Les premiers Dragons de la base de Pau-Uzein

Lundi 2 juillet 2012

La base hélico de Pau-Uzein fête ses 50 ans. Retour sur ses débuts avec Michel Cozette et Pierre Fortin, pilote et mécanicien en 1962.
Pierre Fortin et Michel Cozette ont vu naître la base hélico d'Uzein qui fête ses 50 ans - Photo David le DeodicIls posent fièrement devant Dragon 64, l’hélicoptère de la Sécurité civile connu pour secourir régulièrement des personnes en montagne. Michel Cozette, 84 ans, et Pierre Fortin, 79 ans, en sont un peu les grands-pères. Car ces deux hommes font partie des premiers pilotes et mécaniciens de la base hélicoptère d’Uzein, créée le 1er juillet 1962 et qui fêtait samedi ses 50 ans.

« C’est la première fois que je reviens ici depuis décembre 1964 », raconte Pierre, ému. L’ancien mécano a couché sur le papier les souvenirs de ses 36 mois d’exercice à Pau : sept pages qui résument les premiers pas de l’une des trois bases hélico haute montagne de France.

« Nous étions quatre, tous des pompiers de Paris. Aujourd’hui, il ne reste plus que Michel et moi, les deux autres gars sont décédés », explique-t-il. La base, qui logeait à l’époque dans un hangar prêté par Turbomeca, avait d’abord été créée pour répondre aux risques potentiels du bassin de Lacq. Mais très vite, les missions se diversifient. « On faisait un peu de tout. De l’assistance technique, comme monter des tonnes de matériaux pour la construction de refuges ou de stations de ski. On a même participé au tracé de la frontière franco-espagnole au Pays basque, en octobre 1962, en transportant les énormes bornes à installer. Dans un autre style, on baladait les personnalités politiques qui débarquaient dans le coin », relate Michel, le pilote du tandem. Quant au secours en montagne, il existe bien sûr, mais ne représente pas le gros de l’activité. « Il n’y avait pas tant de randonneurs que de nos jours », rappelle Michel.

Des secours périlleux
Reste que le duo réalise toutefois d’impressionnantes opérations. Comme ce 1er septembre 1963 : un avion de tourisme s’écrase sur une île du gave à Boeil-Bezing. Le pilote et le passager sont tués sur le coup. Il faut récupérer les corps ; la nuit tombe. « Des sauveteurs nous signalaient l’emplacement à l’aide de lampes torches pour que nous puissions nous poser à quelques mètres. On a réussi et ramené les dépouilles à la gendarmerie de Nay, où une chapelle ardente avait été installée, relate Pierre. Ce dimanche reste gravé dans ma mémoire. C’était le baptême de mon fils. »

Il y a aussi et surtout ce 25 octobre 1964. « Paris nous appelle et nous demande si on se sent d’aller chercher des militaires espagnols perdus dans une tempête de neige, au-dessus de Larrau », enchaîne Michel. Pas du genre à se dégonfler - ce qui lui a valu quelques ennuis, notamment un blâme pour un vol de nuit interdit à l’époque -, le pilote se lance avec son mécano. À leur arrivée, ils découvrent le carnage : quatre soldats ont péri et 24 sont blessés, dont trois gravement. Dix rotations dans une météo exécrable seront nécessaires pour rapatrier tout le monde. Ce sauvetage héroïque vaudra aux deux hommes des décorations tant françaises qu’espagnoles.

Un crash fatal aux pionniers
Mais elles ne leur seront d’aucune aide lorsque cinq jours plus tard, Michel Cozette se crashe à Artix. « Je transportais deux responsables de la chambre de commerce et d’industrie qui voulaient survoler le bassin de Lacq. Je suis passé près d’une cheminée d’une centrale thermique et ma turbine s’est subitement arrêtée », se souvient-il. Il sera gravement blessé ainsi qu’un de ses passagers. Et durement sanctionné par sa hiérarchie pour cette mauvaise manœuvre, ainsi que ses trois collègues : les quatre pompiers de Paris écopent de 60 jours de mise à pied. « J’ai d’abord trouvé ça injuste et puis je me suis dit que j’aurai pu me tuer », avoue Michel, qui démissionne dès sa sortie de l’hôpital. Cinquante ans de réflexion plus tard, il confie néanmoins : « Les années à Uzein ont été parmi les plus belles de ma vie. »

Une stèle pour les disparus de la base
Cela faisait des années que Patrick Claquin, le chef de la base hélicoptère de la Sécurité civile de Pau-Uzein, et ses sept collègues l’attendaient : samedi, lors de la cérémonie du cinquantenaire de la base, une stèle à la mémoire des trois pilotes et mécaniciens décédés en exercice a été inaugurée à l’entrée des lieux. Les noms d’Antoine Martinez, Didier Favre Rochex et Jean-Luc Ducout sont gravés dans la pierre. Leurs familles étaient présentes. « Pour nous, c’est un grand moment d’émotion, de souvenir et de fierté. On réalise que notre père faisait un métier hors du commun », confient Marie-Laure Martinez-Cabrol et Michèle Martinez-Nogues, qui avaient 20 et 18 ans lorsque leur père a péri dans un accident d’hélicoptère, en 1972. À l’occasion de cette cérémonie, à laquelle assistaient des responsables des préfectures des Pyrénées-Atlantiques et des Hautes-Pyrénées, des pompiers, de l’hôpital de Pau ou encore de Tarbes, la médaille de bronze pour acte de courage et de dévouement a été remise à titre collectif à la base de Pau-Uzein.

Depuis sa création, le 1er juillet 1962, elle compte 22 700 heures de vol d’hélicoptère qui ont permis de secourir 18 000 personnes. (...) Lire la suite sur sudouest.fr

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