Décès de Jean BOULET, pilote d’essai avions et hélicoptères

Mardi 15 février 2011

Dernier atterrissage pour le grand pilote d’essais
Jean Boulet s’est éteint à Aix-en-Provence le 15 février, à l’âge de 90 ans. Avec lui disparaissent des pans entiers de l’histoire de l’aéronautique française, et plus particulièrement en matière de voilures tournantes. Il fit en effet l’essentiel de sa carrière au sein de la division hélicoptères de la SNCASE et, au fil des années, marqua son temps.
Jean BouletOn se demande, aujourd’hui, ce qu’il convient d’admirer le plus : le talent exceptionnel du pilote, sa gentillesse ou sa modestie. Il avait pourtant connu très tôt les feux de la rampe, notamment en battant de nombreux records. L’un d’eux fut et reste plus mémorable que d’autres, le record du monde d’altitude en hélicoptère, 12.442 mètres, le 21 juin 1972, exploit que Jean Boulet réalisa aux commandes d’un Lama et qui n’a jamais été battu.
Sa belle carrière avait débuté à Polytechnique (promotion 1940). Et il avait écouté avec attention un exposé destiné à attirer l’attention des élèves sur les possibilités offertes par l’armée de l’Air. Exposé fait par un certain André Turcat, et apparemment très convaincant. C’est ainsi que Jean Boulet choisit cette direction et obtint son brevet de pilote de chasse, dans la filière américaine. Il aimait évoquer la découverte des Etats-Unis des années quarante, le début de l’entraînement sur Stearman PT13 et T-6 puis le grand moment du lâché sur P-47.
En février 1946, Jean Boulet rentre en France, est muté à Meknès et, aussitôt, se pose des questions sur l’avenir. Il décide alors de quitter l’uniforme pour aller vers l’industrie, envoie des candidatures spontanées, notamment à Jacques Lecarme, directeur des essais en vol de la SNCASE. Il est embauché et commence par voler sur Vampire et Mistral. Une vrille plate de son Vampire lui vaut alors un premier titre de gloire, bien involontaire, celui d’être le premier pilote français à faire usage d’un siège éjectable.
La SNCASE, dès la fin des années quarante, s’intéresse aux hélicoptères, à un moment où leurs possibilités opérationnelles sont à peine entrevues. Vient alors un stage voilures tournantes et, peu après, un épisode de petite histoire qui aura des conséquences importantes. Le prototype SE 3101, adaptation d’un appareil Focke-Agelis, sous-motorisé, refuse de quitter le sol pour son premier décollage, de toute évidence par manque de puissance. D’où l’idée de demander au pilote désigné, Henri Stakenburg, de céder son siège à Jean Boulet … parce que celui-ci pèse 15 kg de moins que son collègue. Le premier vol peut avoir lieu, même si l’altitude atteinte se mesure en centimètres. Suivra une belle et longue carrière, marquée par la série des Alouette, Puma, Frelon, etc.
En toutes circonstances, Jean Boulet est resté profondément modeste. Et on ne l’a plus beaucoup entendu après son départ en retraite, alors qu’il était profondément respecté par ses pairs. Membre fondateur de l’Académie de l’air et de l’espace, où il avait retrouvé son ami André Turcat, il avait pris la plume, à de trop rares reprises, notamment pour rédiger une « Histoire de l’hélicoptère racontée par ses pionniers ».
La disparition de Jean Boulet sera durement ressentie. De plus, elle rappelle, si besoin est, qu’une génération entière de pionniers est en train de disparaître, celle d’hommes animés par une grande passion et qui, dès la fin de la Seconde Guerre mondiale et tout au long des années cinquante, ont œuvré avec une exceptionnelle conviction pour un nouveau départ de l’aviation française. Un nouveau départ brillamment réussi. Pierre Sparaco source

Cliquez pour lire "Jean Boulet" par Jean-Marie Potelle.
- Cliquez ici pour lire "Jean Boulet" par Jean-Marie Potelle.



Cliquez pour lire "12 442m en Lama" par Jean-Marie Potelle.
- Cliquez ici pour lire "12 442m en Lama" par Jean-Marie Potelle.

Commenter cette brève Répondre à cette brève