Héliports : bâillonnez cet hélico que je ne saurais entendre

Vendredi 29 juin 2012

La France est le berceau de l’hélicoptère mais ne veut pas que ça s’ébruite. Si on le retrouve étranglé dans son sommeil, on saura qui a fait le coup…
Les aéroports, tout le monde connaît. Les héliports, personne. Sauf, peut-être, les riverains de la plateforme de Paris-Issy-les-Moulineaux, dont le but dans la vie est d’en obtenir la fermeture parce que le bourdonnement des rotors les empêche de dormir…

Il faut dire que la filière hélicoptère, dans un pays où le survol des agglomérations est interdit et où les businessmen prennent plutôt le TGV, ça n’est pas exactement comparable à une bonne grosse filière avion. La France a beau avoir inventé la première machine volante équipée d’une hélice horizontale, le mot pour la désigner (merci à Gustave de Ponton d’Amécourt, 1825-1888) et héberger le tout premier constructeur mondial (Eurocopter), elle n’exploite commercialement que 480 machines en tout et pour tout via une poignée de micro-compagnies.

Aux Etats-Unis, le parc est de 14.200 machines. Toutes choses égales par ailleurs, ça donne une belle idée de l’infini.

De fait, Issy-les-Moulineaux est l’unique infrastructure gauloise digne de l’appellation héliport ―et même la seule officiellement répertoriée comme telle par les autorités internationales de l’aviation civile. En Europe, des pays comme l’Italie, Grande-Bretagne ou l’Allemagne en possèdent généralement plusieurs, réparties sur l’ensemble du territoire puisqu’il faut bien se poser quelque part après avoir décollé. Pas nous. « Mais comment ce fait-ce ? » est-on fondé à demander en levant un sourcil intrigué.

Le mode de transport préféré de la jet set ?
Thierry Couderc, délégué-général de l’Union française de l’hélicoptère, le mini-lobby de ce mini-secteur, croit avoir des réponses :

« C’est l’un de ces paradoxes bien de chez nous. Nous sommes puissants dans une industrie ―car en plus d’Eurocopter, il y a Thales, Safran, Zodiac Aerospace, Dassault, etc. pour les rotors et les équipements électroniques―, mais nous faisons tout pour l’empêcher de se développer !

Pour des raisons un peu fumeuses, l’image de l’hélico en France est extrêmement négative. Ce serait le moyen de transport privilégié de la jet set et des riches hommes d’affaires et il est donc perçu comme illégitime. Mais c’est totalement absurde puisque l’essentiel de l’activité des hélicos, c’est du transport sanitaire et des missions de service public. »

Effectivement, et même si les statistiques sont assez difficiles à dénicher, l’essentiel des « mouvements » d’hélicos dans l’Hexagone sont dus au Samu, à la protection civile, aux interventions de sauvetage en mer ou en montagne et à des opérations de levage-manutention pour la construction de gros ouvrages de BTP ou l’entretien du réseau électrique par RTE :

« Ajoutez encore la couverture du Tour de France et l’observation du trafic routier et vous avez la presque totalité du trafic. Du coup, l’héliport de Paris est à 12.000 mouvements par an, ce qui veut dire 6.000 décollages à peine quand Londres est à 35.000 et les cinq héliports de New York à un mouvement toutes les deux minutes ! Sans cette impossibilité de survoler les zones habitées, la demande serait évidemment plus forte pour le transport de personnes… (...) Lire la suite sur slate.fr

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