Alors, qu’auriez-vous fait à la place de ce pilote ?

Samedi 10 janvier 2015

Le pilote n’a pas volé depuis deux Jours pour cause de météo impossible… Le troisième, le soleil est de la partie, temps magnifique, mais étrangement et la loi du secours médicalisé est ainsi faite, aucun coup de téléphone de la journée !

Évidemment, une heure à peine avant le coucher de soleil en ce mois de décembre, le téléphone sonne. Une mission assez courte, un aller-retour simple, bien que les conditions du moment soient encore bonnes elles vont s’amenuiser. Le pilote accepte le vol, d’une part parce qu’il est faisable mais aussi, parce que l’attente est longue ! Conscient que les conditions météorologiques vont diminuer avec le rapprochement du point de rosée, ce vol est sans surprise la destination est une hélistation de bonne facture.

Au posé sur l’hôpital de destination, le pilote observe le phénomène de rétrécissement de la visibilité, il ne faut donc pas s’éterniser, comme convenu, cependant les minima admissibles ne sont pas atteints.

En vol retour vers sa base principale, le dernier de la journée, on lui demande un posé dans un village qu’il est juste en train de survoler, pour une urgence caractérisée, la nuit sera installée dans 10 minutes. Il accepte bien entendu, comment pourrait-il le refuser, il est en vol, on est à quelques minutes de la nuit, entre chien et loup, l’hélicoptère passe quasiment à la verticale de l’urgence en question.

Le seul vol possible devient celui vers la base principale à quelques minutes de vol. Au sol, dans ce hameau isolé, le froid s’installe et les conditions météorologiques continuent normalement à se dégrader !

On ne va pas laisser le patient ici à si peu de l’hôpital mais, c’est clair, il ne faut plus traîner. Le décollage préalablement repéré et jaugé par le pilote intervient dans une nuit noire avec le patient à bord, le vol se déroule avec un petit, trois kilomètres de visibilité, c’est administrativement inférieur à la règle, mais jouable pour ce pilote expérimenté sur ce compartiment de terrain.

Quelques minutes après le poser, le point de condensation est atteint, la région se pare du voile caractéristique de cette région qui se transforme rapidement en brouillard…

Commentaires
Sans en être forcément conscient, certaines de nos décisions sont soupesées dans une balance bénéfices/risques. C’est également le cas des règles d’exploitation qui fixent des seuils en de ça desquels le risque est considéré comme plus important que les bénéfices attendus.

Mais il existe une différence entre les règles d’exploitation dont le rapport bénéfices/risques est calculé sur la seule sécurité des vols, et le secours à une personne. En poussant un peu le bouchon, pas plus que ça d’ailleurs, c’est comme si ce pilote voyait une personne se noyer dans un lac.

Le pilote a donc décidé de prendre un risque supplémentaire (calculé) en prenant en charge cet enfant pour le transporter au plus vite à l’hôpital et ainsi augmenter ses chances de survie. Il a donc considéré que dans ce rapport bénéfice/risque, le bénéfice attendu était supérieur au risque.

Alors, qu’auriez-vous fait à sa place ? Vous lui donnez une médaille avec votre casquette de Préfet, ou vous lui collez une infraction avec votre casquette de la DGAC ?

Info : Le point de rosée, ou température du point de rosée, c’est la température de condensation de la vapeur d’eau contenue dans l’air. Dans le message suivant c’est 2° : LFRN 110900Z AUTO 26007KT 9999 NSC 05/02 Q1033. Quand la température diminue, comme ici avec la tombée de la nuit, l’apparition du brouillard surviendra quand la température de la masse d’air (T) atteindra celle du point de rosée (Td). En voici un exemple : LFBZ 240800Z VRB01KT 0800 0400E R09/1300VP1500N R27/1400VP1500N FG VV/// 16/16 Q1013. Il existe un petit truc simple pour se faire une idée du plafond si on a que les températures T et Td, c’est de multiplier la différence entre les deux par 122 pour obtenir la base des nuages (des basses couches : stratus, cumulus) en mètres.

Bons vols Source

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