Discours de M. le Préfet Dupuy

« Base hélicoptères de la Sécurité Civile du Versoud »

Mardi 5 mai 2009, par Chris // J.P.O.

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Discours de M. le préfet Dupuy, 2 mai 2009,
Départ de l’Alouette III

Mesdames, Messieurs,
M. Albert Dupuy, Préfet de l'Isère - Photo © Christophe GothiéPeu de temps après mon arrivée dans le département de l’Isère, j’ai eu le plaisir de rencontrer un grand nombre d’entre vous à l’occasion de l’inauguration de la nouvelle base de la Sécurité Civile à l’Alpe d’Huez, c’était le 16 janvier de cette année.
Vous savez qu’une des raisons qui a prévalu au réaménagement et à la modernisation de la base de Huez, c’est l’arrivée prochaine d’un second EC 145 pour la Sécurité Civile en Isère.
Vincent Saffioti : Pilote et Chef de Base du Versoud - Photo © Christophe GothiéOn ne pouvait pas, rationalité oblige, avoir deux hélicoptères ultra-modernes et garder notre Alouette III, même si on l’aime beaucoup. Le départ de celle-ci est donc programmé.
Au moment de ce départ, je souhaiterai vous dire qu’il y a réellement lieu d’être fiers.
Pilotée par des hommes aguerris, elle aura participé durablement et avec panache (depuis 1962 jusqu’à aujourd’hui… c’est-à-dire presque 50 ans !) à de nombreuses missions de Sécurité Civile en France.
Nombreux sont celles et ceux qui, jamais, n’oublieront le jour où elle se présenta devant eux, leur apportant assistance, sauvetage et secours.
Ne soyez pas triste : L’Alouette III continuera son vol !
Elle ne quitte pas vraiment le grand livre de l’aéronautique ; nous la verrons encore battre des ailes pour d’autres missions, dans le ciel de bien d’autres pays du monde.

Attardons-nous maintenant, si vous le voulez bien, sur le passé glorieux de cette Alouette dont l’historique s’associe étroitement à celle de notre base de Sécurité Civile Isèroise.

 1957 Le BELL G2

1957 c’est l’inauguration officielle du Groupement d’hélicoptères du ministère de l’intérieur (échelon central) mais aussi l’inauguration de la première base de la Sécurité Civile dans la région Grenobloise.
Rappelons que nous sommes alors juste après la tragédie des deux alpinistes Vincendon et Henry, naufragés du Mont-Blanc en décembre 1956. Le retentissement national de ce drame incite l’Etat à s’investir et à structurer le secours en montagne.
C’est avec un appareil américain, le BELL G2 (pour les spécialistes… moteur essence, pales en bois, deux civières extérieures, trois places en cabine) que le 20 juillet 1957, deux pilotes et deux mécaniciens, se présenteront au Préfet de l’Isère.
Ces quatre hommes partiront en reconnaissance sur toute la région. Les deux pilotes seront qualifiés « spécialistes de la giraviation en altitude ».
Le 12 mai 1958, première mission à Vizille. C’était pour la reconnaissance d’un feu de forêts !
L’hélicoptère n’existait alors dans aucun texte officiel. Le Préfet interviendra pour que cet engin soit exempté de toutes taxes d’atterrissage.

 1958 l’Alouette II à Grenoble

Dès les beaux jours de l’été 1958, la première Alouette, l’Alouette II (celle du Groupement) sera affectée à Grenoble.
L’Alouette II sera ainsi amené à évoluer au bénéfice des services de secours y compris en montagne, ceci malgré certaines réticences sur le terrain compte tenu des possibilités opérationnelles encore très limitées de l’appareil.
Un hangar vétuste sur l’aérodrome de Grenoble-Eybens hébergera l’appareil.

 1959 l’Alouette Grenobloise est très sollicitée

En 1959, le Groupement Hélicoptères du Ministère de l’Intérieur est doté d’une dizaine d’hélicoptères BEL 47 G2 mais d’une seule Alouette II, toujours basée à Grenoble, sous le responsabilité du Service National de la Protection Civile.
Avant l’ouverture d’autres bases, l’Alouette II de Grenoble sera réclamée de Besançon à Marseille, de Briançon à Dijon, de Chamonix à Gap.

 15 juin 1960 : l’Alouette se crache dans le Vercors

Mission dans le Massif de Moucherotte : ce jour-là, le 15 juin, l’Alouette fut en partie détruite, sans faire de blessé grave !... en heurtant avec le rotor de queue la paroi rocheuse.
L’appareil sera récupéré par un autre hélicoptère de l’Armée de l’Air en provenance de la base militaire du Bourget-du-Lac, mais la carlingue se détacha de son attache. L’appareil sera alors descendu en pièces détachées,… à dos d’hommes, avant de rejoindre les ateliers parisiens.

 1961 un fait anecdotique !

