Un Écureuil de Corail Hélicoptères réalise la première traversée aller-retour Réunion - Maurice

Dimanche 20 février 2011

Un Écureuil de Corail Hélicoptères vient de réaliser la première traversée Pierrefonds - Maurice et retour effectuée par un hélicoptère civil. La compagnie finalise un projet visant à baser deux hélicoptères à Plaisance pour des transferts vers des hôtels de l’île Sœur mais aussi à développer des liaisons inter-îles. L’ambition final est de relier directement des hôtels mauriciens à des établissements réunionnais.
L'Écureuil de Corail Hélicoptères défile devant les jets privés stationnés dans la zone d'aviation d'affaires de l'aéroport de Plaisance - Photo Serge GélabertEn ce vendredi matin, curieusement perché sur une plateforme le F-OINP l’un des quatre Ecureuil de Corail Hélicoptères s’apprête à prendre son envol. En l’observant attentivement, on s’aperçoit à quelques détails que cet Ecureuil ne va pas décoller pour un classique survol touristique. À chacun des patins a été fixée une flotabilité de secours. Sous les sièges des pilotes et des passagers, des gilets de sauvetage. Le long de l’une des portes un canot de sauvetage est positionné. Le F-OINP va réaliser la première traversée d’un hélicoptère civil avec des passagers entre Pierrefonds et Plaisance. Le retour est prévu pour le lendemain. Aux commandes Philippe Morin en place gauche et à sa droite Pierre Clément. Philippe pilotera à l’aller, l’Ecureuil n’est pas équipé d’un pilote automatique, Pierre assurera le retour. "Seul un hélicoptère bi-turbine peut réaliser une telle traversée, explique Pierre. La probabilité d’en voir une tomber en panne est d’une sur trois millions. Même dans ce cas nous pourrions poursuivre le vol avec une seule turbine. La capacité maximale des réservoirs, 730 litres, assure une autonomie de 3h30. Nous partons avec 80% de la capacité soit 2h37 d’autonomie. La traversée ne nous demandera qu’un peu plus d’une heure.
"9h10 "Corail Charlie" est autorisé par la tour à s’aligner sur la piste face à l’Ouest. Décollage en douceur et L’Écureuil vire à droite pour mettre le cap sur Cilaos et le Piton des Neiges qui se dresse en majesté devant lui. Passant entre le col du Taïbit et les Trois Salazes, le F-OINP bascule dans Mafate. Sur la droite Salazie est dans les nuages. L’Écureuil les évite par la gauche passant 7000 pieds en montée. Le Cimendef et la Roche Ecrite défilent sous les patins. L’hélicoptère se stabilise à 9 000 pieds poussé par un léger vent arrière. Devant le ciel s’éclaircit. "Pour cette première traversée, explique Philippe, nous avons déposé un plan de vol VFR. La route passe par Sobat, à mi-chemin entre la Réunion et Maurice. À partir de ce point géographique nous passons du contrôle de Gillot à celui de Plaisance. Au retour, nous prendrons une route plus directe sur Pierrefonds qui passe par le point Pasar. Nous suivons notre route au GPS."

Dans les pages de l’histoire de l’aviation locale
Le F-OINP trace sa route. Un vent arrière favorable lui donne une vitesse sol de 143 nœuds. À perte de vue l’immensité de l’océan. La Réunion s’est effacée derrière nous et Maurice n’apparaît pas encore à l’horizon. Trente minutes après avoir décollé de Pierrefonds le F-OINP passe le point Sobat. Au loin quelque chose se dessine. L’ombre des nuages sur la mer ? Non, c’est bien le Morne qui commence à émerger de l’océan. La tour demande de rappeler à 30 nautiques de Plaisance. Le F-OINP longe la côte, direction Souillac. Les champs de cannes défilent sous les patins. L’Écureuil vient s’aligner sur la piste 14 de Plaisance. A faible altitude, il la remonte, suite au ras du béton une bretelle pour rejoindre le parking aviation d’affaires de l’aéroport mauricien. Une heure et vingt-cinq minutes après avoir décollé de Pierrefonds, les patins touchent le sol, les turbines s’éteignent dans un murmure. Le lendemain après quelques baptêmes de l’air, l’heure du retour sonne. Cette fois cap direct sur Pasar. À l’aller, nous avions rendez-vous avec le Morne. Cette fois, c’est le Piton de la Fournaise qui vient à notre rencontre. Virage à gauche à hauteur du Grand Brûlé. Il n’y a plus qu’à se laisser glisser vers Pierrefonds. Le F-OINP retrouve son nid. Le Réunion - Maurice et retour en hélicoptère civil est entré dans les pages de l’histoire de l’aviation locale.

Un essai à transformer
"Avec ce premier aller-retour Réunion - Maurice avec un hélicoptère civil nous avons fait la démonstration technique que de telles liaisons étaient possible. La balle est désormais dans le camp des décideurs et des politiques". Voilà deux ans qu’Alfred Chane Pane, président de Corail Hélicoptères, et Fabrice Lourme directeur de la compagnie négocient avec les autorités mauriciennes afin de pouvoir implanter une filiale de leur activité dans l’île Sœur. "La Réunion doit devenir l’arrière-pays de l’île Maurice à une heure de vol, affirme Alfred Chane Pane. Contrairement à certaines destinations qui ont à la fois des plages et un intérieur, Maurice a les plages et la Réunion les montagnes. Dans le cadre du concept "Îles Vanille" nous sommes complémentaires et l’hélicoptère offre la possibilité d’associer les deux destinations. Mais pour cela il faut introduire de la souplesse. Actuellement, il faut une semaine de préavis pour déposer un plan de vol entre les deux îles. C"est incompatible avec une clientèle qui se décide au dernier moment."
"Cette filiale de Corail Hélicoptères, explique Alfred Chane Pane, serait une société de droit mauricien. Elle pourrait racheter l’activité hélicoptères d’Air Mauritius. Dans un premier temps nous ferions du transfert entre l’aéroport et les hôtels mais aussi des liaisons inter-îles. À terme nous espérons pouvoir proposer des vols directs entre les hôtels des deux îles. On peut également imaginer d’acheminer des touristes depuis Maurice lors d’éruptions volcaniques."
Fabrice Lourme croit au potentiel du marché mauricien. "Actuellement, la branche hélicoptères d’Air Mauritius refuse faute de moyens 60% de la clientèle qui souhaiterait utiliser l’hélicoptère, indique-t-il. "Ses trois Bell Jet Ranger sont des monomoteurs qui ne peuvent pas voler la nuit. Par ailleurs la clientèle européenne refuse notamment pour des questions d’assurance de voler sur des monomoteurs. L’absence de liaisons de nuit empêche les transferts pour les départs du soir à Plaisance. Nous pourrons également apporter notre savoir-faire en matière de travail aérien qui n’existe pas à Maurice." Alain Dupuis Source

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