiques punaisées partout. Son grand ami Thierry Sabine et le Dakar figurent en bonne position.

Voix sombre, il se souvient : « Ma vie est une sépulture, tant de copains pilotes ont perdu la leur. » Peut-être la raison ayant poussé le patron de la société Rotor maintenance à inscrire sur cette porte « l’erreur n’est pas envisageable* ». Voilà prévenu son hélico noir, l’Alouette 2, rongeant son frein à côté, sur l’hélistation privé de Michel Anglade.

Un être que rien ne prédestinait à voir un jour atterrir chez lui l’acteur anglais Pierce Brosnan, « parce qu’il voulait piloter mon Alouette ». Surtout pas après être né à Carcassonne (Aude), fils de viticulteur. « Un aérodrome touchait la propriété familiale, enfant, les avions me rasaient la tête », rembobine le papa de deux enfants, ayant, il en convient, un peu empilé les divorces.

Michel s’est crashé
« Le mariage, c’est une autre aventure, guère compatible avec la vie que je mène  », confesse le retraité de l’armée de terre, naguère « chef de patrouille sur hélicoptère de combat, de 18 à 33 ans ». Michel comme chez lui dans le Sahel - Photo collection Michel Anglade Derrière, il y a donc le Tchad, mais, devant lui, demeure cette autre Afrique. Paisible et à bras ouverts. Celle du Sénégal, où il reste le pilote personnel du président de l’assemblée nationale. « Avant, j’y allais d’Izy en hélico, mais, aujourd’hui, fini tout ça, on ne peut même plus traverser la Mauritanie », se désole l’instructeur (il a toujours des élèves) aux douze Paris-Dakar. Dont le tout premier, en 1979, aux côtés du regretté Thierry Sabine, le père de la course . « Les premières éditions, c’était les balbutiements, la vraie aventure… Au niveau logistique, c’était la débrouille pour gérer le serpent mécanique. »

Puis devait arriver ce qui arriva, « le GPS au début des années 1990 ». Certes un bond technologique, mais tueur de toute distinction entre bons et passables pilotes. Navigation sécurisée, plus personne ne se perdait, ni dans le ciel, ni en dessous. Mais avant cela, il y eut les Dakar 85 et 88 que devaient étouffer deux épouvantables tempêtes de sable. « Le rallye était paumé, je suis finalement parvenu à retrouver les pilotes, et sans GPS. » L’un des plus beaux souvenirs de sa vie brûle ainsi encore quelque part au fond du désert du Ténéré (Niger), « jamais je n’oublierai ce jour où j’apportais l’eau aux motards à l’article de la mort ».

Hélico qui sauve des vies, comme en hautes mer et montagne, mais aussi convoyeur de VIP, « de la star au Festival de Cannes au président Pompidou…  » Michel Anglade lors du tournage de la publicité de la Peugeot 205 GTi en 1985 - Photo collection Michel AngladePas son activité préférée, pourtant, le souvenir d’avoir jadis transporté le commandant en chef des armées de Russie, « ça, c’était fort, il m’avait même offert son calot », confie celui qui aura été l’instructeur de Mireille d’Arc, Jacky Ickx, et même de Michel Rocard. Et puis il y eut les tournages, publicitaires, « autour de la Renault 21 turbo ou de la 205 GTI…  », ceux de films aussi, « comme Itinéraire d’un enfant gâté avec Belmondo à bord avec moi ». Entre autres. Le temps révolu des années 80-90 où l’argent coulait à flot.

Pierce Brosnan atterrit chez lui
Depuis Izy, et son blouson de pilote, Michel Anglade le trompe-la-mort repense maintenant à ses crashes. Comme en ce jour de surveillance de lignes électriques au-dessus de la forêt, ou encore, « il y a 20 ans, en Mauritanie, suite à une avarie technique ». Un dernier pays, comme le Mali, le Burkina et tant d’autres, qui ne se survole plus. Daesh aura réduit cette Afrique où il aimait tant emmener ses clients fortunés. « On allait là où personne n’allait jamais, comme en pays Dogon. »

Combien de coups de cœur sous tropiques brûlants transformés en dispensaires, écoles ou hôpitaux ? « Je ne saurais plus dire », admet, main sur le fuselage, celui qui dit avoir formé la moitié des 600 pilotes privés de France. Et qui totalise, à 72 ans, 30.000 heures de vol en hélicoptère. Un « record d’Europe » qu’il dépasse mécaniquement, dès qu’il reprend le manche, et le ciel infini. Son autre maison. « Je suis un vieux pilote à présent, vous savez », place-t-il, dans un ultime sourire. Humble et aérien. Une vie digne d’un héros d’Hemingway derrière lui… Source

(*) Devise d’un ex-patron de la Nasa.

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