Le 9 avril 1961, Madame Anne-Aymone Giscard d’Estaing, épouse du futur Président de la République Valéry Giscard d’Estaing, victime d’une chute à ski au Col des Montets (3250m), sera récupérée à bord de l’Alouette II pour être acheminée sur Chamonix.
Elle effectuait cette descente en compagnie de Monsieur Valéry Giscard d’Estaing et leur ami, le célèbre alpiniste Monsieur Maurice Herzog.

 1962 : l’Alouette III pointe son nez !

L'Alouette III pointe son nez ! - Photo © Christophe Gothié« Alouette III, du type de celle que nous voyons partir aujourd’hui, sera affectée à Grenoble en 1962 dans le même temps que la mise en service de nouveaux bâtiments. Les missions de secours en montagne seront assurées dans toute la zone des Alpes du Nord (y compris dans le secteur du massif du Mont-Blanc).
En juillet 1962, la route de la première Alouette III sera victime d’un fâcheux accident. Survolant la Vallée blanche, une porte latérale, probablement mal verrouillée, se détache et heurte le rotor arrière !
Aucune victime – ouf !!!... mais l’appareil est entièrement détruit.
Quelques temps plus tard, toujours à bord d’une Alouette II, encore présente à Grenoble un jeune Lieutenant et Pilote, le Lieutenant Jacques Wattebled se tue en compagnie de deux sauveteurs de la C.R.S. 147, sur le Massif de la Meije.

 1963 : l’Alouette III appréhende le secours en paroi

L’année 1963 sera l’occasion d’effectuer les premiers exercices d’hélitreuillage. La possibilité d’effectuer du stationnaire jumelée à l’utilisation du système de treuil, constitueront les conditions idéales dans l’application du secours en parois et autres endroits difficiles d’accès.

 1968 les J.O. … et une nouvelle base au Versoud

1968, tout le monde s’en souvient, ce sont les Jeux Olympiques de Grenoble.
Le hangar Hélico d’Eybens sera démonté pour la construction d’une base sur l’aérodrome du Versoud, celle où nous sommes réunis aujourd’hui.
Désormais, dans le domaine du secours en montagne, l’Alouette III prend son véritable envol.

 1968-2008 : un long vol, 40 ans de bons et loyaux services

Pilotes et Mécaniciens Opérateurs de Bord - Photo © Christophe GothiéNous pourrions continuer à évoquer dans le détail, année après année, toutes les péripéties qui ont marqué la vie de ce fabuleux hélicoptère et des équipages… les plus passionnés d’entre vous auront profité de cette journée pour se rapprocher des hommes de la base et mieux connaître tous les faits marquants de l’histoire de l’Alouette III.

Je voudrai, pour ma part, souligner qu’à ce jour, l’Alouette III a accompli pour la Base de Grenoble 40 000 heures de vol et secouru 40 000 personnes. Cela mérite d’être salué.
L’Alouette III aura tout connu : du transport d’enfants prématurés à la récupération des moribonds, du sauvetage des rescapés à l’évacuation de grands malades, de jour et parfois même de nuit.
L’emploi de l’hélicoptère, tout le monde le sait, est aujourd’hui quasi-systématique : par sa rapidité de déplacement, sa souplesse d’emploi et sa capacité d’emport, il se révèle un outil irremplaçable dans la conduite des opérations de secours en montagne. Le nombre des missions héliportées, de différentes natures, est impressionnant. Ces missions ont concerné la saison dernière plus de 900 personnes.
Vincent Saffioti en compagnie de Albert Dupuy Préfet de l'Isère - Photo © Christophe GothiéPour notre dernière période de référence, celle du 1er mai 2007 au 1er mai 2008, sur les 756 missions ont été réalisées rien que pour le secours en montagne, la quasi-totalité de celles-ci était héliportées. Je voudrais à cette occasion rappeler que les secours effectués au nom de la Sécurité Civile sont gratuits. Je demande à tous de ne pas oublier qu’elle à cependant un coût.
Je voudrais, en dernier lieu, en m’adressant au commandant de cette base, M. Vincent Saffioti, rendre hommage aux équipages de la base de Sécurité Civile, (pilotes et mécaniciens) pour leur compétence, leur disponibilité et leur dévouement face au risque.
La passation de pouvoir - Photo © Christophe GothiéBien évidemment, nous fêtons le départ de l’Alouette avec un peu de nostalgie, mais comme je l’ai dit, elle servira encore dans bien des pays du monde.
Ce soir, au nom de tous ses compagnons, au nom de tous ceux qui ont un jour ou l’autre ont eu besoin d’elle, nous remercions l’Alouette III et toutes celles et ceux qui, avec elles, ont veillé sur nous au nom de la Sécurité Civile.

Merci aux équipages, aux secouristes et à toutes les personnes (médecins et autres) qui continueront d’assurer avec les nouveaux hélicoptères EC 145 la noble mission du secours aux personnes.

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