Après 25 ans aux commandes de l’hélico du Samu 87, « Chacalou » tire sa révérence

Mardi 31 mars 2015

« Chacalou », comme ses collègues le surnomment, a contribué depuis un quart de siècle à sauver des vies en Limousin. Une page qu’il tournera vendredi.
Dans quelques jours, il ne volera plus à notre secours. Pendant les vingt-cinq ans de sa riche carrière, Jean-Richard Mansencal a piloté l’hélicoptère du Samu 87 en Limousin. Il a oeuvré aux côtés des médecins du CHU de Limoges pour sauver des vies, mettant une dizaine de minutes là où la voiture aurait mis une heure pour rejoindre une personne en détresse.

Alors que d’autres pilotes goûtent peu notre région, à la météo difficile et au relief boisé et accidenté, lui au contraire s’est senti dans son élément. « Il a une connaissance du terrain incroyable », salue William Gandolfi, un de ses quatre collègues pilotes du Samu 87, qui l’a connu à la fin des années 1980 à Phalsbourg, au sein du premier régiment d’hélicoptères de combat.

Avant d’arriver à Limoges, en 1990, Jean-Richard Mansencal, surnommé « le grand chacal » ou « Chacalou », avait en effet derrière lui plus de 5.000 heures de vol en hélicoptère réalisées dans l’armée. Il est ainsi un modèle, lui qui a formé 334 élèves pilotes.

« Un terrain miné  »
Cette expérience du pilotage de combat, il a su l’utiliser au mieux en Limousin, un « terrain miné », selon ses propres mots, avec des câbles, des vallées, des rivières, « un mauvais temps fréquent » qui nécessitent une concentration de tous les instants.

Professionnel chevronné, il est capable de se poser partout, de jour et surtout de nuit : dans une cour de ferme en forme de "u", sur la place d’un village ou au coin d’un bois. « De retour de Châteauroux, je me souviens m’être posé entre des immeubles à La Souterraine parce que la météo était trop mauvaise pour continuer. Les gens ouvraient leurs volets, se demandant ce qu’on pouvait bien faire là. »

Des conditions de vol appréciées, qui ont changé cet automne, au grand dam de Jean-Richard Mansencal. Plus question d’atterrir n’importe où à la nuit tombée. « La réglementation française nous impose des stades éclairés pour nous poser et nous interdit aussi de descendre à moins de 150 mètres du sol. Or quand la météo est dégradée, le vol à basse hauteur, sur un itinéraire sécurisé (c’est-à-dire de lumières en lumières et non pas en ligne droite comme en plein jour), que nous connaissons par cœur, nous permet de garder une bonne visibilité. Il faut savoir qu’en hiver, 30 % de nos missions d’urgence sont assurées en-dessous de ces 150 mètres. Cela veut-il dire qu’il faut renoncer à utiliser l’hélicoptère pour rejoindre au plus vite une victime ? »

« Ça me déchire trop »
Une aberration pour le pilote, surtout dans une région configurée comme le Limousin. Il milite pour un autre cadre réglementaire plus adapté, selon lui, au vol d’urgence : celui de l’Agence européenne de la sécurité aérienne.

Cette liberté de ton, Jean-Richard Mansencal n’hésite pas à en user, à bientôt 60 ans (le 2 avril exactement). Il aurait bien continué à voler : son dernier bilan au centre d’expertise médicale du personnel navigant, à Bordeaux, est d’ailleurs excellent, mais son âge imposerait qu’il ne soit plus seul aux manettes de l’hélicoptère.

Au sein du Samu, il n’aura pas connu le vol avec les jumelles de vision nocturne, qu’il avait pratiqué dans sa période militaire. « Un vrai regret », avoue-t-il. Ses collègues et successeurs auront sûrement cette chance. « Ce sont des pilotes aguerris », salue-t-il, confiant dans la relève. « Ils ont œuvré sur des zones de combat : Afghanistan, Libye… »

Le secours va lui manquer, lui qui l’a expérimenté pour la première fois sur les plages de Mimizan dès 1973 en tant que nageur-sauveteur bénévole. L’aventure humaine aussi, aux côtés d’amis médecins et pompiers, ces derniers assurant au sol le balisage pour qu’il se pose en toute sécurité.

Quant au vol, Jean-Richard Mansencal assure qu’il y renoncera. « Je préfère couper net dans l’immédiat. Ça me déchire trop. » Une rupture que ses collègues ont du mal à accepter. « Ce n’est pas fini », veut croire William Gandolfi. Source

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