Dragon : en voie de disparition ?

Mercredi 5 février 2014

La présence d’un hélicoptère de la Sécurité civile dans les Pyrénées-Atlantiques est-elle remise en cause ? Sur la base de Pau-Uzein, des pilotes et des mécaniciens sont inquiets alors que Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur, a précisé jeudi devant l’Assemblée nationale qu’il souhaitait "mieux répartir les hélicoptères des flottes (dépendant de son ministère) sur l’ensemble du territoire national pour en optimiser l’utilisation". Cet objectif "répond à une logique de bon emploi des crédits publics tant pour le secours en montagne que pour les conditions d’emploi des hélicoptères", le tout "sans dégradation de la couverture du territoire, ni diminution de notre capacité à porter secours aux populations".

Les équipages sont d’autant plus soucieux que le ministre a également promis aux sapeurs-pompiers de Guyane l’arrivée d’un hélicoptère de la Sécurité civile et de ses équipages dès le 1er mars prochain. Or le ministère n’a pas la ressource d’acheter un autre Dragon (nom de code de tous les appareils de la Sécurité civile) : un Eurocopter EC145 est un investissement de l’ordre de 7 M€… "Ce qui est prévu, c’est donc de fermer une base en métropole pour en ouvrir une en Guyane", résume Géry Bouchart, pilote de Dragon 64 et délégué du SAPNSC (1).

La haute montagne, sa spécialité
Dans les Pyrénées-Atlantiques, les missions des secours par hélicoptère sont clairement définies. Il y a tout d’abord le Dragon 64 (rouge et jaune) basé à Pau-Uzein : sa mission première est le secours aux personnes et aux biens, avec une forte spécialisation haute montagne. Ensuite, il y a les hélicoptères (bleus) de la gendarmerie basés à Tarbes et à Bayonne : leur priorité est la sûreté. Et enfin, l’Hélismur (blanc), basé à Bayonne, est essentiellement chargé des transferts urgents entre les hôpitaux.

Hélicoptère bleu, blanc, ou rouge et jaune ?
Quand un de ses appareils est déjà engagé dans une de ses missions premières et qu’une nouvelle intervention est nécessaire, un autre hélicoptère peut intervenir à sa place. Exemple : si Dragon 64 est déjà mobilisé sur un secours en montagne, Ecu 64 peut le remplacer pour aller chercher des victimes d’un accident de la route. "C’est la force de ce dispositif, qui a fait ses preuves", souligne Géry Bouchart, qui insiste sur la spécificité de Dragon 64 dans cette organisation (voir ci-dessous).

Le pilote palois note ainsi que l’Hélismur ne couvre "qu’une facette des missions les plus simples que réalise la Sécurité civile" : il n’a par exemple pas les moyens de faire du secours en montagne et des recherches de nuit. Il pointe aussi le financement de l’hélicoptère blanc - "par l’Agence régionale de santé, entre 1,5 et 1,8 million d’euros pour un forfait d’heures" - et souligne que "ce sont des entreprises espagnoles et belges qui emportent actuellement ces appels d’offres en France".

Autre inquiétude de Géry Bouchart : "Les moyens aériens de gendarmerie ont une mission prioritaire de sûreté qui va aller en augmentant : ils seront donc de moins en moins disponibles pour les missions de secours, notamment en haute montagne". Mais les arguments des équipages de la sécurité civile suffiront-ils à convaincre Manuel Valls ?

(1) Syndicat autonome des personnels navigants de la Sécurité civile.

"Le dispositif des secours par hélicoptère mise, dans notre département, sur la complémentarité entre la Sécurité civile, la gendarmerie et Hélismur : il a fait ses preuves"

Prêts à intervenir 24 heures sur 24

Créée en 1962, la base hélicoptère de la Sécurité civile est installée près de l’aéroport Pau-Pyrénées. Elle dépend du ministère de l’Intérieur et est mise à la disposition du département. Elle dispose d’un hélicoptère Eurocopter EC145. Nom de code : Dragon 64. Quatre équipages permettent une disponibilité 24 h/ 24, 365 jours sur 365. Il y a quatre pilotes commandants de bord et quatre mécaniciens opérateurs de bord, en majorité issus de l’armée, avec une longue expérience (entre 7 000 et 12 000 heures de vol chacun) et des qualifications aux spécificités de la Sécurité civile, et plus particulièrement aux secours en montagne. La base accueille aussi alternativement des équipes du groupe de secours montagne des sapeurs-pompiers (en semaine "rouge") ou du peloton de gendarmerie de haute montagne d’Oloron (en semaine "bleu"), prêtes à embarquer : les secours peuvent ainsi partir très vite en intervention. "Car le secours est avant toute un travail d’équipe avec les secouristes (gendarmes, sapeurs-pompiers, ou CRS des Hautes-Pyrénées) : nous nous connaissons bien, nous avons appris à travailler ensemble", souligne Géry Bouchart.

ZOOM
L’hélicoptère basé à Pau-Uzein vole au secours de 800 personnes par an

Le Dragon 64 de la Sécurité civile est le seul hélicoptère des secours à être basé en Béarn.

La base de Pau de la Sécurité civile totalise en moyenne entre 700 et 800 interventions par an, ce qui représente 800 personnes secourues. Environ 40 % des missions sont des secours "haute montagne" et 20 % des missions sont effectuées de nuit. C’est là une des spécificités de Dragon 64.

"Nos équipages détiennent en effet une expertise reconnue avec les plus hautes qualifications du domaine hélicoptère : vols aux instruments, vols sous jumelles de vision nocturne, haute montagne…", souligne Géry Bouchart, pilote à Pau. "Seuls une vingtaine d’équipages sont habilités à effectuer des secours haute montagne en France… et quatre sont à Pau".

Dragon 64 est mobilisé sur des missions très difficiles, avec des équipages qui utilisent à fond les capacités de l’appareil. "Nous participons à tous les plans rouge et catastrophes naturelles du département, mais aussi dans le Gers et les Hautes-Pyrénées (inondations à Lourdes, Barèges…)", poursuit Géry Bouchart. "Nous sommes aussi les seuls à intervenir de nuit : 100 % des secourus de nuit lors des dernières inondations l’ont été par des équipages Sécurité civile. Nous pouvons ainsi intervenir très vite pour les avalanches et les risques naturels". (...) Lire la suite sur larepubliquedespyrenees.fr

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