Teddy vole au secours des patients

Mardi 11 décembre 2012

Teddy Alcazar est pilote d’hélicoptère. Pas formé aux gestes d’urgence, il
évite de se confronter de trop près aux horreurs du métier et se concentre sur sa mission : le transport.

Teddy Alcazar, ancien militaire, est d'astreinte au Samu d'Auxerre onze semaines par an, l'équivalent d'un mi-temps - Photo gcs-syhnSur le mur de son bu­reau, des cartes : au 10e ou au 100e, du département et du pas, crayonnées de toutes parts, de longues lignes
représentants les couloirs aériens. Des données bien compliquées pour l’œil
novice en aéronautique. Et bien éloignées de ce qui fait traditionnellement le décor des autres pièces du Samu, plutôt composé de directives sanitaires.

Teddy Alcazar, 40 ans, est l’un des trois pilotes qui assurent les transports en hélicoptère pour le compte du Samu. Il ne travaille à Auxerre qu’à mi-temps, et effectue un autre 50% au Samu de Nice. Au CHA par contre, il y a toujours un pilote de permanence.

Teddy a passé 16 ans dans l’armé
« Je reste cantonné à mon rôle », remarque-t-­il, avant de l’expliquer en
peu de mots : « Mon boulot, c’est d’héliporter l’équipe médicale sur le
lieu d’intervention le plus rapidement possible et en toute sécurité, puis de ramener le patient .
 » Rien de plus, rien de moins. Même s’il avoue qu’au départ, il y avait une certaine frustration qu’il ne pouvait pas intervenir, en
général à cause du temps. « Ce sont les conditions de vol qui déterminent. Lorsque ce n’est pas possible, je me dis qu’il vaut mieux ça que de risquer la vie de toute l’équipe. »
Ancien militaire, Teddy a passé 16 ans dans l’armée, avant de rejoindre Inaer, société prestataire de service en contrat avec l’hô­pital. Initialement , il n’a pas de notion médicale. Il lui a fallu six mois avant de se sentir pleinement rodé à l’exercice. Et s’il dit en plaisantant qu’il a « troqué une combinaison verte contre une blanche », il tient à conserver
une certaine distance avec tout ce qui relève des premiers secours. « On rend service quand il y a besoin de bras, mais on doit se concentrer sur la mission aéro. J’évite d’aller me renseigner, notamment quand il s’agit d’un AVP (accident sur la voie publique) », explique le pilote, qui refuse de voir des horreurs de trop près. « J’attends qu’on m’amène le patient à l’hélico. La plupart du temps, je le vois allongé drapé. J’évite de m’encombrer d’images désagréable. Nous n’avons pas de directives, c’est propre à chaque pilote.
 » Teddy Alcazar aux commandes de l'Agusta A109 du Samu 89 - Photo gcs-syhn Il a déshumanisé la situation ; dit de l’équipe qu’elle a une « solide armure » et de la mort que « ça arrive et on le sait » ; lâche, sans médisance, que les patients sont devenus comme des « colis » pour ne pas devoir affronter de trop près l’aspect souvent tragique de la situation. Dont il est pourtant bien conscient. «  En 16 ans d’armée, la guerre, je ne l’ai jamais vue. Et là, c’est la “guerre” tous les jours », remarque-t-­il.

« C’est le symbole de la médecine
Son rôle, toujours présent mais un peu à l’écart, le place dans une position
qu’il juge parfois inconfortable. « On sait qu’on fait partie d’un dispositif complet. Mais on se sent seul. Et c’est un peu le cas. » D’autant que lorsqu’il assure la permanence, c’est pour sept jours complets. Du vendredi au jeudi. Loin de sa femme et ses deux enfants, qui vivent dans le sud de la France. D’astreinte de 8 à 22 heures, il dort à l’internat, au milieu de jeunes praticiens qui ne parlent que médecine. « Ce n’est pas le même monde… Ce n’est pas facile. » Mais le regard du pilote
s’éclaire à nouveau lorsqu’il évoque l’importance du Samu : « C’est le symbole de la médecine. S’ils n’étaient pas là, une grosse partie des patients mourrait. » Et reconnaît : « Je suis assez fier de bosser dans une boutique comme celle-­là, j’ai l’im­pression d’être utile. » Source

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