Elle est la seule femme pilote du Samu en France

Mercredi 9 février 2011

Transporter des blessés, voilà le quotidien de Marielle Simon. A la fois souriante, discrète et spontanée, elle raconte son métier au Pays Briard. Portrait.
Marielle Simon pilote au Samu depuis huit ans : "C'est simple, quand je vais au travail, je ne sais pas ce qu'il va se passer."Elle passe des heures et des heures dans le ciel, conduit un engin de plus de deux tonnes, transporte des blessés tous les jours. Marielle Simon habite Beautheil. Elle est la seule femme pilote du Samu en France. Une profession « à part », qu’elle exerce depuis huit ans et qui demande une solide force mentale.

« Il faut au moins 1.500 heures de vol pour prétendre à un tel poste », raconte cette native de la Haute-Savoie. Elle en comptabilise plus de 4.000. Ce qui représente près de 170 jours passés en l’air ! Pourquoi un tel niveau d’exigence ? « Car la prise de décision doit se faire très rapidement. Il faut aussi faire avec le stress d’une équipe médicale dont le patient ne va pas forcément bien... » Un challenge quotidien.

"Un maillon de la chaîne de secours"
Il est bien loin le temps où la pilote transportait des VIP sur la Côte d’Azur. Jean-Luc Delarue, Patrick Poivre d’Arvor, Enrico Macias, Régine sont quelques-uns de ses passagers les plus connus. « Lors de la coupe du monde de foot en 1998, j’avais même amené l’équipe des Pays-Bas de Monaco à Marseille », se souvient-elle. De quoi faire baver n’importe quel amateur de ballon rond... Et pourtant, Marielle Simon, installée à Beautheil depuis douze ans, se sent plus à son aise en tant que pilote du Samu. « C’est plus sympa, il n’y a pas de question d’argent, argumente-t-elle. Et puis là, je suis un maillon de la chaîne de secours. Un peu comme un saint bernard. »

Les débuts, forcément, ne sont pas faciles. Il faut s’adapter. Transporter un VIP et un grand brûlé, ce n’est pas la même chose. « J’avais quelques craintes », se souvient-elle. Arrive l’heure du premier vol : une défenestrée du sixième étage. « Il m’arrive de voir des images dures, avoue la pilote. Parfois, il y a des semaines à "thème" : cardiologie, noyades... » Au bout de tant d’années, celle qui est également licenciée à l’aéroclub de Fontenay-Trésigny s’est habituée.

Aujourd’hui, ses journées peuvent se résumer en un mot : imprévu. Depuis huit ans, Marielle Simon a appris à faire avec : « C’est simple, quand je vais au travail, je ne sais pas ce qu’il va se passer. On nous appelle et on nous demande si on peut venir à tel endroit. Je regarde les conditions climatiques et si elles nous permettent de voler, on part. » De Créteil, la pilote peut amener son hélicoptère dans un des huit départements d’Ile-de-France. Durée maximum du trajet : 25 minutes. Et parfois, il arrive que l’engin se pose à des endroits inattendus, comme la place d’Italie à Paris, la porte de Pantin ou bien encore sur des autoroutes. « Survoler des kilomètres de bouchon, c’est impressionnant, confie l’intéressée. Cette part d’imprévu, il faut la gérer ; c’est comme le carburant. » Il lui arrive même d’intervenir en Brie, comme à Jouarre vendredi 21 janvier, ou à Chaumes quelques jours plus tard.

Et lorsque le rarissime frappe à votre porte, là encore, il faut être prêt. En 2001, la Briarde est prise en otage par trois hommes armés qui veulent libérer des proches, emprisonnés à Fresnes. En vol stationnaire au-dessus de la maison d’arrêt, l’hélicoptère devient la cible des gardiens. Des coups de feu sont échangés. Une balle passe à quelques centimètres de Marielle Simon, qui finira menotée à ses commandes par les malfaiteurs après l’échec de la tentative d’évasion.

Sept heures de vol d’affilée
Une semaine de travail, une semaine de repos. Voilà le rythme de la Briarde. Un rythme pas toujours facile à suivre : « Lorsque je travaille, c’est une semaine sans vie. L’été, quand je fais sept jours, il me faut deux jours pour revenir à moi. C’est une période très difficile... Il fait plus de trente degrés dans l’hélicoptère. Et il m’arrive parfois de voler pendant plus de sept heures d’affilée. »

Arrêter un jour de voler ? Il n’en est, semble-t-il, pas question. Marielle Simon a l’aviation dans le sang. « J’ai arrêté de piloter lorsque j’ai eu mon deuxième enfant, raconte la Beautheilloise. J’en étais malade. La nuit, je rêvais que je me jetais d’un toit et que je planais dans le ciel. » Gaël Arcuset source

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